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Les jeunes Européennes de plus en plus tentées par la droite 

Le soutien aux partis de droite et d’extrême droite reste majoritairement masculin, mais le vote féminin comble son retard, poussé par un discours trompeur fondé sur les valeurs traditionnelles.

Publié le 9 juillet 2026

En parcourant des plateformes telles qu’Instagram ou TikTok, il n’est pas rare de tomber sur un nombre croissant de vidéos montrant des femmes qui demandent à être entretenues. D’autres se réfugient dans une esthétique et des habitudes associées au modèle traditionnel de la femme au foyer, que le féminisme s’efforce de combattre depuis des années.

Mais pourquoi cela est-il devenu tendance ? “La question n’est pas de savoir pourquoi cela existe, mais plutôt pourquoi cela connaît un tel succès”, explique Javier Carbonell, analyste politique au sein du programme Politique et institutions européennes du European Policy Center (EPC).

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Selon une étude intitulée “A Room of One’s Own is all you can afford : Why young women move to the far right” (“Une chambre à soi, c’est tout ce que vous pouvez vous permettre : pourquoi les jeunes femmes vont vers l’extrême droite”) et rédigée par Carbonell lui-même, les partis d’extrême droite de toute l’Europe ont vu l’écart entre les sexes au sein de leur électorat se réduire, grâce à l’augmentation de la proportion de femmes parmi leurs électeurs. Alors qu’elles représentaient 15 % en 2018, elles atteignaient déjà 20 % en 2023.https://datawrapper.dwcdn.net/ybVMO/1/

Carbonell affirme qu’“elles se rapprochent de l’extrême droite à un rythme plus lent”, un phénomène qui a été favorisé ces dernières années par des facteurs socio-économiques. “Cela répond à une désillusion face à la promesse non tenue de l’indépendance économique ; cependant, maintenant qu’elles l’ont obtenue, le contexte économique ne leur permet pas de l’exercer”, ajoute l’expert.

Attentes contre réalité

Elles voient les promesses du féminisme déçues, face à un système économique qui ne leur permet pas d’obtenir tout ce qui leur avait été promis. La difficulté d’accès au marché du travail et à l’immobilier, dans des conditions de plus grande précarité pour les jeunes, ne répond pas non plus à leurs attentes.

D’après les données, seules 37 % des femmes espagnoles se disent confiantes quant à leur niveau de connaissances financières générales et à peine 33 % se sentent soutenues financièrement sur leur lieu de travail en matière d’égalité salariale ou d’accès à un régime de retraite d’entreprise, selon la deuxième étude “Femmes et finances” de Mastercard (2023).


Bien qu’une partie des jeunes femmes soit attirée par ces idéaux, les femmes continuent de voter majoritairement à gauche en Europe


Ainsi, entre le sentiment de frustration et l’utilisation des réseaux sociaux, le discours prônant un retour aux valeurs traditionnelles défendues par les partis d’extrême droite trouve plus facilement un écho auprès des jeunes.

Au final, il ne s’agit pas seulement de revenir à une époque révolue, mais d’en retrouver l’aspect inspirant et l’esthétique. Il suffit de voir l’utilisation de l’imagerie religieuse dans l’album à succès LUX de la chanteuse Rosalía, l’engouement pour le groupe musical du mouvement de jeunesse catholique Hakuna qui a fait salle comble au Movistar Arena de Madrid, ou l’attrait qu’il y a à rêver d’un “lazy girl job” – un emploi bien rémunéré et confortable comme se consacrer au réseau social sur abonnement OnlyFans – en tant que raccourci vers une prospérité inatteignable. “Cela se présente comme une échappatoire face à un panorama qui vacille”, explique Carbonell.

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Bien qu’une partie des jeunes femmes soit attirée par ces idéaux, les femmes continuent de voter majoritairement à gauche en Europe. Lors des élections législatives de 2024 en Croatie, par exemple, la formation la plus plébiscitée par les jeunes de 18 à 29 ans a été la coalition de gauche écologiste Možemo! (21,7 %). Toutefois, le bloc de centre-droit et de droite a réussi, dans son ensemble, à capter un volume plus important de votes chez les jeunes, selon le média H-Alter.

Du point de vue du genre, selon les données de l’agence IPSOS, les partis de droite tels que le Mouvement pour la patrie (DP) et l’Union démocratique croate (HDZ) enregistrent une base de soutien éminemment masculine. À l’inverse, les formations de gauche présentent un profil plus féminisé : 59 % des électeurs de Možemo! et 51,9 % de ceux du Parti social-démocrate (SDP) sont des femmes, ce qui creuse encore l’écart.

L’autre voie de la désaffection politique

Il s’agit en fin de compte d’une situation généralisée en Europe. Une étude publiée dans le Journal of European Public Policy, à laquelle ont participé Toni Rodon (Université Pompeu Fabra) ainsi que des experts de la London School of Economics et de l’université Humboldt de Berlin, montre que le succès de ces partis auprès des plus jeunes est largement du fait des hommes, avec 21 % de soutien en 2024 contre 14 % chez les femmes.

