1 580 jours après le début de « la guerre à grande échelle », déclenchée par l’armée russe sur le sol ukrainien, il faut encore le répéter : c’est pour gagner la paix, une paix juste et durable, que le peuple ukrainien résiste, y compris militairement et pas seulement militairement,aux troupes d’occupation du régime de Poutine.
La solidarité concrète demeure la priorité. Elle prend d’innombrables formes, beaucoup d’actions demeurent quasi inconnues, non médiatisées, au contraire de certaines déclarations politiciennes peu suivies d’effet.
Les Brigades éditoriales de solidarité sont un petit maillon de la chaîne, orientées vers le soutien à la résistance syndicale et populaire ukrainienne. Ukrainienne, mais pas seulement : Biélorusses ou Tatars de Crimée, par exemple, sont nombreux et nombreuses à y contribuer activement.
De France, notre action solidaire se traduit d’abord par un incessant effort d’information. Celle-ci doit s’adresser aux masses de la population et ne pas rester dans les cercles militants. Le rôle des collectifs opposés à l’impérialisme russe est important : il faut s’organiser pour que les interviews, les notes, les articles, les échanges directs touchent le maximum de personnes. C’est valable pour le soutien à la résistance ukrainienne et la lutte contre l’impérialisme russe, comme pour le soutien au peuple palestinien et la lutte contre le régime génocidaire israélien, ou encore pour le soutien aux mouvements émancipateurs en Iran et contre le régime des mollahs et l’agression impérialiste étatsunienne.
La campagne pour fournir des générateurs aux hôpitaux ukrainiens, lancée avec le syndicat du secteur médical Soyez comme nous sommes est un exemple récent. Elle est toujours d’actualité.
Sur le plan syndical, divers convois ont eu lieu depuis maintenant plus de quatre ans : ceux de l’intersyndicale française, ceux du Réseau syndical international de solidarité et de luttes, ceux de plusieurs syndicats britanniques, ceux de syndicats scandinaves, … Ils associent soutien matériel et financier d’une part, échanges directs entre syndicalistes, entre travailleurs et travailleuses d’autre part. Ce dernier point est essentiel. Notre solidarité est une solidarité de classe, elle tente de répondre aux besoins d’aujourd’hui, mais construit aussi le futur : en Ukraine mais aussi plus largement, dans un cadre internationaliste qui ne passe pas par le soutien, explicite ou de fait, aux dictatures.
Demander au peuple ukrainien de cesser de résister, agir politiquement dans les institutions internationales ou nationales pour qu’il n’ait pas les moyens de le faire, c’est appuyer le régime de Poutine. Cela ne vaut pas « soutien inconditionnel ». Nous l’avons déjà dit « Zelensky n’est pas notre ami… et alors ? » ; les choix économiques et sociaux du gouvernement ukrainien, ses hommages à des « héros nationaux » fascistes, nous les dénonçons ; plus important, nos camarades syndicalistes, féministes, LGBTQI+, écologistes, etc. sur place se battent contre.
1 580 jours plus tard, cela aussi il faut le répéter : celles et ceux que nous soutenons en Ukraine, celles et ceux avec qui nous avons des échanges quotidiens, mènent une double bataille : contre le gouvernement, le patronat et les forces réactionnaires ukrainiennes, et contre l’armée russe qui occupe une partie du territoire, piétine depuis plus de quatre ans mais continue de tuer, blesser, détruire.
Une camarade du syndicat étudiant Priama Diia l’expliquait fort bien lors d’une récente réunion organisée par le Réseau syndical international de solidarité et de luttes au cours de laquelle intervenaient, outre nos jeunes camarades d’Ukraine, le syndicat des plâtriers et peintres de Hébron en Palestine, la coordination des professionnels et syndicats soudanais et la Comité de conflit des travailleur·euses en lutte du Venezuela :
Nous demandons aux syndicats du monde entier de reconnaître l’oppression impérialiste russe. Nous leur demandons de reconnaître le droit du peuple ukrainien à résister à cette oppression. Ne nous considérez pas seulement comme des victimes ou comme les instruments des intérêts de certains gouvernements. Vous pouvez constater aujourd’hui que les mouvements sociaux en Ukraine sont bien vivants et qu’ils luttent dans un contexte extrêmement complexe, où nous avons besoin de votre soutien et de votre camaraderie.
Dans le film Le chemin de la liberté [Film de Pierre Chamechaude et Christophe Cordier], une militante de Solidarité Collectives explique :
On ne défend pas une notion abstraite, la patrie ; non ce qui est attaqué et en danger depuis l’agression militaire russe, c’est là où j’habite, ce sont mes voisins, les jardins où je vais, etc.
1 580 jours après, trois mois après la rencontre de Porto Alegre, il faut encore redire que les meetings, les manifestations, les appels, les déclarations « pour la paix et contre l’impérialisme » qui ne connaissent que le seul impérialisme étatsunien, parfois sous une forme élargie (« occidental »), sont des actes politiques qui appuient l’impérialisme russe ; et qui font aussi l’impasse sur l’impérialisme chinois. Les camarades de l’organisation ukrainienne Sotsialny Rukh l’ont rappelé aux organisations à l’origine d’une conférence internationale « contre la guerre », à Londres, le 20 juin, pour laquelle « aucun socialiste, syndicaliste, féministe ou militant LGBTQ+ ukrainien n’a été invité à prendre la parole ».
L’appel lancé lors de la conférence exhorte les gens à baisser les armes et augmenter nos salaires. Pour les travailleurs ukrainiens, ce n’est pas une option. Si nous baissons les armes, nous sommes vaincus. L’occupation n’apporte pas la paix – elle apporte l’occupation, les fosses communes, les enlèvements d’enfants, les déportations et la destruction des syndicats indépendants et de la société civile. Une politique de paix qui oublie ceux qui sont attaqués n’est pas une politique de paix du tout [Voir page 43].
Christian Mahieux
Christian Mahieux est membre des Brigades éditoriales de solidarité et représente l’Union syndicale Solidaires au sein du Comité français du RESU.
Télécharger le n°49-50 de 154 pages :
Soutien à l’Ukraine résistante, n°49

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