Par Phil Hearse
Publié le 21 septembre 2026

La prise de conscience et l’inquiétude face à la crise climatique ont connu une croissance exponentielle au cours des 25 dernières années. Mais ce n’est pas le cas parmi les forces politiques ultraconservatrices et fascistes telles que le mouvement MAGA (Make America Great Again) de Donald Trump aux États-Unis, l’Alternative pour l’Allemagne (AfD) et Reform UK en Grande-Bretagne.
Dans son tristement célèbre discours prononcé devant les Nations Unies il y a un an, Trump a qualifié le réchauffement climatique de « plus grande arnaque de l’histoire mondiale ». Depuis sa réélection, Trump a retiré les États-Unis de l’Accord de Paris, fermé des bureaux et des programmes consacrés au changement climatique, licencié des dizaines d’experts travaillant sur le réchauffement climatique et, surtout, supprimé des milliards de dollars destinés à atténuer les effets du changement climatique.
Mais voici l’ironie : les États-Unis ont été le théâtre de centaines de catastrophes climatiques. Parmi les plus connues figurent les ouragans Katrina et Sandy, ainsi que les incendies de forêt qui ont ravagé Malibu et Paradise en Californie.
Les ouragans Katrina et Sandy
L’ouragan Katrina, en août 2005, a été l’une des catastrophes naturelles les plus destructrices de l’histoire des États-Unis. À la Nouvelle-Orléans, la catastrophe s’est considérablement aggravée lorsque les digues et les remparts anti-inondation ont cédé, laissant l’eau submerger environ 80 % de la ville. Les conséquences humaines ont été énormes.
Plus de 1 800 personnes ont perdu la vie, tandis que des centaines de milliers d’autres ont été contraintes de quitter leur domicile. De nombreuses personnes n’ont pas pu être évacuées avant la tempête et la catastrophe a mis en évidence de profondes inégalités en matière de revenus, de logement, de transport et d’accès aux secours d’urgence. Katrina a causé environ 108 milliards de dollars de dégâts et rendu des centaines de milliers de logements inhabitables.
L’ouragan Sandy a touché les Caraïbes et l’est des États-Unis en octobre 2012. À mesure qu’il s’approchait du nord-est, la tempête a pris une ampleur considérable et a interagi avec d’autres systèmes météorologiques. Le New Jersey et New York ont subi les conséquences les plus graves.
L’un des plus grands dangers de Sandy résidait dans son énorme onde de tempête. L’eau de mer a inondé les communes côtières et de vastes parties de la ville de New York, notamment les rues, les tunnels routiers et les tunnels du métro. Les aéroports ont été inondés, les réseaux de transport ont été perturbés et environ 8,5 millions de personnes se sont retrouvées sans électricité. Au moins 650 000 logements ont été endommagés ou détruits. Sandy a causé 147 décès directs dans l’ensemble du bassin atlantique, dont 72 dans la région du centre de la côte atlantique et dans le nord-est.
La tempête a mis en évidence la vulnérabilité des zones côtières densément peuplées. Les dégâts ont été particulièrement graves, car Sandy a touché certaines des zones urbaines les plus importantes du pays sur le plan économique.
L’incendie de Paradise
L’incendie de Paradise, officiellement appelé « Camp Fire », s’est déclaré dans le nord de la Californie le 8 novembre 2018. Une végétation extrêmement sèche, un faible taux d’humidité et des vents violents ont permis au feu de se propager à une vitesse extraordinaire à travers le comté de Butte.
La ville de Paradise, qui comptait environ 26 000 habitants, se trouvait directement sur son passage. Les habitants ont reçu l’ordre d’évacuer, mais la vitesse du feu a provoqué d’importants embouteillages sur les rares routes menant hors de la ville. Paradise a été dévastée.
Le Camp Fire a finalement détruit plus de 18 000 bâtiments et fait au moins 85 morts, ce qui en fait l’incendie de forêt le plus meurtrier et le plus destructeur de Californie. Des quartiers entiers ont été réduits en cendres et des milliers d’habitants ont perdu leur maison et leurs biens
Cette catastrophe a mis en évidence la vulnérabilité des communautés situées à proximité des forêts et d’autres types de végétation inflammable. Le climat sec de la Californie engendre des risques d’incendie de forêt, mais des températures plus élevées et une sécheresse prolongée peuvent assécher davantage la végétation, favorisant ainsi la propagation rapide d’incendies de grande ampleur.
Le Camp Fire a également soulevé des questions concernant les infrastructures électriques, la planification des évacuations et la construction dans les zones à haut risque. Depuis, Paradise est devenue un exemple significatif des défis liés à la reconstruction des communautés après des catastrophes liées aux feux de forêt.
