Idées et Sociétés, International

Détester les Juifs/Juives, aimer Israël? 

Entretien avec Michel Feher

La guerre à Gaza et la montée des droites illibérales servent de point de départ à une réflexion sur la crise du lien entre judaïsme, sionisme et Israël. Dans cet entretien, le philosophe Michel Feher soutient qu’Israël est devenu un laboratoire des ethno-nationalismes et que le « pacte de blanchiment mutuel » entre les Juifs/Juives et les sociétés occidentales menace de s’épuiser. Face à cela, il revendique une tradition juive diasporique, cosmopolite et critique.

Né à Bruxelles en 1956 et d’origine hongroise, Michel Feher est philosophe, éditeur et figure de proue de l’essai critique contemporain. Il a fondé en 1986 Zone Books, la maison d’édition new-yorkaise grâce à laquelle il a contribué, pendant quatre décennies, à faire découvrir au monde anglophone des auteurs tels que Michel Foucault, Georges Bataille, Gilles Deleuze et Georges Canguilhem ; il codirige avec la théoricienne politique Wendy Brown la collection Near Futures, consacrée à la réflexion sur les mutations du capitalisme tardif ; il a enseigné à l’École normale supérieure de Paris ainsi qu’aux universités de Berkeley et de Goldsmiths. Il est par ailleurs cofondateur de Diagrammes.fr, un projet audiovisuel récent proposant des entretiens avec des intellectuels critiques. Il est l’auteur de *Powerless by Design: The Age of the International Community* [Impuissant par conception : l’ère de la communauté internationale] (Duke University Press, 2000) sur la reconfiguration humanitaire de la communauté internationale ; *Le temps des investis* (La Découverte, 2017 ; publié en espagnol sous le titre *El tiempo de los investidos*) sur le sujet néolibéral reconverti en actif évalué en permanence par les marchés ; *Producteurs et parasites* (La Découverte, 2024) sur l’imaginaire économique du parti d’extrême droite français Rassemblement national.

*Redevenir juif*, publié en mai 2026 aux éditions La Découverte, s’inscrit dans cette même lignée, mais y ouvre une nouvelle perspective : pour la première fois, dans le cadre d’un ouvrage monographique, Feher aborde la question juive et le fait à partir de sa propre position, assumée à la première personne. Sa thèse est double et habilement articulée. D’une part, il soutient qu’Israël n’est pas l’exception de l’ordre international actuel, mais son laboratoire pour des projets ethno-nationalistes. D’autre part, et c’est là la proposition qui donne son titre à l’ouvrage, Feher fait valoir que le « pacte de blanchiment réciproque » — qui, depuis huit décennies, offre aux Juifs de la diaspora une pleine reconnaissance en tant que Blancs, en échange de quoi ils entérinent l’idée que l’Occident a déjà surmonté son propre antisémitisme et soutiennent sans faille l’État d’Israël — menace de s’épuiser, car les droites illibérales qui reproduisent aujourd’hui le modèle israélien se retournent, dans de nombreux cas, contre les Juifs/Juives. Sa suggestion controversée : reprendre la place du/de la Juif/Juive de la diaspora que détestaient autant les pères fondateurs de l’antisémitisme moderne que ceux du sionisme. Non pas comme un retour nostalgique à une condition subalterne, mais comme une réactivation d’un potentiel critique, allergique à toute forme d’identification exclusive. Écrit dans l’ombre allongée du génocide à Gaza, mais pensé au-delà de celui-ci, dans la perspective structurelle de la fin de l’ordre unipolaire et de la montée planétaire des nationalismes ethno-religieux, *Redevenir juif* est à la fois un diagnostic et une intervention, un essai cru, intelligent et provocateur sur les fractures qui déchirent notre présent socio-démographique et géopolitique.

*Redevenir juif* est votre premier ouvrage qui aborde explicitement la question et la tradition juives, et il paraît au milieu d’une vague croissante de livres retraçant l’histoire de l’antisémitisme et du sionisme. Pourquoi maintenant ?
Un génocide est en cours, c’est donc le moment idéal pour agir. Beaucoup de personnes écrivent déjà sur ce sujet, et avec de meilleures références, que ce soit parce qu’elles ont un lien plus évident avec les victimes, une connaissance plus approfondie de ce qu’est un génocide (sa généalogie juridico-politique) ou parce qu’elles et ils sont historiens de la région – de la Palestine, d’Israël ou du Moyen-Orient en général. Il n’était donc pas du tout nécessaire que j’aborde ce sujet en termes généraux. Si j’ai jugé important d’apporter ma contribution, c’est pour deux raisons.

