La présence d’un représentant d’un régime d’assassins du prolétariat et plus largement du peuple iranien à une « Conférence anti-fasciste et anti-impérialisme » continue de soulever l’indignation . Cette indignation ne retombera pas tant que ce problème politique majeur sera traité comme une « erreur » et en cherchant des points positifs à mettre sur une balance. A quand une Conférence anti-fasciste et anti-impérialiste basée sur une définition claire, de classe avec des anti-fascistes et des anti-impérialistes ancrés dans la lutte pour l’émancipation?
Nous publions ici un texte d’un camarade du NPA L’Anticapitaliste repris de ESSF. ML
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lundi 11 mai 2026, par LEROUGE Dominique
La présence à la tribune, les 26 et 27 mars, d’un représentant du régime iranien est inadmissible. Le centre de ces deux tribunes était décoré du drapeau de la République islamique, régime qualifié de fasciste par l’immense majorité de la population iranienne.
Régime qui, dans de nombreux pays, entretient de longue date des liens étroits avec des personnalités et organisations d’extrême-droite, négationnistes, fascistes et néonazies. Un comble dans une conférence antifasciste !
Le jour de l’ouverture de la « Conférence anti-fasciste et anti-impérialiste » de Porto Alegre, cet individu était l’invité d’honneur d’une table ronde intitulée « L’agression impérialiste et la résistance du peuple iranien ». [1] Ce représentant du régime y était sensé parler au nom …. du peuple iranien.
Il disposait pour sa présentation d’un temps de parole triple de celui des simples « discutant.es » siégeant avec lui à la tribune. [2] Cette dernière était décorée par un seul drapeau : celui d’un régime iranien rejeté par 80 % d’une population qui avait, en janvier dernier, mis le feu à ce type de drapeau. [3]

Tout avait été fait pour que cette prise de parole soit connue du plus grand nombre : vidéo retransmise en directe et mise en ligne, avec traduction automatique, article de presse, etc.
Une seconde apparition de ce personnage a eu lieu ce même 26 mars, lors de la manifestation au sein dans de laquelle le représentant de ce régime criminel s’est à nouveau arrogé le droit de parler au nom du peuple iranien. [4]
Sa troisième intervention a eu lieu lors d’une plénière du vendredi 27 dans laquelle il a pleinement justifié la politique de la République islamique. Il est allé jusqu’à justifier l’assassinat de dizaines de milliers de manifestant.es tué.es en janvier sous les balles du régime, en affirmant que l’impérialisme américain s’était infiltré en Iran « par l’économie, la culture et le cinéma, afin de s’emparer des esprits de la nouvelle génération », et qu’Hollywood avait colonisé l’esprit des jeunes Iraniens.
Il a osé ajouter dans cette plennière qu’après une exposition prolongée à une culture et un cinéma « impérialistes et sionistes », « la culture impérialiste se développe dans le pays ». [5]

Parmi les réactions hostiles à cette présence
Houshang Sepehr, militant iranien en exil [6])
(…) Le drapeau de la République islamique n’est pas celui des Iranien.nes avec qui je suis en contact. Il n’est pas non plus celui de plus de 85 % de la population iranienne.
Il est celui des personnes, qui en 1980, ont condamné à mort seize membres de la IVᵉ Internationale ; leur seul « crime » était de vendre le journal de leur parti.
Il est celui des personnes qui ont exécuté plus de 20 000 militant.es de gauche entre 1981 et 1983.
Il est celui des personnes qui ont massacré 4 500 prisonnier.es politiques en l’espace d’une semaine en 1988.
Il est celui des personnes qui ont arrêté.es, torturé.es, et/ou contraint.es à l’exil les militant.es de gauche ou suspecté.es de l’être.
Il est celui des bourreaux qui ont réprimé et assassiné nombre de proches des personnes que je connais.
Il est celui des forces sécuritaires contraignant les femmes à porter le voile, et ayant notamment assassiné Jina Masha Amini et plusieurs centaines d’autres personnes lors du mouvement « Femme, Vie, Liberté », ainsi que des milliers travailleurs et travailleuses pauvres en quête de survie.
