International

Quand l’Iran gagne en exploitant à fond les failles béantes de la guerre de Trump !

Yorgos Mitralias repris d’Entre les lignes entre les mots

Dessin est Sonia Mitralia

Quel premier bilan pourrait-on tirer de la guerre au Golfe Persique, deux mois après que les Etats-Unis et Israël aient attaqué l’Iran par surprise, bien qu’ils étaient en pleine négociation avec lui ? Étant donné que la guerre continue et que son issue n’est pas encore décidée, le bilan – même provisoire – doit tenir compte en tout premier lieu, de l’impact de cette guerre à l’intérieur des pays belligérants. Et cet impact est sans appel : tandis que le régime ultra répressif et théocratique iranien profite de l’agression américaine et israélienne, pour gagner en popularité et mobiliser la population autour de la défense de la patrie en danger, la situation est tout autre aux Etats-Unis. La popularité de Trump est en chute libre, tandis que le mouvement Maga voit sa cohésion malmenée et une partie de ses ténors et de ses dirigeants se tourner maintenant violement contre Trump lui-même ! Il suffit donc de se rappeler que les guerres américaines de ces 6-7 dernières décennies, ont été toutes perdues par les Etats-Unis, y compris évidemment celle du Vietnam, non pas sur le champ de bataille mais à l’intérieur du pays, dans cette société américaine qui s’y opposait activement, pour réaliser combien important et même décisif pour l’issue finale de la guerre est l’effondrement actuel de la popularité de Trump, du trumpisme et de leur guerre contre l’Iran…

Il va de soi que la situation serait tout autre si le régime iranien n’avait pas résisté avec succès en exploitant à la perfection toutes les failles béantes militaires, diplomatiques et autres des choix tactiques du « grand stratège » que veut être Trump. En d’autre mots, le régime iranien est en train de gagner cette guerre parce qu’il a bien su tirer parti des carences et des débilités de l’adversaire, c’est-à-dire de Trump lui-même. C’est exactement ça qu’on avait en tête le 10 mars passé, quand on écrivait les phrases suivantes : « on peut lui faire confiance qu’il fera tout son possible pour s’enfoncer encore plus profondément dans le piège iranien. Mégalomane inculte et totalement incompétent, dépourvu de conseillers un tant soit peu compétents et entouré de parvenus insignifiants dont le seul mérite est une servilité exacerbée, Trump aime répéter que Dieu en personne le protège et le charge de la mission divine de sauver l’Amérique. Exactement comme Hitler aimait répéter que la « Providence » le protégeait et l’avait chargé de la mission de sauver l’Allemagne. Ce qui n’empêche que comparé au messianisme de Hitler, celui de Trump n’est qu’un messianisme de pacotille…mais tout aussi dangereux et mortifère ». [1]

En somme, le mérite des dirigeants iraniens consiste au fait qu’ils ont très bien compris ce que la plupart des médias internationaux et la nuée de leurs « experts » et autres « analystes » et « think tankistes » attitrés ignorent ou plutôt feignent d’ignorer : que, comme l’Empereur du conte de Hans Christian Andersen, le roi Trump est nu ! Et qu’en conséquence, il est inutile de chercher midi à quatorze heures, là où il n’y a que les délires d’un mégalomane psychopathe et menteur pathologique ! Ce qui rend la situation encore plus compliquée car ce tyran « fou » nord-américain est non seulement encore plus imprévisible et dangereux, mais aussi, parce que notre époque marquée par les impasses du système capitaliste, voit la multiplication de ces tyrans fous non plus au Tiers Monde mais à la tête des super-puissances ! Et cela constitue, sans doute, un signe des temps qui en dit long sur l’état présent de notre monde décadent, pervers, amorale et très capitaliste…