Tout d’abord, on exige des Juifs/Juives – ou on leur attribue – une affinité ou une solidarité avec Israël. Nous vivons actuellement une période étrange qui rappelle de manière perverse, du moins dans le contexte français, l’affaire Dreyfus du début du XXe siècle, lorsque les Juifs/Juives français·es avaient été accusé·es de double allégeance : à l’époque, envers la France et envers l’Allemagne. Aujourd’hui, on tient pour acquis que les Juifs/Juives ont une double loyauté envers leur pays d’origine et envers Israël. Mais dans ce cas précis, cette double loyauté n’est pas incriminante. Ce n’est ni un délit ni un motif de suspicion. Lorsqu’on présume qu’une personne est solidaire d’un État qui commet un génocide, qui pratique un nettoyage ethnique et qui a maintenu un régime d’apartheid au cours des cinquante dernières années, une réponse simple – si l’on ne ressent ni cette solidarité ni cette loyauté – consiste à dire « pas en mon nom ». Il suffit de penser à Jewish Voice for Peace aux États-Unis.

Il existe un argument souvent avancé par les critiques radicaux d’Israël dans sa forme ethno-religieuse actuelle : l’antisionisme et l’antisémitisme ne sont pas la même chose ; on peut critiquer non seulement la politique d’Israël, mais aussi le type même d’État qu’est Israël – un État fondé sur une certaine suprématie ethno-religieuse   et le condamner sans être antisémite, car il ne s’agit pas des Juifs/Juives : il s’agit du sionisme, de ce que l’État d’Israël est devenu et de ce qu’il fait.

Cette position ne me pose aucun problème. Mais il me semble qu’il existe une autre dimension, tout à fait incontestable bien que peu explorée, qui en constitue le revers : si l’antisionisme n’est pas nécessairement antisémite, il existe une forte dimension antisémite au sein même du sionisme. Cela peut paraître très provocateur, mais il suffit de lire les œuvres des pères fondateurs du mouvement sioniste – Theodor Herzl, David Ben Gourion, Vladimir Jabotinsky, A. D. Gordon et d’autres – pour se rendre compte qu’ils nourrissaient un sentiment de haine profonde envers les Juifs/Juives de la diaspora, à l’instar des antisémites de la fin du XIXe et du début du XXe siècle.

Le projet israélien serait-il donc, paradoxalement, « peu juif » ?
Pendant la majeure partie de son histoire, la culture juive a été une culture radicalement diasporique, puisqu’il n’y avait aucune patrie vers laquelle retourner ni à revendiquer. On peut même affirmer qu’Israël est le pays le moins juif du monde ; le seul fondé sur l’éradication de la condition diasporique juive. Dés-judaïser les Juifs/Juives était le principe sur lequel reposait le projet sioniste. Comme l’aurait déclaré Jabotinsky, mentor politique de Netanyahou, dans les années 1930 : « Si vous ne mettez pas fin à la diaspora, la diaspora mettra fin à vous. » Il n’y a rien de moins juif, d’une certaine manière, qu’Israël et le sionisme.

Quels autres traits le sionisme et l’antisémitisme ont-ils en commun ?
Le sionisme a toujours été un projet de colonisation : l’idée de faire sortir les Juifs/Juives d’Europe, où elles et ils étaient effectivement persécutés, et de leur donner un pays qui soit enfin le leur. C’était également un projet national : la création d’une nation par la recherche d’un territoire où le peuple juif pourrait, enfin, avoir un pays. Le problème, dès le départ, est que l’idéal pour un tel objectif était de trouver « une terre sans peuple pour un peuple sans terre ». De toute évidence, la Palestine n’est pas une terre sans peuple. Il a donc fallu inventer l’idée que ces personnes étaient des Bédouin·es qui, en réalité, n’appartenaient pas à cet endroit, qu’elles et ils étaient des nomades. Il ne devait donc pas être trop difficile de les convaincre de partir ; et, si elles et ils ne se laissaient pas convaincre facilement, de les transférer vers les pays arabes voisins. Cela impliquait des déportations et un nettoyage ethnique.

Pour créer ce nouveau pays, il fallait un peuple capable de cultiver la terre – d’être paysan·ne – afin de faire fleurir le désert et de transformer le territoire en une région prospère, tout en étant capable de se battre. En résumé, il fallait un peuple de paysan·nes-soldat·es. C’est là que réside le problème : les Juifs/Juives européens étaient bien des choses – intellectuel·les, petit·es commerçant·es, artisan·es, banquiers –, mais elles et ils n’étaient certainement ni des paysan·nes ni des soldat·es.

Ainsi, pour mener à bien le projet sioniste, il fallait littéralement réinventer le peuple juif et l’adapter à l’idéal d’une population colonisatrice. Le colonialisme israélien constitue un type très spécifique de colonialisme de peuplement, que certain·es auteurs/autrices qualifient souvent de « colonialisme des pionnier·es ». Contrairement à d’autres types de colons, la/le pionnier n’a pas de métropole vers laquelle retourner. L’objectif était de créer un nouveau pays. Ce type de colonialisme est parfois animé par une sorte d’idéalisme selon lequel les pionnier·es vont construire une terre meilleure que celle qui existait – comme aux États-Unis qui s’étendent vers l’Ouest avec Thomas Jefferson ou, dans une certaine mesure, en Australie –, ce qui signifie, bien sûr, que la population autochtone qui y vit doit être déplacée. Cela vaut pour toustes les pionnier·es. Mais les pionnier·es juifs/juives étaient confronté·es à une difficulté supplémentaire : leur spécificité ne les prédisposait pas à une telle tâche.