La liste des crimes de la République islamique est interminable. Le plus récent en date est le massacre sauvage d’environ trente mille civils sans défense, commis en seulement deux jours, en janvier 2026. Sans même évoquer le nombre terrifiant d’exécutions.
Ce drapeau est celui d’un pouvoir que nombre d’entre eux/elles qualifient de fasciste. En Iran, des opprimé.es le brûlent ; à Porto Alegre, des camarades le hissent.
La colère des personnes qui me questionnent monte d’un cran lorsqu’ils apprennent qu’à Porto Algre, ce représentant de la République islamique – probablement l’un de ses bourreaux – a défendu à la tribune ce régime assassin (…).
Avec une telle approche de la part d’une fraction de la gauche radicale, il n’y a vraiment pas lieu de s’étonner que des Iranien.nes à bout de souffle se tournent vers une opposition de droite, monarchiste et même fascisante. (…) – 21 avril –
Autres réactions
Sur facebook un participant a dit avoir vu, à sa grande colère, distribuer des tracts de soutien aux mollahs : « J’ai reçu a la sortie de la salle un tract de soutien au régime iranien sans que personne n’ai rien à redire. Tout ennemi des États-Unis est considéré comme un ami. » [7]
Lors de la plénière du vendredi 27 mars, de nombreux participant.es ont « chaleureusement applaudi » le représentant de la République islamique. [8]
Un représentant de Solidarity (USA) écrit à ce sujet : « J’avoue que l’ampleur du soutien, envers le gouvernement iranien, m’a choqué ». [9]
Eléments pour un nécessaire bilan
Sergio Bellavita, syndicaliste italien présent à Porto Alegre
« Le document final (…) passe sous silence la guerre impérialiste de Poutine et le massacre des manifestants iraniens par le régime des ayatollahs. Il ne s’agit pas d’un oubli innocent, et encore moins d’un choix neutre impossible. (…)
Si l’antifascisme est l’antithèse de l’oppression des femmes et des régimes autoritaires, pourquoi n’y a-t-il aucun soutien aux manifestantes iraniennes qui réclament la liberté et qui sont tuées par milliers ? Ceci sans préjudice de la ferme condamnation de l’agression impérialiste de Trump contre l’Iran.
Malheureusement, plus que l’antifascisme, le ciment de cette conférence semble être devenu l’anti-occidentalisme. » [10] – 31 mars –
Bureau de la Gauche anticapitaliste (Belgique)
« … la lutte pour les droits humains est indivisible. Cela plaide pour choisir explicitement et résolument la voie d’un internationalisme par en-bas. Un internationalisme qui nomme tous les principaux ennemis de tous les peuples. Un internationalisme solidaire de toutes les luttes pour les droits démocratiques et sociaux, contre toutes les exploitations et toutes les oppressions ». [11] – 27 mars 2026 –
Mise au point du secrétariat du Bureau de la IV Internationale
La présence d’un représentant d’une institution liée au régime iranien à la tribune de la Conférence antifasciste pour la souveraineté des peuples à Porto Alegre a été profondément choquante. La délégation de la Quatrième Internationale n’avait pas connaissance de cette présence avant de le voir sur la tribune.
Notre camarade Rafael Bernabe, s’exprimant depuis ce même podium, a clairement dénoncé tant la guerre menée contre l’Iran que la répression sanglante des manifestations de masse par le régime.
Pour nous, une solidarité totale avec le peuple iranien ne peut impliquer une solidarité avec le régime sanguinaire qui l’opprime.
Il aurait fallu inviter un autre représentant du peuple iranien pour dénoncer la guerre menée par les États-Unis et Israël contre l’Iran et, dans le même temps, revendiquer son droit à la liberté et à la justice sociale.
Cette invitation a constitué une grave erreur, qui n’enlève rien au succès de la Conférence de Porto Alegre dans de nombreux domaines ni au travail considérable accompli par les équipes qui l’ont organisée.