L’incendie de Malibu
Le sud de la Californie a connu une catastrophe majeure au même moment que le Camp Fire : le Woolsey Fire. Déclaré le 8 novembre 2018, l’incendie s’est propagé à travers les comtés de Los Angeles et de Ventura avant d’atteindre Malibu et la côte Pacifique.
L’incendie de Malibu a fait l’objet d’une immense couverture médiatique car il a touché les propriétés de célébrités telles que Miley Cyrus, Gerard Butler, Kim Kardashian et Robin Thicke. Kim Kardashian et son compagnon Kanye West ont fait appel à une société privée de lutte contre les incendies pour contenir les flammes pendant qu’ils se réfugiaient dans une autre propriété à Los Angeles.
Des vents violents et une végétation extrêmement sèche ont contribué à propager rapidement les flammes à travers les montagnes de Santa Monica. Environ 295 000 personnes ont reçu l’ordre d’évacuer alors que les communautés étaient menacées.
L’incendie de Woolsey a ravagé environ 96 949 acres et détruit plus de 1 600 bâtiments. Trois personnes ont perdu la vie, et de nombreuses habitations à Malibu et dans ses environs ont été détruites ou endommagées. Le feu a ravagé de vastes zones d’habitats naturels et de parcs.
Ces catastrophes ont démontré que les feux de forêt ne constituent pas seulement un problème environnemental, mais aussi une menace sociale et économique majeure. L’expansion de l’urbanisation dans des zones sujettes aux incendies signifie que davantage de personnes et de biens sont exposés lorsque des feux se déclarent.
Cause profonde
Les vagues de chaleur, les sécheresses, les inondations, les ouragans et les feux de forêt de plus en plus destructeurs aux États-Unis ne sont pas seulement des « phénomènes naturels », ni simplement le résultat du réchauffement climatique. Ils résultent d’une interaction entre ces deux facteurs, combinée aux actions irresponsables du capitalisme américain.
Les ouragans sont des phénomènes naturels, tout comme la sécheresse, les incendies et les précipitations extrêmes. Mais la catastrophe sociale qui s’ensuit n’est ni entièrement naturelle ni politiquement neutre. Elle résulte de l’interaction entre un climat qui se réchauffe et une société organisée autour de l’accumulation privée, de la consommation de combustibles fossiles, de la spéculation immobilière et de profondes inégalités de richesse et de pouvoir.
Le réchauffement climatique modifie les conditions physiques dans lesquelles la société américaine fonctionne. Dans le même temps, les capitalistes continuent de construire des logements, des infrastructures et des communautés entières dans des zones de plus en plus exposées aux incendies, aux inondations, aux vagues de chaleur et à l’élévation du niveau des mers.
Les profits tirés de l’aménagement du territoire sont accaparés par le secteur privé, tandis qu’une part substantielle des risques est finalement transférée à la collectivité par le biais des coûts de lutte contre les incendies, des secours en cas de catastrophe, de la reconstruction des infrastructures, des assurances subventionnées et des interventions d’urgence. Ce qui apparaît a posteriori comme une catastrophe naturelle imprévisible peut donc être compris comme le résultat prévisible de relations particulières entre le capital, le territoire et l’État.
Réchauffement climatique et phénomènes météorologiques extrêmes
Partout en Amérique du Nord, les températures record sont de plus en plus fréquentes par rapport aux températures minimales record. Le Groupe d’experts intergouvernemental sur l’évolution du climat (GIEC) a conclu que le changement climatique contribue déjà à une augmentation de la fréquence et de l’intensité des événements extrêmes sur l’ensemble du continent et prévoit une intensification supplémentaire des vagues de chaleur, des tempêtes extrêmes et des feux de forêt.
Le lien avec les précipitations est un peu plus complexe, mais tout aussi important. Une atmosphère plus chaude peut contenir davantage de vapeur d’eau, ce qui augmente le risque de pluies plus abondantes. Cela ne signifie pas pour autant que tous les endroits deviennent plus humides. En effet, certaines régions de l’ouest et du sud-ouest des États-Unis connaissent une aridité croissante. Le changement climatique peut intensifier des phénomènes extrêmes apparemment opposés : des averses plus violentes dans certaines circonstances, une sécheresse plus sévère dans d’autres.
Le changement climatique ne « provoque » pas non plus tous les ouragans au sens simpliste parfois sous-entendu dans le débat populaire. Les cyclones tropicaux existaient avant le capitalisme industriel. Mais le réchauffement des océans, l’augmentation de l’humidité atmosphérique et l’élévation du niveau de la mer modifient l’environnement dans lequel les ouragans se produisent. Par conséquent, une tempête frappant un littoral dont le niveau de la mer a déjà augmenté peut provoquer des inondations plus importantes qu’une tempête par ailleurs équivalente ne l’aurait fait au cours d’une période climatique antérieure.