Il fallait donc un véritable travail d’ingénierie sociale. D’où l’irritation, la rage, des pères fondateurs du sionisme, auxquels ils ont répondu par un projet de rééducation. Et c’est aussi de là que provient cette aversion très intense envers ce que les Juifs/Juives étaient réellement : une nation cosmopolite et « sans racines », avec une certaine tendance à devenir, comme diraient les antisémites, un peuple sans aucun lien avec la terre, expert uniquement dans le maniement des abstractions, qu’il s’agisse d’argent ou de mots.

Selon la vision sioniste, les Juifs/Juives avaient tendance à être soit des banquiers et des usuriers, soit des communistes et des manipulateurs/manipulatrices intellectuel·les.·En.réalité, les sionistes partageaient avec les mouvements nationalistes européens de l’époque – à la fin du XIXe siècle et au début du XXe – une même conception de la condition juive. Ces mouvements, profondément antisémites, avaient l’impression que le simple fait de cohabiter avec des personnes déracinées tendait à ronger leurs propres racines. La présence de Juifs/Juives au sein de leur propre société est une condition contagieuse : si on les laisse vivre parmi les sien·nes, on commence à devenir comme elles et eux, à remettre en question sa propre identité. C’est pourquoi il fallait les confiner, dans le meilleur des cas, dans des ghettos où elles et ils ne dérangeraient personne ou, si possible, les expulser, voire les exterminer. La seule différence entre les sionistes et les antisémites est que, pour ces derniers, le problème des Juifs/Juives était racial – ce cosmopolitisme était dans leur sang –, tandis que pour les premier·es, c’était une question de condition, un fait contingent et réformable. Si on leur permet de s’établir et d’avoir un pays, elles et ils seront d’aussi bon·nes nationalistes que celles et ceux qui les haïssent en Europe.

Dans un passage de ses journaux intimes, Herzl écrit que les antisémites seront les allié·es les plus fiables du projet sioniste. Pourquoi ?
Pour deux raisons. La première est évidente : elles et ils veulent se débarrasser de nous [les Juifs/Juives] et nous voulons partir – les deux projets vont donc de pair –, elles et ils nous aideront donc à partir. L’autre raison pour laquelle les antisémites deviendraient nos meilleur·es ami·es, disait Herzl, c’est qu’elles et ils se rendront compte, une fois que nous nous serons installé·es en Palestine, que nous serons devenus un pays et que nous nous serons transformés en ces paysan·nes-soldat·es que nous ne sommes pas, qu’en réalité nous sommes exactement comme elles et eux : que nos ambitions nationalistes, notre désir de nous enraciner et notre aspiration à des identités ethno-nationales fortes sont aussi intenses que les leurs. Dès qu’elles et ils constateront qu’en Palestine, nous nous comportons exactement comme elles et eux – surtout dans la manière dont nous allons nous débarrasser de la population locale –, elles et ils verront que nous sommes leurs meilleur·es allié·es et ami·es. Et c’est pourquoi – et cela, il ne l’écrit pas dans son journal intime, mais dans le pamphlet fondateur du sionisme moderne, *L’État juif* –, une fois que nous serons là-bas, les Européen·nes découvriront que nous sommes les sentinelles de la civilisation européenne contre les barbares du Moyen-Orient.

Dans le sous-titre de votre livre, vous évoquez un pacte réciproque de blanchiment…
Il est évident que, même s’il a mis du temps à se concrétiser, le projet sioniste a porté ses fruits. Les pays occidentaux en sont venus à considérer Israël comme l’un des leurs, et Israël est devenu le fervent allié de celles et ceux qui, autrefois, affichaient ouvertement leur antisémitisme. Quand je parle d’un « pacte de blanchiment mutuel » – « blanchiment » en français, tout comme en espagnol, le terme a un double sens, à la fois racial et moral. D’une part, cela signifie devenir blanc·he au sens racial, comme lorsque certaines minorités deviennent blanches et sont acceptées au sein de la majorité blanche (les Italien·nes ou les Irlandais·es aux États-Unis, par exemple). Mais « blanchiment » signifie aussi « blanchir », comme lorsqu’on blanchit de l’argent. Le pacte dont je parle est donc un pacte de blanchiment mutuel, dans les deux sens du terme. Depuis la guerre de 1967, et plus encore depuis la fin de la Guerre froide, on a proposé aux Juifs/Juives d’être reconnu·es comme des Blanc·hes à part entière, voire comme des Blanc·hes exemplaires, ce qui est sans précédent dans l’histoire des Juifs/Juives dans le monde occidental.