Elle met toutefois en évidence le travail qui nous attend pour construire un antifascisme et un anti-impérialisme militants et sans compromis, à la hauteur des enjeux. Nous y contribuerons de toutes nos forces. – 29 avril 2026 – [12]
En guise de conclusion provisoire
Il est nécessaire de comprendre à quel point cette présence, et le statut accordé au réprésentant de la République islamique d’Iran ont choqué la grande majorité des Iranien.nes connaissant l’existence de cette conférence, ainsi que toutes celles et ceux qui soutiennent leur combat.
D’autres rencontres internationales auront lieu. Le précédent de Porto Alegre doit nous servir d’alerte pour que nous puissions nous opposer à la présence de ce régime, et que la représentation des peuples d’Iran reflète les aspirations de la grande majorité de la population et en particulier des femmes.
En Europe comme en Amérique, existent de nombreux groupes et associations d’iranien.nes en exil luttant notamment pour les libertés démocratiques, la justice sociale, les droits des femmes et des minorités. Par leurs luttes au cours des dernières décennies contre les impérialismes et les fascismes de toutes sortes, ils ont, sans aucun doute possible, la légitimité et la qualification nécessaires pour prendre part à une conférence internationale.
« Femmes, Vie, Liberté »
A bas les fascismes ! A bas les impérialismes !
Dominique Lerouge
• Dominique Lerouge est militant du NPA – L’Anticapitaliste.
Notes
[1] https://antifas2026.org/programacao/ page 2.
[2] https://www.youtube.com/watch?v=0cw0yXoPmt8&t=16s
Cette vidéo a été diffusée en direct, et est disponible en ligne. Les propos du représentant de la République islamique figurent entre 8 : 57 et 22:33. Dans cette vidéo, on voit très distinctement le drapeau de la République islamique au centre de la tribune. Une version transcrite dans un français approximatif est accessible sur le site utilisé.
[3] Photo : https://operamundi.uol.com.br/guerra-eua-israel-x-ira/resistencia-iraniana-e-povo-nas-ruas-marcam-abertura-da-conferencia-antifascista-em-porto-alegre/
[4] Propos recueillis par le syndicat ANDES et mis en ligne sur son media Voz Trabalhadora. https://www.instagram.com/reel/DWhItQZjloX/
[5] https://solidarity-us.org/peoples-unity-against-fascism-is-slippery-in-action-a-reflection-on-campism-in-our-midst/#comment-383855
Traduction française : Conférence de Porto Alegre (Brésil) – L’« Unité des peuples contre le fascisme » est un concept glissant dans la pratique : une réflexion sur le « campisme » parmi nous – Europe Solidaire Sans Frontières
https://www.europe-solidaire.org/spip.php?article78438
[6] Membre de la Quatrième internationale depuis des dizaines d’années, Sepehr participe à l’animation de SSTI Solidarité Socialiste avec les Travailleurs en Iran Il a notamment milité en Iran entre 1979 et 1983. Extraits d’un mail du 21 avril, reproduits avec l’autorisation de l’auteur.
[7] https://www.resumenlatinoamericano.org/2026/03/27/internacional-porto-alegre-capital-del-antifascismo/
[8] https://aplutsoc.org/2026/04/04/conference-de-porto-alegre-complements-pour-nourrir-le-debat/
[9] https://solidarity-us.org/peoples-unity-against-fascism-is-slippery-in-action-a-reflection-on-campism-in-our-midst/#comment-383855
Conférence de Porto Alegre (Brésil) – L’« Unité des peuples contre le fascisme » est un concept glissant dans la pratique : une réflexion sur le « campisme » parmi nous
Traduction française : Europe Solidaire Sans Frontières
https://www.europe-solidaire.org/spip.php?article78438
[10] Un passo avanti e due indietro | Sempre e per sempre dalla stessa parte
https://europe-solidaire.org/spip.php?article78449
[11] Dossier : quel internationalisme pour lutter contre le fascisme ? – Gauche anticapitaliste
https://europe-solidaire.org/spip.php?article78455
[12] https://fourth.international/fr/amerique-latine/765
