Nouvelles précisions sur les dérives d’un certain « anti-impérialisme » au delà du Poutinisme. C’est sans doute aussi à mettre en regard avec le texte voté par la Douma autorisant l’attaque de pays étrangers à titre « préventif ». ML
Article de Michael Baker publié le 13 mai 2026 dans Workers Liberty
C’est une véritable catastrophe que la classe ouvrière du XXIe siècle ne dispose pas d’une internationale révolutionnaire qui lui soit propre. Notre mouvement ne peut fonctionner sur une base purement nationale, et nous devons soutenir toute tentative sincère visant à mettre en place une coordination internationale des forces révolutionnaires.

Tout cela n’a rien à voir avec le forum fondateur de « Sovintern – pour le socialisme au XXIe siècle », qui s’est tenu le week-end des 25 et 26 avril à la Maison des syndicats à Moscou. Sovintern est une initiative du parti Russie juste (Spravedlivaya Rossiya, ou SR), l’un des plus grands partis de Russie et, selon sa propre description, « socialiste ». Dans ce cas, « socialiste » signifie une alliance de différentes tendances conservatrices : le parti est né en 2006 de la fusion entre les conservateurs nationalistes de Rodina (« Patrie »), le « Parti des retraités » de droite populiste et le « Parti russe de la vie », qui se décrivait comme « nationaliste de gauche ».
SR a été fondé de manière presque explicite comme une « opposition contrôlée », sous l’impulsion du stratège du Kremlin Vladislav Surkov. Il dispose de 28 sièges à la Douma d’État (sur 450), où il se contente d’approuver sans discussion toutes les politiques que le parti de Poutine, Russie unie, lui dicte. En 2021, sentant clairement que l’équilibre des forces n’était pas assez nationaliste, le SR a fusionné avec le parti du romancier d’extrême droite et démagogue Zakhar Prilepin, qui en est désormais le vice-président.
Compte tenu de la situation politique actuelle en Russie, il n’est guère surprenant que la fondation d’une nouvelle « internationale socialiste » n’ait que peu à voir avec le socialisme ou l’internationalisme. Poutine lui-même s’est adressé au congrès par le biais d’un message vidéo, dans lequel il a salué cette initiative de tout cœur.
Le forum a abordé quatre thèmes : les « partisans numériques » et la communication politique à l’ère numérique ; la plateforme Sovintern, intitulée « socialisme, réseaux sociaux, IA » ; « le conflit dans le Donbass en tant que point focal mondial » ; et « la situation en période de Troisième Guerre mondiale et le renforcement du front anti-impérialiste et antifasciste ». Un mélange grisant de stratégie technocratique sur les réseaux sociaux et de campisme revanchiste, le tout accompagné d’un clin d’œil verbal à l’opposition au mal plus grand que représente l’OTAN.
L’« anti-impérialisme » dont seraient capables les forces rassemblées dans cette salle consisterait en réalité à soutenir un certain nombre de projets impérialistes. Dans ce cadre, l’invasion par la Russie de son ancienne colonie est une victoire « anti-impérialiste ». Ce n’est pas de l’« antifascisme » que d’être les supporters d’un État qui a permis au Groupe Wagner de recruter des soldats directement dans ses prisons. En réalité, cet événement tout entier consistait à donner une apparence « de gauche » aux arguments nationalistes russes habituels.
Le Forum a publié six déclarations https://sovintern.org/en/forum : contre la guerre en Iran (avec un soutien explicite au gouvernement iranien actuel) ; contre le blocus de Cuba (avec un soutien explicite au gouvernement cubain actuel) ; une déclaration de soutien explicite au gouvernement nord-coréen ; une déclaration appelant à une « compensation » pour l’Afrique pour le colonialisme, ce qui semble, dans la pratique, exprimer un soutien à divers gouvernements nationalistes africains et au concept de « multipolarité » ; une déclaration innocemment intitulée « sur les causes profondes » du conflit en Ukraine, alors qu’elle appelle en réalité à sa « dénazification et démilitarisation », c’est-à-dire à une victoire totale de la Russie ; et une déclaration appelant à la libération de Nicolas Maduro et de son épouse.
Tout cela renvoie à un schéma que le gouvernement russe a déjà mis en œuvre à maintes reprises : la « multipolarité » et les « fronts anti-impérialistes » sont les noms donnés à une alliance géopolitique anti-américaine au détriment de tout idéal ou action politique positif, et qui, dans la pratique, justifie le soutien politique à des régimes tels que la théocratie iranienne, responsable du meurtre de dizaines de milliers d’opposants politiques rien que cette année.
Le contenu de la conférence était une formalité : j’aurais pu vous écrire tous les discours avant même que le week-end ne commence. Les questions intéressantes sont : qui était présent, et pourquoi a-t-on laissé cela se produire en premier lieu ?
La liste des dignitaires regorge de représentants sans intérêt issus d’organisations néo-staliniennes et nationalistes, en particulier celles des Balkans, d’Afrique et d’Amérique latine. Mais des personnalités bien plus en vue ont adressé des messages vidéo : Evo Morales, ancien président de la Bolivie, et Fernando Lugo, ancien président du Paraguay, en tête de liste.