Cette reconnaissance leur est accordée pour deux raisons. Ce sont des Blanc·hes exemplaires, tout d’abord, parce que le reste de la culture blanche se sent coupable et redevable envers les Juifs/Juives en raison de l’antisémitisme qui a abouti à l’Holocauste. Il existe une dette envers les Juifs/Juives que les sociétés occidentales veulent régler, et les transformer en Blanc·hes est une manière de commencer à la rembourser. Mais elles et ils sont également des Blanc·hes exemplaires en ce sens quelles et ’ils semblent être la cible principale des porteurs de ce qu’on a appelé le « nouvel antisémitisme », prétendument incarné par les minorités racialisées du Nord ou les peuples racialisés du Sud, dont l’animosité envers Israël les transformerait en porteurs de ce germe antisémite renouvelé. Ces personnes, qui haïraient l’Occident dans son ensemble, haïssent encore davantage les Juifs/Juives ; les Juifs/Juives seraient donc devenus les Blanc·hes par excellence, dans la mesure où elles et ils sont les plus haï·es parmi les Blanc·hes.

En contrepartie, on leur demande d’affirmer que les sociétés blanches du Nord global se sont enfin guéries du mal de l’antisémitisme qui les a tant longtemps tourmentées ; que les Juifs/Juives se sentent désormais pleinement protégé·es au sein des sociétés blanches occidentales. Les Blanc·hes, si elles et ils n’ont pas acquitté leur dette envers la Shoah – cette dette est impayable –, se sont au moins largement débarrassé·es de l’antisémitisme qui les ravageait autrefois. Ce pacte s’est avéré assez séduisant pour de nombreuses et nombreux Juifs. Après tout, pourquoi pas ? Il s’agit sans aucun doute d’une amélioration par rapport à la situation antérieure des Juifs/Juives.

Mais cela implique avant tout une nouvelle compréhension de l’antisémitisme. On reconnaît que les anciennes manifestations antisémites persistent – les accusations selon lesquelles les Juifs/Juives contrôlent la finance, les médias, s’infiltrent dans l’État, conspirent par-delà les frontières pour dominer le monde –, mais on les traite comme du folklore, comme quelque chose de résiduel. Le véritable antisémitisme d’aujourd’hui n’aurait qu’une seule dimension : la haine d’Israël, l’antisionisme. C’est la part du marché que les Juifs/Juives doivent accepter et répéter sans relâche.

Le véritable problème, comme vous le répètez dans son livre, est que l’antisémitisme le plus latent se situe à l’extrême droite du spectre idéologique.
Bien sûr. Si l’on examine les statistiques officielles des sociétés occidentales – en France, elles sont suivies par la Commission nationale consultative des droits humains, et il existe des institutions similaires en Espagne, en Allemagne et dans d’autres pays –, on se rend facilement compte que le principal foyer de sentiments antisémites ne se trouve ni chez les minorités ni à gauche, mais à l’extrême droite. Ce qui signifie que, si vous êtes un·e « bon·ne juif/juive » prêt·e à respecter le pacte, vous devez consacrer beaucoup de temps à expliquer que ces manifestations d’antisémitisme ne sont rien d’autre que du folklore, des malentendus, quelque chose de résiduel. Et cela conduit à des situations assez curieuses. Un exemple que je cite dans mon livre : l’actuel ministre français de la Justice, Gérald Darmanin, qui était il y a quelques années ministre de l’Intérieur, a publié à l’époque un livre contre le séparatisme islamiste. Dans un passage, il y a deux phrases dans lesquelles il fait l’éloge de Napoléon pour avoir agi d’une main de fer contre les usuriers juifs et avoir sauvé la France de leurs terribles méfaits. De l’antisémitisme classique, digne d’un manuel. Certain·es se sont demandé s’il n’était pas scandaleux qu’un membre du gouvernement écrive de telles choses ; mais la première organisation à prendre sa défense fut la Ligue contre le racisme et l’antisémitisme (LICRA), l’équivalent français de la Ligue anti-diffamation américaine (ADL, selon son acronyme anglais). Il s’agissait d’un malentendu, a expliqué la LICRA ; il n’y avait rien d’antisémite là-dedans ; il s’agissait simplement de louer l’empereur pour avoir protégé les Juifs/Juives de la rancœur populaire : légiférer contre l’usure était, au fond, une manière de les préserver des pogroms que la haine du bon peuple français envers les usuriers aurait pu déclencher. Cela est déjà assez scandaleux. Mais quelque chose d’encore pire s’est produit aux États-Unis quelques semaines après la réélection de Trump, lors de cette célébration où Elon Musk a pris la parole et conclu son discours par son tristement célèbre salut nazi. Une situation problématique, bien sûr, si ce n’est que la première organisation à prendre sa défense fut l’ADL elle-même : ce geste n’avait rien de nazi, il signifiait simplement « mon cœur est avec vous ».