Une analyse marxiste n’a pas besoin d’exagérer ni de simplifier la science. En effet, elle a tout intérêt à faire exactement le contraire. Il ne s’agit pas de dire que chaque catastrophe aux États-Unis peut être attribuée individuellement au réchauffement climatique. Il s’agit plutôt de montrer que l’accumulation du capital a modifié le système climatique dont dépend la civilisation humaine, modifiant ainsi les probabilités et la gravité potentielle de nombreux risques.
Capitalisme fossile et changement climatique
La terminologie courante de « changement climatique d’origine humaine » est scientifiquement correcte mais socialement incomplète. L’humanité, en tant qu’entité abstraite, n’a pas industrialisé le monde par le biais d’un processus décisionnel démocratique collectif. La dépendance aux combustibles fossiles s’est développée au sein de systèmes de production et de rapports de force spécifiques.
Le capitalisme industriel du XIXe siècle fonctionnait au charbon. Le pétrole est devenu un élément central des secteurs de l’automobile, de l’aviation, de la pétrochimie et de l’armée au XXe siècle. Le gaz naturel est devenu un autre pilier de la production industrielle, de la production d’électricité et de la consommation domestique.
D’énormes entreprises ont accumulé du capital grâce à l’extraction, au traitement, au transport et à la vente de ces combustibles. Les États ont construit des routes, des aéroports, des infrastructures de banlieue et des systèmes militaires autour d’une énergie fossile abondante.
La crise climatique est donc indissociable du capitalisme fossile : un système économique dans lequel l’accumulation du capital s’est historiquement imbriquée avec l’énergie fossile.
Cela ne signifie pas que les consommateurs ordinaires n’ont aucun impact sur l’environnement. Les citoyens américains conduisent des voitures, chauffent leurs maisons et achètent des produits à forte intensité carbone. Mais le comportement des consommateurs s’inscrit dans des infrastructures héritées des cycles d’investissement précédents.
Un travailleur contraint de parcourir 30 miles pour se rendre à son travail parce que les logements abordables sont éloignés de son lieu d’emploi n’exerce pas le même pouvoir sur le système climatique qu’une entreprise décidant d’investir ou non des milliards dans de nouvelles productions de combustibles fossiles. Traiter ces deux cas comme des « empreintes carbone » individuelles revient à dissoudre un rapport de force économique radicalement inégal au sein d’une communauté imaginaire de consommateurs également responsables.
Le capitalisme crée également un obstacle structurel à une action climatique adéquate. Les entreprises individuelles doivent se faire concurrence, générer des rendements et protéger leurs investissements accumulés. Les réserves de combustibles fossiles, les raffineries, les oléoducs, les centrales électriques et les infrastructures associées représentent d’énormes quantités de capital. Une décarbonisation rapide menace de rendre certains de ces actifs obsolètes.
La transition exigée par la science du climat se heurte donc à de puissants propriétaires pour qui la poursuite de l’exploitation des combustibles fossiles n’est pas une abstraction idéologique, mais la base même de leurs profits. La crise climatique révèle une contradiction entre les exigences d’une accumulation indifférente de capital et les conditions écologiques nécessaires à la stabilité des sociétés humaines.
Feux de forêt : à la croisée du climat et de la propriété
Les feux de forêt illustrent cette contradiction avec une clarté inhabituelle. Le feu est un processus écologique ancestral. De nombreux écosystèmes nord-américains ont évolué au rythme de brûlages périodiques. Les peuples autochtones utilisaient délibérément le feu pour gérer les paysages bien avant la colonisation européenne. Il serait donc absurde de prétendre que le réchauffement climatique a inventé les feux de forêt.
Ce que le changement climatique modifie, ce sont les conditions météorologiques propices aux incendies. La hausse des températures augmente la demande d’évaporation, assèche la végétation et les sols, et peut prolonger les périodes pendant lesquelles les paysages sont inflammables. Mais le climat n’est qu’un aspect de l’équation. L’autre, c’est le développement.
La croissance des agglomérations américaines a de plus en plus poussé l’habitat vers l’interface entre zones sauvages et zones urbaines : des paysages où les maisons et les infrastructures côtoient les forêts, les prairies, le chaparral et d’autres végétations inflammables.
Cette expansion est en partie motivée par la croissance démographique, mais aussi par l’économie politique du foncier. Les promoteurs immobiliers achètent des terrains périphériques, obtiennent des permis de construire, forment des lotissements et les transforment en une marchandise dont la valeur peut augmenter considérablement dès lors que des logements peuvent y être construits. Le risque écologique est ainsi converti en marché immobilier.
