par Cinzia Sciuto directrice de MICROMEDIA
Avez-vous vous aussi l’impression, en lisant les gros titres des journaux ces derniers jours, de vivre un déjà-vu ?
N’avez-vous pas l’impression d’avoir replongé en février 2026 ?
Lisez plutôt : «Iran-États-Unis : selon les médias, des pourparlers auront lieu à Oman le 6 février sur le nucléaire et les sanctions » (4 février 2026), «L’Iran et les États-Unis tiendront de nouveaux pourparlers sur le nucléaire » (7 février), «L’Iran prêt à prendre les mesures nécessaires pour parvenir à un accord avec les États-Unis » (24 février), «États-Unis-Iran : journée de pourparlers à Genève. Le programme nucléaire est à l’ordre du jour » (26 février). N’ont-ils pas l’air d’avoir été écrits aujourd’hui ?
Et ceci : « L’Iran et les États-Unis ont ‘fait de bons progrès’ lors des derniers pourparlers à Genève » date du 27 février, la veille du jour où Trump et Netanyahu ont déclenché la guerre contre l’Iran…
Bref, on a l’impression d’être dans un inquiétant jeu de l’oie qui nous a ramenés à la case départ. Mais cette impression de déjà-vu peut être trompeuse, car la situation actuelle est différente de celle de février. Et bien pire encore. Tout d’abord parce que la table des négociations porte aujourd’hui essentiellement sur les mêmes questions qu’en février, avec en plus celle du détroit d’Ormuz, qui n’était pas du tout à l’ordre du jour en février et qui constitue aujourd’hui l’un des principaux points de l’accord.
Deuxièmement : l’un des objectifs de la guerre (du moins au départ, car là aussi, il y a eu beaucoup de confusion) était ce qu’on appelle le changement de régime. Trump était même allé jusqu’à s’adresser à la société civile iranienne en l’invitant à « prendre le contrôle du gouvernement » car, promettait-il, « l’heure de la liberté est proche ». Or, il n’est pas tout à fait vrai qu’il n’y ait pas eu de changement de régime en Iran : la classe dirigeante qui gouverne aujourd’hui le pays est différente de la précédente, avec une nette prédominance des militaires sur les religieux. Et cela ne constitue pas nécessairement une bonne nouvelle. Ce n’en est certainement pas une pour les centaines de milliers de femmes et d’hommes qui, ces dernières années, ont courageusement lutté contre le régime en sacrifiant leur vie et leur liberté. Alors que les délégations iranienne et américaine se rencontrent dans les salles feutrées de la Suisse pour discuter des termes de l’accord, en effet, la machine de répression interne à Téhéran tourne à plein régime, comme le montre le cas dramatique de la chanteuse Parastoo Ahmadi, condamnée ces derniers jours à 74 coups de fouet pour avoir chanté (et qui plus est sans voile). Et au cours de ces mêmes mois, sous les bombes américaines, le nouveau/vieux régime a pendu des dizaines de dissidents.
La semaine dernière, de nombreux analystes se sont livrés à un exercice (un peu stérile, à vrai dire) consistant à déterminer qui a gagné et qui a perdu la guerre, en oubliant le seul et véritable perdant : la société civile iranienne. Cela aurait certainement été une bonne nouvelle si cette guerre scélérate – déclenchée en dehors et à l’encontre de toutes les règles du droit international – avait néanmoins entraîné, ne serait-ce que par un revirement inattendu des circonstances, la chute du régime et l’ouverture d’une voie démocratique pour les femmes et les hommes d’Iran. Même si rien ne laissait présager que cela puisse arriver, nombreux sont ceux qui y avaient cru, ce qui rend la déception d’aujourd’hui encore plus amère. Car dans le texte du mémorandum, il n’y a pas de place pour les droits du peuple iranien, ce qui ne fera que rendre la vie des dissidents et dissidentes iraniens encore plus difficile, étant donné que l’une des conditions posées par Téhéran pour faire des concessions sur le programme nucléaire est d’avoir les mains libres sur le plan intérieur, consolidant ainsi le pouvoir de la nouvelle élite.
Et en remettant le destin démocratique de l’Iran, dans la solitude la plus absolue, uniquement entre les mains de son propre peuple.