Ainsi, si l’antisionisme équivaut à l’antisémitisme, il faut être un·e partisan·e loyal·e et fervent·e d’Israël   d’un pays qui commet un génocide, qui pratique l’apartheid depuis des décennies et qui nourrit un projet de nettoyage ethnique définitif de toute l’ancienne Palestine sous le mandat britannique. Pour quiconque défend la moindre forme de valeurs libérales et démocratiques, soutenir un État qui agit ainsi a un coût considérable : il faut contribuer à blanchir les manifestations d’antisémitisme qui persistent encore dans la société et qui se manifestent surtout parmi les partisan·es les plus fervents d’Israël, c’est-à-dire en grande partie au sein de l’extrême droite. Les mêmes personnes qui haïssent les Juifs/Juives peuvent aimer Israël. L’un des arguments centraux de mon livre est qu’il ne s’agit en rien d’un paradoxe, et l’une des raisons en est précisément qu’il existe une dimension antisémite fondamentale dans le sionisme.

Aujourd’hui, il va presque de soi de souligner qu’Israël est une sorte de laboratoire de l’ordre illibéral, l’avant-goût d’une dystopie réactionnaire. Israël a toujours été un projet de colonialisme de peuplement, avec cette dimension pionnière que vous avez soulignée. Mais il semblerait que quelque chose ait changé ces dernières années, quelque chose qui va au-delà de la destruction de Gaza. Où situer le tournant ? La guerre des Six Jours ? La première victoire électorale du Likoud en 1977 ? La loi fondamentale de 2018 qui codifie le statut ethno-religieux du pays en déclarant Israël comme État-nation du peuple juif ?

Il faut prendre un peu de recul. À partir de 1967 notamment, Israël devient un allié majeur des États-Unis, ce qu’il n’était pas auparavant, ou l’était de manière plus ambiguë : en 1956, par exemple, ce sont les Américains qui ont mis fin à la guerre de Suez, au projet d’invasion du canal par les Français, les Britanniques et les Israéliens. Mais depuis la guerre des Six Jours, Israël est devenu un allié crucial des États-Unis et se présente comme le modèle par excellence de la démocratie libérale. Depuis 1967, c’est un pays qui occupe illégalement la Cisjordanie, Gaza et une partie du plateau du Golan, qui n’accorde aucun droit à celles et ceux qui y vivent et qui n’a pas la moindre intention de restituer les terres dont il s’est emparé. À cela s’ajoute le fait que, bien que 20% des citoyen·nes israélien·nes soient palestinien·nes, il s’agit clairement de citoyen·nes de seconde zone qui ne jouissent pas des mêmes droits que la population juive. Et pourtant, tant les Israélien·nes que les Juifs/Juives de la diaspora qui soutiennent Israël, ainsi que les gouvernements occidentaux, le présentent comme la « seule démocratie libérale de la région ». L’expression la plus marquante de cette idée est venue d’Ehud Barak, Premier ministre d’Israël au début des années 2000, qui a défini le pays comme « un chalet au milieu de la jungle ».

Ce paradigme de la société libérale traverse différentes phases. Entre 1967 et 1987, date du début de la première intifada, les Israélien·nes, notamment sous la direction de Moshe Dayan, ministre de la Défense pendant la guerre de 1967, ont développé un projet consistant à présenter Israël à peu près ainsi : oui, nous sommes des occupants ; oui, nous sommes de facto une sorte d’État colonial ; mais nous sommes l’État colonial le plus bienveillant du monde, et notre objectif est de garantir que les Palestinien·nes – les « Arabes » – qui vivent dans les territoires occupés bénéficient de meilleures conditions sociales et économiques que leurs voisin·es. Le sionisme devient ainsi, pendant vingt ans, une sorte de projet libéral-impérialiste, avec sa mission civilisatrice incluse : nous améliorerons un peu les conditions de vie des Palestinien·nes et, avec le temps, lorsqu’elles et ils seront suffisamment reconnaissant·es de l’amélioration de leur situation et qu’elles et ils n’auront plus d’ambitions politiques, nous leur accorderons peut-être certains droits civils ou politiques.

Puis survient la première intifada, qui démontre clairement que les Palestinien·nes ne renonceront pas à leurs revendications politiques. Et c’est alors qu’intervient une deuxième phase, celle des accords d’Oslo. La logique est la suivante : cet « apartheid à visage humain » ne fonctionnera pas, alors faisons semblant d’être en faveur d’une solution à deux États, d’être disposés à partager la terre avec les Palestinien·nes. Il s’agit bien sûr d’un partage profondément injuste et inégal : le territoire est réparti de manière très déséquilibrée ; Israël est entièrement militarisé tandis que la Palestine devra se démilitariser ; Israël contrôle l’électricité, l’eau et les ressources, et peut les couper quand bon lui semble. Le projet était voué à l’échec dès le départ. Mais il y avait ce mirage selon lequel on avançait vers la paix. Cela coïncidait, par ailleurs, avec la fin de la Guerre froide : une voie était tracée, lente mais inexorable, qui menait vers la fin de l’histoire, vers un monde pleinement libéral et démocratique qui trouvait en Israël un exemple courageux.

