Idées et Sociétés, International

Italie. De » l’anti-impérialisme des imbéciles » au soutien des dictatures.

Hélas dans la période qui s’ouvre en France, ce genre de « confusions » risquent de se multiplier. ML

LES PARTISANS « DE GAUCHE » DES AYATOLLAH IRANIENS

2 MAI 2026 ANDREA MARTINI 

Rédaction

Le 9 mai, dans l’auditorium de la via Rieti, à Rome, se tiendra un rassemblement des pro-Poutine italiens qui, après avoir lutté contre la prétendue « russophobie », veulent aujourd’hui « comprendre l’Iran ».

Mais il ne s’agit pas de comprendre les raisons du peuple iranien, des femmes et des hommes qui se rebellent, qui se rebellent au cri de « Femme, Vie, Liberté », des travailleuses et des travailleurs des installations pétrolières pris en étau entre la dictature islamique et les bombardements sionistes-impérialistes de Trump et de Netanyahou, des Kurdes et des autres minorités nationales et culturelles opprimées.

L’ambiguïté du titre du colloque se dissipe immédiatement à la lecture de la longue liste des intervenants. Il s’agira en effet de « comprendre », c’est-à-dire de justifier les raisons de leurs bourreaux, de leurs bourreaux, des « gardiens de la révolution », des assassins de Mahsa Amini et de milliers d’autres jeunes qui n’acceptent pas ce régime.

Pour « expliquer » les raisons des mollahs, il y aura :

  • le professeur Angelo D’Orsi, ancien candidat à la mairie de Turin pour l’ensemble de la « gauche radicale », admirateur de Loukachenko, autocrate au pouvoir sans interruption depuis 1994 en Biélorussie, pays comptant des milliers de prisonniers politiques ; D’Orsi est très actif dans la campagne actuelle contre la « russophobie », dans le but de susciter une véritable « ukrainophobie » ;
  • le professeur Seyed Hamzeh Safavi, membre influent du Comité de défense stratégique de la République islamique d’Iran ;
  • l’ambassadeur Alberto Bradanini, ancien chef de la représentation italienne à Téhéran puis à Pékin, actuellement président du Centre d’études sur la Chine contemporaine, admirateur déclaré du modèle de Xi Jinping ;
  • la professeure Hanieh Tarkian, universitaire italo-iranienne, admiratrice déclarée de la République islamique, fervente partisane des associations italiennes anti-avortement ;
  • le jeune Filippo Dellepiane, ancien militant « anti-vaccins » et désormais admirateur des « révolutions anti-occidentales » ;
  • Leonardo Mazzei, rédacteur en chef du magazine en ligne « Sollevazione », organe du « Front du Dissensus », mouvement « anti-woke », engagé à lutter contre le « spectre du rouge-brun » et à soutenir que tout ce qui semble « fasciste » n’est pas forcément « fasciste » ;
  • Moreno Pasquinelli (qui clôturera le congrès), lui aussi membre du « Fronte del Dissenso » qu’il a fondé en 2023, ancien candidat à la présidence de la région Ombrie en 2024 (896 voix), fondateur du soi-disant « Campo animperialista », promoteur des initiatives nationalistes « de gauche »
  • « Libérons l’Italie », actif dans les campagnes « anti-vaccins » et « anti-passeport vert ».

Certains de ces « militants » ont crié haut et fort pour que soient interdites les initiatives des militants des Solidarity Collectives pour la présentation du documentaire « Anti-authoritarians at War » sur la résistance ukrainienne. Nous nous gardons bien d’invoquer une quelconque censure à leur encontre (d’ailleurs, nous nous sommes déjà prononcés contre toute censure, y compris dans le cas de l’initiative anti-ukrainienne de D’Orsi, Vauro, Ovadia et Di Battista à Turin en novembre dernier).

Mais nous ne pouvons nous empêcher de souligner que cette initiative et d’autres similaires continuent de polluer le peu d’internationalisme à 360 degrés qui reste de la gauche italienne.

Depuis plus de quatre ans (février 2022), le site « Refrattario e Controcorrente » t’informe, te documente, te fournit des ressources utiles pour approfondir la réalité nationale et internationale, un service d’autant plus nécessaire dans un contexte comme celui de la gauche italienne, marqué par un provincialisme linguistique mais aussi politique, inacceptable en tout temps et surtout aujourd’hui, alors que l’exacerbation des conflits interimpérialistes, l’aggravation de la crise climatique, la montée de l’extrême droite et la situation désastreuse en Italie rendent indispensable de saisir les idées qui nous viennent du reste du monde, sans nous enfermer dans nos « certitudes ».