Étaient également présents les dirigeants du Parti communiste américain, la faction extrêmement active en ligne et dangereusement d’extrême droite de Jackson Hinkle et Haz al-Din, issue d’une scission du CPUSA, ainsi que nul autre que George Galloway, chef du soi-disant Parti des travailleurs de Grande-Bretagne.
En dehors d’une communauté en ligne qui n’a que peu ou pas d’impact sur le monde réel, l’ACP n’est pas une force vivante, et à moins qu’elle ne se développe considérablement ou ne commence à s’imposer réellement au sein du mouvement syndical américain, elle ne mérite pas qu’on s’y attarde. Galloway, c’est une autre histoire. Son organisation a une certaine présence dans le monde réel, et son parcours politique au sein du mouvement socialiste britannique lui confère une crédibilité tout à fait imméritée, qu’il utilise pour développer son parti, notamment en remportant quatre nouveaux conseillers municipaux en plus des quatre qu’ils avaient déjà lors des élections locales.
Ce n’est pas une nouveauté que Galloway soit un piètre socialiste, ni qu’il soit explicitement pro-russe dans sa politique internationale. Pendant des années, il a été un pilier de la chaîne de télévision publique Russia Today. Mais le risque existe que certains, voyant sa participation à une conférence qui se dit socialiste, lui accordent le bénéfice du doute. Ils ne devraient pas.
Le Sovintern, tout comme le parti SR lui-même, n’est pas le fruit d’une initiative des partis de gauche. Poutine contrôle si étroitement son « opposition » qu’il prononce des discours lors de leurs événements. Alors pourquoi autoriser ce forum en premier lieu ?
La première raison est d’ordre d’image : Poutine aurait bien besoin d’un peu de bonne communication internationale en ce moment. La guerre en Ukraine a fait de lui l’ennemi public numéro un, et toute tentative de rassembler des forces internationales, aussi insignifiantes soient-elles dans leur pays d’origine, est une tentative de démontrer sa popularité.
La deuxième raison est d’ordre intérieur et concerne l’équilibre des forces au sein de l’opposition russe. Une motivation évidente pour le SR de fonder le Sovintern est que cela le place au même niveau que le Parti communiste de la Fédération de Russie (KPRF), le deuxième plus grand parti du pays et ancien rival de Poutine à la fin des années 90 et au début des années 2000. Bien que le KPRF n’ait été que docile et que les élections dans la Russie moderne soient une formalité, Poutine est ravi de laisser le SR lui soutirer une partie de sa crédibilité et de sa popularité, laissant les deux partis dans une situation bien pire que celle de Russie unie.

Il s’agit donc d’une conférence bidon, organisée comme un exercice de brandissement de drapeaux nationalistes et de soutien à l’impérialisme russe, ainsi qu’à plusieurs autres démagogues nationalistes. Deux autres questions subsistent, et l’auteur de cet article ne peut répondre à aucune d’entre elles : pourquoi diable Galloway, supposé être de gauche, assisterait-il à ce cirque, et pourquoi un socialiste britannique sensé voterait-il pour son parti s’il l’a fait ?
https://workersliberty.org/story/2026-05-13/putin-galloway-international
Traduction ML
Les législateurs russes ont adopté un projet de loi autorisant Poutine à envahir des pays étrangers
La Douma d’État russe, la chambre basse du Parlement du pays, a approuvé le 13 mai un projet de loi qui confère au président russe Vladimir Poutine le pouvoir d’envahir des pays étrangers.
Cette loi autorise le président russe à ordonner le déploiement de troupes à l’étranger afin de « protéger » les citoyen·nes russes menacé·es d’arrestation, de détention, de procès ou de toute autre forme de persécution présumée de la part d’États étrangers et de tribunaux internationaux.
« La “justice” occidentale s’est transformée en une machine répressive destinée à réprimer celles et ceux qui s’opposent aux décisions imposées par les responsables européens », a déclaré Vyacheslav Volodin, président de la Douma d’État russe.
« Dans ces circonstances, il est important de tout mettre en œuvre pour garantir la protection de nos citoyen·nes à l’étranger. »
Andrey Kartapolov, président de la commission de la défense de la Douma d’État, a affirmé que le projet de loi permettrait de « contrer la campagne de russophobie effrénée qui se poursuit à l’étranger ».
Poutine dispose désormais de 14 jours pour signer le projet de loi et lui donner force de loi.
Cette législation hostile alimente encore davantage les avertissements des responsables européens selon lesquels la Russie représente une menace militaire pour ses voisins. Les attaques massives de la Russie contre l’Ukraine ont déjà vu des armes russes pénétrer sur le territoire de l’OTAN, et les pays européens ont renforcé leurs capacités de défense en réponse.
Le prétexte de la « protection des Russes » est également un argument classique de la propagande du Kremlin, et l’une des justifications de l’invasion illégale de l’Ukraine par la Russie — une invasion que Poutine a lancée sans avoir besoin de ce projet de loi.
Abbey Fenbert, 14 mais2026
Abbey Fenbert est rédactrice en cheffe adjointe au Kyiv Independent. Écrivaine, rédactrice et dramaturge indépendante, elle est titulaire d’un master en beaux-arts de l’université de Boston. Abbey a été volontaire du Peace Corps en Ukraine de 2008 à 2011.
a.fenbert@kyivindependent.com
https://kyivindependent.com/russian-lawmakers-approve-bill-allowing-putin-to-invade-foreign-countries/
traduit par DE