Les Israélien·nes s’accrochent à ce mirage jusqu’à ce qu’Isaac Rabin, Premier ministre du Parti travailliste, soit assassiné par un extrémiste juif et que Benjamin Netanyahu arrive au pouvoir pour la première fois en 1996. À partir de ce moment-là, il apparaît assez clairement – et Netanyahu en est parfaitement conscient dès le début – qu’Israël ne mettra jamais en œuvre les accords d’Oslo. Il ne rejette pas encore publiquement la solution à deux États, mais il est évident qu’il le fera bientôt. On assiste ainsi à un retour au projet sioniste originel, dans sa variante dure et « révisionniste » – héritière de Jabotinsky – : établir la souveraineté juive « du fleuve à la mer », avec le moins de Palestinien·nes possible sur ce territoire. Il s’agit d’un imaginaire d’expansion, de contrôle et de nettoyage ethnique qui recueille un soutien de plus en plus large au sein de la population juive israélienne. Mais on ne peut pas encore le dire haut et fort, car la principale ligne de défense d’Israël avancée par l’Occident est qu’Israël est une démocratie libérale qui ne souhaite que la paix : s’il avait de bons partenaires pour la paix, la solution pacifique à deux États serait une réalité.

Vous affirmez que la situation change, avec le retour au pouvoir de Netanyahu en 2009.
En effet : c’est à ce moment-là que ses véritables intentions commencent à s’exprimer haut et fort. Un tournant important se produit en 2011, lorsque Netanyahu effectue une visite officielle à Washington, sous la présidence de Barack Obama. Juste avant ce voyage, Obama avait déclaré que les implantations illégales de colons en Cisjordanie devaient cesser ; qu’une solution à deux États était nécessaire, avec la Ligne verte comme ligne de démarcation, en reprenant les frontières antérieures à la guerre de 1967. Obama avait même déclaré qu’il faudrait prendre des mesures en faveur des réfugié·es palestinien·nes expulsé·es en 1948.

Cependant, lorsque Netanyahu arrive à Washington, il dit sans détour à Obama que la solution à deux États pose trop de problèmes de sécurité ; que les réfugié·es ne sont pas un problème pour Israël, et que les autres États arabes doivent les accueillir. Netanyahu lui rétorque également que la colonisation va se poursuivre car « c’est notre terre promise ». Obama ne réagit guère, et les États-Unis continuent de soutenir Israël. Mais c’est là que s’accentue le décalage entre la manière dont les USA et les pays occidentaux en général soutiennent Israël – en tant que démocratie libérale aspirant à la paix dans la région et à une solution à deux États – et la manière dont le gouvernement israélien, ainsi qu’une grande partie de la société israélienne, se présente. Comme je le disais, cela a été officialisé et institutionnalisé par la loi fondamentale de 2018, qui établit que seul le peuple juif est souverain dans l’État d’Israël et que les Palestinien·nes de nationalité israélienne sont considéré·es comme des citoyen·nes de seconde zone.

Même si les États-Unis ne s’opposent jamais ouvertement ni ne menacent de retirer leur aide militaire ou financière, il est évident que l’irritation, qui a commencé sous Obama, ne cesse de croître. C’est pourquoi, lorsque Trump arrive au pouvoir pour la première fois – et plus encore après sa réélection –, un immense soulagement se fait sentir en Israël, tant chez Netanyahou que dans l’ensemble de la société. Non seulement nous avons un ami à la Maison Blanche – nous en avons toujours eu –, mais nous n’avons plus à faire semblant d’être une démocratie libérale. Trump cherche à détruire la démocratie libérale aux États-Unis, alors pourquoi se soucierait-il de ce qui se passe en Israël dans ce domaine ? Au fond, nous sommes sur la même longueur d’onde. Après tout, qu’est-ce que « America First » ? Qu’est-ce que « Make America Great Again », surtout au cours du second mandat de Trump ? C’est s’étendre : vers le canal de Panama, le Groenland, peut-être le Canada, qui sait, ou encore Cuba. C’est purger la population : redonner sa grandeur aux États-Unis signifie le fantasme de leur redonner leur blancheur, s’assurer que tous les « parasites étranger·es » soient expulsé·es. Et c’est contrôler ce que Marco Rubio et le Département d’État appellent « notre hémisphère », la région qui entoure les États-Unis. C’est une vision de Carl Schmitt – une vision schmittienne du Großraum – : celle d’une zone d’influence américaine dans laquelle le pays dominant a le droit de prospérer par l’expansion et l’épuration. Au fond, un projet très différent de l’impérialisme libéral des États-Unis de l’après-guerre, qui consistait à rendre le monde plus américain en projetant une puissance dure, mais aussi une puissance douce, l’État de droit, les valeurs démocratiques, etc. Il y avait là beaucoup d’hypocrisie, bien sûr, mais c’était un imaginaire radicalement différent de celui du gouvernement Trump – et, dans une large mesure, de celui de Netanyahou.