Ceci étant dit, nulle doute que les Etats-Unis de Trump se trouvent actuellement plus isolés diplomatiquement que jamais, ce qui accroit les marges de manœuvre de Téhéran dans les négociations avec les Etats-Unis. En même temps, l’Iran des ayatollahs et des Gardiens de la Revolution est aidé même militairement par la Chine et la Russie, qui profitent incontestablement des revers américains, pour renforcer leurs positions économiques et diplomatiques dans la région du Golfe Persique et bien au-delà. Quant à la gauche internationale, elle accomplit, cette fois, son devoir internationaliste en soutenant toute entière, et à juste titre, l’Iran agressé par l’impérialisme américain et son acolyte israélien, ce qui fait ressortir encore mieux le refus persistant de la majeure partie de cette gauche de soutenir un autre pays, l’Ukraine, agressée par un autre impérialiste, le russe. Serait-il parce que le régime ukrainien ne tire pas et ne tue pas par milliers des manifestants, et ne pend pas par centaines ses dissidents comme le fait le régime iranien ?…

Cependant, force est de constater que l’isolement actuel d’Israël sur la scène internationale est autrement plus grave que celui des Etats-Unis de Trump car chargée de menaces pour l’avenir de l’Etat sioniste parce qu’il est double : d’un côté, il concerne des alliés jusqu’à hier inconditionnels, qui commencent maintenant à reconsidérer – même timidement – leur soutien total d’abord à Netanyahou et ensuite à Israël, sous la pression grandissante de leurs opinions publiques choquées sinon émues par ses crimes en Palestine, en Iran et au Liban. Une pression qui est encore plus forte aux Etats-Unis où on a désormais une forte majorité des citoyens qui se déclarent non seulement opposés aux politiques d’Israël mais aussi et surtout, en faveur des Palestiniens et de leur droit à l’autodétermination ! Sans oublier cette extrême droite américaine, qui divise actuellement la base MAGA du trumpisme, en accusant Israël de manipuler Trump, avec une argumentation teintée de l’antisémitisme décomplexé et traditionnel de sa composante néonazie. Signe des temps : un nombre croissant de candidats à des postes élus (sénateurs, députés, maires, etc) qui cherchaient jusqu’à hier avidement le soutien et le financement du lobby juif (AIPAC), préfèrent maintenant ne pas l’avoir car ils le considèrent malfamé et donc contreproductif.

Et de l’autre côté, il concerne la Diaspora juive elle-même, qui voit son bastion stratégique, les juifs américains, prendre plus que des distances avec Israël, sous la pression d’une avant-garde de plus en plus massive de jeunes juifs qui se bat aux cotés des Palestiniens, organise et prend la tête des mobilisations contre la machine à tuer et à détruire qu’est l’État hébreu, et se déclare ouvertement antisioniste ! Et ce n’est pas du tout un hasard, que cette avant-garde de jeunes juifs antisionistes américains, qui comptait à ses débuts en 2017, quelques centaines de militants [2], contre plusieurs dizaines de milliers aujourd’hui, a pu influencer non seulement sa communauté mais aussi des larges pans de toute la société américaine, tout en faisant des émules hors des Etats-Unis. Et c’est ainsi qu’est né le mouvement des jeunes radicalisés qui a porté à la mairie de New York le musulman Zohran Mamdani, dont le « clone » britannique Zack Polanski, est en train de transformer les Verts du Royaume Uni non seulement en la principale force de gauche du pays, mais aussi à un parti de masse au programme véritablement de gauche, seul capable de barrer la route aux fascistes de Nigel Farage ! En somme, il y a maintenant de quoi ne pas désespérer…

Yorgos Mitralias

Notes
[1] Voir Trump auto-piégé. Bal macabre des vampires au Golfe Persique ! :
https://entreleslignesentrelesmots.wordpress.com/2026/03/09/trump-auto-piege-bal-macabre-des-vampires-au-golfe-persique/
[2] Une nouvelle génération de Juifs américains contre Trump et Netanyahou ! :
https://www.cadtm.org/Une-nouvelle-generation-de-juifs