Dans un contexte où, par exemple, en Espagne, 80 % des jeunes ne se sentent pas écoutés par la classe politique selon le rapport “España 2023”, la désaffection politique se traduit par deux tendances principales : l’abstention ou l’extrême droite.https://datawrapper.dwcdn.net/5f6WG/1/

79 % des jeunes Espagnols de moins de 24 ans n’ont pas voté lors des élections au Parlement européen de 2024, tandis que le taux de participation chez les 25-39 ans s’est élevé à 65 %. Un chiffre historique selon les données publiées par l’Eurobaromètre cette année-là.

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Par ailleurs, 43 % des jeunes Européens se méfiaient de la démocratie en tant que système politique efficace, selon l’enquête “Europa Joven” de la Fondation TUI. En venir à remettre en question les valeurs démocratiques, soulignent les experts, est une réaction face à un statu quo marqué par l’instabilité économique, la précarité de l’emploi, une crise du logement ou un contexte géopolitique tumultueux.

C’est une tendance normale que de s’opposer au pouvoir et de s’inscrire dans un contre-discours, car ce que l’on appelait autrefois Podemos s’appelle désormais Vox”, affirme Carbonell en faisant référence au mouvement politique de gauche et au parti d’extrême droite. https://datawrapper.dwcdn.net/q0YhA/1/

Ce scénario se répète dans d’autres régions d’Europe. C’est le cas de la Bulgarie qui, à la veille des législatives du 19 avril, se souvient de ses précédentes élections où une part importante du vote des jeunes (21,5 %) s’était portée sur le parti Moralité, unité et honneur (MECh, “L’épée”, en bulgare), dirigé par Radostin Vassilev, fervent défenseur des politiques du Premier ministre hongrois Viktor Orbán et opposant à l’aide militaire à l’Ukraine.

Traditionnellement, les jeunes Bulgares constituent la tranche d’âge la moins active le jour des élections. Au fil des ans, il est apparu clairement que les électeurs âgés de 18 à 29 ans ont tendance à soutenir des mouvements politiques émergents. Leur vote est souvent un vote de protestation, dirigé contre l’ordre politique établi”, affirme Dimitar Ganev, analyste politique et directeur de l’institut de sondage bulgare Trend, dans des déclarations à Mediapool.

Un vrai tournant en Europe ?

L’Irlande connaît également une désaffection politique croissante qui s’est récemment traduite par un record historique de votes nuls lors des élections présidentielles. Selon The Journal Investigates, près de 13 % des bulletins ont été invalidés, un chiffre qui dépasse largement le précédent record de 1945, sous l’impulsion d’une campagne sur les réseaux sociaux suite à l’exclusion de la candidate conservatrice Maria Steen.

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Ce mécontentement est particulièrement visible chez les jeunes hommes âgés de 18 à 34 ans, un groupe au sein duquel un électeur sur quatre a choisi de voter blanc en signe de protestation. Un sondage réalisé à la sortie des urnes lors des élections présidentielles a révélé qu’un nombre significatif de ces électeurs penchait vers la droite, et 68 % d’entre eux ont déclaré qu’ils auraient voté pour Maria Steen. Cependant, malgré cette progression chez les jeunes, le pays ne semble pas avoir basculé à droite.https://datawrapper.dwcdn.net/7G7td/1/

Dans les sondages précédents, 83 % des électeurs âgés de 18 à 34 ans soutenaient la candidate Catherine Connolly, et des partis tels que le Sinn Féin et les sociaux-démocrates continuent de dominer les intentions de vote au sein de ce groupe. Alors que les partis de droite comme Aontú et Independent Ireland enregistrent respectivement 7 % et 5 % des intentions de vote, la majorité des jeunes continue de privilégier les coalitions de gauche et de centre gauche.

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Il en va de même en Grèce, où les jeunes âgés de 17 à 34 ans se montrent particulièrement critiques envers le fonctionnement de leur démocratie, lui attribuant une note moyenne d’à peine 3,23 sur 10, selon l’étude “Unmute Democracy” de l’Institut Eteron, mais où la droite continue de recueillir chez les jeunes des pourcentages de soutien inférieurs à la moyenne nationale – environ 28 % lors des élections de 2023.

Au final, cette tendance s’inscrit dans un même écosystème où la politique est consommée comme un contenu médiatique et où l’identité se construit au gré des algorithmes, tout en restant toujours influencée par le contexte socio-économique qui les entoure. Dans l’attente de nouvelles élections, rien n’est encore joué. Reste à voir si ce virage conservateur est un engouement passager né du mécontentement ou le début d’un changement de cycle appelé à durer – au-delà d’une législature. 

👉 L’article original publié dans El Confidencial.
🤝 Cet article a été réalisé dans le cadre du projet PULSE, une initiative européenne visant à promouvoir la coopération journalistique transnationale. Marina Kelava (H-Alter, Croatie), Krasen Nikolov (Mediapool, Bulgarie) et Lena Kyriakidi (Efsyn, Grèce) ont contribué à sa réalisation.