Le développement logique – et dans une certaine mesure inévitable – de ces dynamiques aboutit à l’autre paradoxe qui caractérise *Redevenir juif* : ce qui rapproche le mouvement MAGA et le nouveau sionisme révisionniste est en même temps ce qui précipite la dissolution du lien historique entre les États-Unis et Israël.

Qu’implique le fait d’être cohérent avec l’idéologie de l’« America First » ? Marco Rubio l’a esquissé dans son premier discours après sa nomination au poste de secrétaire d’État : nous vivons dans un monde multipolaire, divisé en régions, chacune dirigée par un pays dominant ; et entre ces pays dominants, il doit exister des relations de complicité et de rivalité, de tension mais aussi de respect mutuel, de manière à créer une sorte de monde homéostatique ; en substance, des parrains de la mafia qui respectent, dans une certaine mesure, les territoires d’autrui. Or, si telle est la vision de l’« America First », pourquoi les États-Unis – un pays blanc et chrétien appelé à dominer l’hémisphère qui s’étend du Pacifique à l’Atlantique – consacrent-ils autant d’argent, de temps et d’énergie à Israël, un pays qui ne se trouve pas dans leur hémisphère et dont la population ne croit même pas que Jésus soit son sauveur ? Quelque chose ne colle pas. C’est là qu’intervient cette aile de plus en plus nombreuse du mouvement MAGA – Tucker Carlson, Candace Owens, Nick Fuentes – qui se demande pourquoi Israël reste un allié privilégié alors qu’il ne cause que des complications.

Le discours est simple à formuler : regardez le pétrin dans lequel nous nous trouvons aujourd’hui avec l’Iran, avec le Liban ; tout cela parce que Netanyahou a convaincu Trump de bombarder pour rien. Quel est donc le problème ? Pour ce secteur de la droite américaine, la réponse est claire : les Juifs/Juives. Les membres de ce secteur de la droite assimilent les Israélien·nes aux Juifs/Juives et pensent donc que si les Israélien·nes ont réussi à pousser les États-Unis à faire le sale boulot à leur place, c’est grâce au complot juif visant à dominer le monde. Tout comme cela s’est produit en son temps avec les banquiers Rothschild, aujourd’hui, par le biais d’Israël, les Juifs/Juives domineraient les États-Unis et dicteraient les termes de leur politique intérieure et internationale. Il existe donc une aile grandissante du mouvement MAGA qui se révèle antisioniste parce qu’elle est antisémite.

Pourquoi un petit pays du Moyen-Orient ferait-il dérailler les puissants États-Unis, si ce n’était à cause d’une clique juive qui s’est infiltrée dans l’État ? C’est là le tournant auquel nous nous trouvons. Et comme le discours qu’elles et ils proposent est bien plus cohérent dans sa propre logique que celui des néoconservateurs/néoconservatrices pro-israélien·nes, je parie que l’avenir de la droite leur appartient. J. D Vance – le plus MAGA des MAGA, du moins au sein du gouvernement – l’a répété dans ses derniers discours, dans lesquels il avertit Israël qu’il ferait mieux de ne pas sortir du rang et de cesser de critiquer Trump. Ce n’est que le début d’un message qui revient à dire : vous avez outrepassé vos limites ; vous avez trop de pouvoir ; et votre pouvoir ne sert pas les intérêts des États-Unis. C’est le début d’un tournant aux conséquences considérables.

D’où, également, sa proposition que les Juifs/Juives embrassent – à nouveau – leur condition diasporique.
Mon message aux Juifs/Juives de la diaspora est double. Premièrement, si elles et ils ont des valeurs, qu’elles soient socialistes ou anti-impérialistes, ou simplement libérales et démocratiques, il est évident qu’elles et ils ne peuvent pas soutenir un État génocidaire. Mais, deuxièmement, même si elles et ils décident de maintenir leur soutien par pur intérêt personnel, parce que ce soutien garantit leur « blancheur », le pari reste mauvais : une aile antisioniste et antisémite se développe au sein de la droite, et la cohérence du discours ainsi que les faits jouent en sa faveur. Il est probablement temps de changer de camp et d’adopter comme siens ces valeurs cosmopolites, avant-gardistes et ouvertes qui ont exaspéré les antisémites des XIXe et XXe siècles, et de le faire rapidement, car, même en renonçant à toute forme de conscience politique ou morale, le pacte de blanchiment mutuel ne restera pas rentable encore très longtemps.

