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Élection-choc en Serbie : la liste étudiante l’emporte sur le régime de Vučić

Après plus d’une décennie de régime autoritaire, Aleksandar Vučić, au pouvoir depuis de nombreuses années en Serbie, a dû reconnaître une défaite électorale historique. Une large liste étudiante indépendante a balayé l’ancien système en remportant la majorité absolue. Alors que les rues de Belgrade bouillonnent d’euphorie, des intellectuels critiques et des militants de renom se préparent à mener une lutte contre la corruption et l’impunité.

Jubilation dans les rues de Belgrade après l’annonce des résultats électoraux. Photo : Mark L / Bluesky

Par Elsebeth Frederiksen

Dimanche soir 25 octobre 2026, les bureaux de vote ont fermé leurs portes à l’issue des élections législatives serbes, et le résultat a provoqué un véritable séisme politique dans tout le pays. Les projections définitives de l’institut électoral indépendant CeSID/Ipsos, basées sur 96 % des bulletins dépouillés, indiquent une victoire historique de la Liste étudiante (Studentska lista), qui recueille 52,9 % des voix et environ 140 des 250 sièges du Parlement.
Grâce à cette majorité absolue au Parlement, la Liste étudiante pourra, pour la première fois de l’histoire récente, gouverner en contournant totalement le système établi. À titre de comparaison, la coalition de l’ancien président Aleksandar Vučić (Serbie unie) a reculé à 38,8 % (environ 104 sièges). Vučić a démissionné de ses fonctions de président en septembre afin de pouvoir se présenter lui-même aux élections législatives en tant que tête de liste de son parti.
Dès dimanche soir, les présentateurs de la télévision serbe ont dû reconnaître que les résultats étaient si incontestables que la victoire était acquise bien avant même que les derniers bulletins de vote n’aient été acheminés vers les commissions électorales régionales.

« Gotov je ! » et la liesse populaire

Des images en direct de Belgrade montrent des milliers de citoyens en liesse qui envahissent les rues avec des feux de Bengale, des sifflets et des klaxons retentissants. Au milieu de ces explosions de joie, résonne le slogan emblématique :
« Gotov je ! Gotov je ! » (« Il est fini ! »)


Ce cri est le même cri de ralliement historique que celui qui avait permis, en octobre 2000, au mouvement étudiant Otpor ! et à l’ensemble de l’opposition de renverser le dictateur Slobodan Milošević. Pour de nombreux Serbes ordinaires, qui ont vécu sous la poigne de fer de Vučić pendant plus de dix ans, la surprise est immense.
Alors que l’opposition craignait au préalable une bataille électorale longue et épuisante autour des résultats au sein des commissions électorales, Vučić est au contraire apparu étonnamment rapidement à l’écran pour reconnaître publiquement sa défaite.

L’aboutissement de deux années de lutte populaire

La Liste étudiante n’est pas apparue de nulle part, mais est née des manifestations massives qui ont secoué la Serbie.

Le mouvement a notamment été alimenté par une profonde colère populaire face à la corruption généralisée, au manque de transparence et aux accidents tragiques – dont le plus récent est l’effroyable accident de l’effondrement d’une partie du toit de la gare de Novi Sad (l’auvent de la façade de la gare), où 16 personnes ont perdu la vie.


Comme l’a formulé sur les réseaux sociaux la célèbre militante serbe Jelena Anasonović Kuč – qui fut l’une des initiatrices des grandes « manifestations 1 od 5 miliona »  (1 sur 5 millions mot d’ordre des manifestations)– peu après l’annonce de la victoire :


« Victoire ! La Serbie est libre ! Toutes ces années passées dans la rue, chaque voix élevée, chaque combat, chaque larme et chaque souffrance ont porté leurs fruits. Tout cela a culminé ces deux dernières années avec l’effondrement de la demi-toiture et la mort de seize innocents. La corruption, le népotisme, l’anarchie et le vol ont rongé chaque pore de cet État… Il devait s’effondrer au profit de la normalité, de la justice, de la solidarité et de la jeunesse. »


L’un des têtes de liste de la Liste étudiante, le célèbre professeur de chimie et académicien Radomir Saičić, a lui aussi adopté un ton grave lors d’une conférence de presse au milieu de l’euphorie de la victoire :


« Une grande victoire s’accompagne également d’une grande responsabilité. »

Bakić : une nouvelle « république étudiante » et l’exigence d’un règlement de comptes

Dans un commentaire publié sur le média indépendant Bez Cenzure, le célèbre sociologue et professeur serbe Jovo Bakić a mis des mots sur la portée historique des événements de la soirée :


« Le 25 octobre marquera la naissance d’une nouvelle république – une “république étudiante”, car ce sont les jeunes qui en sont les artisans. »
Il a toutefois souligné que le nouveau parlement allait devoir mener un travail acharné et ardu pour assainir le système :
« Nous devons au moins répondre aux attentes les plus fondamentales : que les criminels occupant les plus hautes fonctions de l’État soient traduits en justice et envoyés en prison. C’est la condition préalable à toute autre chose – avant de pouvoir changer le système politique et la culture politique. »

Violence aux urnes et effondrement des partis au pouvoir

Le changement de pouvoir ne s’est toutefois pas fait sans résistance. Des observateurs électoraux de l’organisation serbe de la société civile CRTA (Center for Research, Transparency and Accountability) ont signalé au cours du scrutin des irrégularités et des pressions exercées sur les électeurs dans près d’un tiers des bureaux de vote, ainsi que des incidents violents isolés – notamment un cas où une urne a été détruite et où un représentant étudiant a été agressé.
Dans le même temps, ces élections ont marqué l’effondrement total des partis traditionnels du vieil système. Ivica Dačić, « faiseur de rois » de longue date et ancien ministre (de la coalition SPS, qui était le parti de Slobodan Milošević), a essuyé un cuisant échec et est passé bien en dessous du seuil électoral, avec seulement 2,2 % des voix.
Hier soir, le paysage médiatique serbe était dominé par un mélange étrange de paralysie et de moquerie. Même des journaux farouchement fidèles à Vučić, comme Blic, sont désormais contraints de couvrir la chute du régime, ce qui a déclenché une véritable vague de schadenfreude (malins plaisirs) dans les commentaires des articles, où les citoyens se moquent de l’appareil médiatique en train de s’effondrer.


Avec la majorité absolue de la Liste étudiante, la Serbie se trouve à un tournant historique. Pour la première fois depuis plus de dix ans, le changement ne semble pas seulement être un espoir lointain, mais une réalité indéniable dans les rues de Belgrade.

À propos de l’auteure

Elsebeth Frederiksen

Elsebeth Frederiksen est correspondante à Gellerup pour Solidaritet. Elle est active au sein Almen Modstand et occupe le poste de secrétaire de rédaction du journal des habitants de l’association de logement de Brabrand, Skræppebladet  En savoir plus

https://solidaritet.dk/chokvalg-i-serbien-studenterne-vinder-over-vucic-regimet

Traduction ML