Pour reprendre cet argument, on observe aux États-Unis un phénomène nouveau, à savoir le désengagement de nombreuses et nombreux jeunes juifs des organisations officielles pro-israéliennes et un soutien croissant à la cause palestinienne — ce qui se traduit également par un soutien aux candidats·e démocrates progressistes. On assiste même à un certain renouveau du Bund [Le Bund (Union générale des travailleurs/travailleuses juifs/juives de Lituanie, de Pologne et de Russie) était un parti socialiste juif fondé à Vilnius en 1897, au sein de l’Empire tsariste. Il prônait une identité juive laïque fondée sur la langue yiddish et sur l’autonomie culturelle au sein d’une fédération socialiste multinationale, en opposition tant à l’assimilation qu’au projet sioniste, qu’il considérait comme utopique et étranger aux conditions réelles des masses juives d’Europe de l’Est. Il a joué un rôle de premier plan dans le mouvement ouvrier russe et polonais jusqu’à sa disparition effective à la suite de l’Holocauste et des persécutions soviétiques [N. du T. dans le texte en castillan]. Que pouvez-vous nous dire à propos de ce phénomène ?

Les électeurs et les électrices démocrates en général, et parmi eux les Juifs/Juives étasunien·nes, jeunes et moins jeunes, manifestent une attitude de plus en plus critique non seulement envers le gouvernement israélien et ses politiques, mais aussi envers la configuration même de l’État d’Israël. Pour celles et ceux qui rejettent l’ethno-nationalisme et toute forme de discrimination fondée sur la race ou la religion, il est difficile d’accepter qu’Israël puisse réserver le droit à l’autodétermination à sa seule population juive tout en continuant à se considérer comme une démocratie. Cette conclusion est renforcée par le fait que les dirigeants israéliens eux-mêmes, ainsi qu’une partie importante de la population juive israélienne, ne semblent plus faire beaucoup d’efforts pour présenter leur pays comme une démocratie, même au sens d’une démocratie « illibérale ».

Dans ce contexte, l’intérêt récent que Juifs/Juives étasunien·nes de gauche portent au Bund mérite une attention particulière. D’une part, l’histoire, aussi admirable que tragique, de ce mouvement socialiste démocratique est en soi une source d’inspiration et rappelle que, durant la première moitié du XXe siècle, les sionistes n’étaient pas les seul·es Juifs/Juives à lutter contre l’antisémitisme par leurs propres moyens, plutôt que de confier leur sécurité à la protection des États libéraux occidentaux ou à leur adhésion aux partis communistes.

D’autre part, la « zone de peuplement », où le Bund a pris racine, était un espace très particulier : une région appauvrie située dans la partie occidentale de l’Empire tsariste, où des millions de Juifs et de Juives étaient contraint·es de résider et où celles-ci et ceux-ci constituaient une population discriminée et largement méprisée, aux côtés d’autres communautés soumises à des processus de racialisation. En d’autres termes, les Juifs/Juives qui ont fondé le Bund se sont organisé·es en tant que minorité mise à l’écart et exploitée, et ont revendiqué une fédération socialiste au sein de laquelle toutes les communautés pourraient cohabiter dans des conditions d’égalité et développer leur propre identité.

L’imaginaire bundiste se prête donc particulièrement bien à l’intégration des Juifs/Juives – non sionistes et antisionistes – dans la coalition multiculturelle imaginée par les socialistes démocrates étasunien·nes contemporain·es. Ce que cet imaginaire ne prend toutefois pas en compte, c’est la condition diasporique et la conscience d’une population juive majoritairement urbaine dont la politisation s’est orientée moins vers la culture des identités que vers la critique de toutes les formes d’identité, ou, à tout le moins, vers une attitude ironique et humoristique face aux affirmations à caractère identitaire.

Carlos Pérez
Nueva Societad, aout 2026
https://nuso.org/articulo/odiar-a-los-judios-amar-a-israel/
Traduit et adapté par DE

Odiare gli ebrei, amare Israele?
https://andream94.wordpress.com/2026/08/08/odiare-gli-ebrei-amare-israele/

En complément possible :
Joseph Mogul : Le Bund est de retour
Sam Adler-Bell : « Pour les juifs/juives de gauche, le Bund est un modèle » : l’histoire radicale de l’un des plus grands mouvements socialistes d’Europe
https://entreleslignesentrelesmots.wordpress.com/2026/04/18/deux-textes-sur-le-bund/
Henri Goldman : Un néo-bundisme bricolé, l’exemple de l’Union des progressistes juifs de Belgique
https://entreleslignesentrelesmots.wordpress.com/2024/11/13/un-neo-bundisme-bricole-lexemple-de-lunion-des-progressistes-juifs-de-belgique/