Ce processus engendre une contradiction remarquable. Les qualités qui rendent ces emplacements commercialement attractifs — la forêt, les versants, les canyons, la vue sur les montagnes, l’intimité ou un paysage apparemment intact — peuvent être précisément celles qui augmentent l’exposition aux feux de forêt. La nature est à la fois commercialisée comme un atout et perçue comme un danger.
Le changement climatique accentue cette contradiction. Un modèle de développement fondé sur des prévisions historiques concernant la fréquence des incendies s’applique désormais dans un régime climatique où les conditions météorologiques propices aux incendies extrêmes deviennent de plus en plus dangereuses dans de nombreuses régions de l’ouest des États-Unis. Le paysage physique change, mais la nécessité de tirer profit du foncier perdure.
Mike Davis et l’économie politique de Malibu
Peu d’intellectuels américains ont mieux compris cette relation que le regretté historien et théoricien de l’urbanisme Mike Davis. Dans Ecology of Fear, Davis aborde les questions étroitement liées des feux de forêt et de l’expansion urbaine.
Bien avant la succession actuelle de phénomènes climatiques, Davis affirmait que les catastrophes spectaculaires de la Californie du Sud révélaient l’économie politique dissimulée sous le langage de la calamité naturelle. Son œuvre constitue un point de départ exceptionnellement utile pour comprendre les États-Unis d’aujourd’hui. Le changement climatique n’a pas rendu l’analyse de Davis obsolète, mais l’a rendue plus urgente.1
Dans son chapitre célèbre et délibérément provocateur, « The Case for Letting Malibu Burn », tiré de Ecology of Fear, Davis s’en est pris à la représentation conventionnelle des feux de forêt en Californie du Sud comme une tragédie naturelle imprévisible. Il a retracé la longue histoire des incendies dans les montagnes de Santa Monica et a souligné que la vulnérabilité de Malibu au feu n’était guère un secret.
Pourtant, des programmes immobiliers résidentiels coûteux n’ont cessé de s’étendre dans ce paysage à risque. Le feu détruisait des biens ; les ressources publiques étaient mobilisées ; les maisons étaient reconstruites ; le développement se poursuivait.
Davis interprétait cela non pas principalement comme une imprudence individuelle, mais comme une question d’économie politique. Les communautés aisées disposaient de la capacité économique et politique d’exiger une protection extraordinaire pour la propriété privée. Les moyens de lutte contre les incendies, les infrastructures, les dispositifs d’assurance et l’aide en cas de catastrophe ont contribué à rendre possible l’implantation de lotissements dans des lieux où les risques écologiques sous-jacents restaient graves.
Davis considérait les lotissements aisés situés dans les collines en partie comme des paysages de ségrégation sociale — des lieux dont le caractère exclusif offrait une distance par rapport à la métropole en contrebas, peuplée par la classe ouvrière et caractérisée par la diversité ethnique. Il affirmait que le développement dans les zones à risque était soutenu par diverses formes de subventions et de protection publiques.
Son argument est parfois caricaturé comme signifiant qu’il faudrait simplement laisser brûler les maisons des riches. Cela passe à côté de son objectif politique. « Laisser Malibu brûler » était une provocation destinée à mettre en évidence l’irrationalité d’un système qui socialisait à maintes reprises les coûts de la protection de biens privés de grande valeur construits au sein d’un environnement connu pour ses risques d’incendie.
Qui en profite ? Qui supporte le risque ?
Les promoteurs immobiliers engrangent des bénéfices lorsque les terrains sont transformés en logements. Les propriétaires fonciers voient la valeur de leurs biens immobiliers augmenter. Les institutions financières perçoivent des intérêts hypothécaires. Les acheteurs aisés acquièrent des logements de choix.
Pourtant, lorsque la catastrophe survient, ce sont les pompiers, les autorités municipales, les agences d’État et les programmes fédéraux de gestion des catastrophes qui interviennent. Il faut entretenir les routes pour permettre l’évacuation, réparer les réseaux de services publics, ouvrir des abris d’urgence et reconstruire les infrastructures détruites. L’enrichissement privé engendre ainsi des obligations publiques.
Davis a opposé cette protection somptueuse des propriétés de grande valeur situées à flanc de colline aux dangers auxquels sont confrontés les habitants de la classe ouvrière du centre de Los Angeles. Les résidents les plus pauvres peuvent vivre dans des immeubles surpeuplés ou mal entretenus, où de simples incendies structurels représentent des dangers permanents. Leurs catastrophes n’offraient pas les images spectaculaires de flammes balayant les collines de Malibu et attiraient souvent moins de ressources et moins d’attention politique.
Telle est la géographie de classe de la catastrophe.
Des feux de forêt aux incendies urbains
L’avertissement de Davis a pris une importance encore plus grande à mesure que les zones habitées s’étendent dans des paysages inflammables. Il avait anticipé la possibilité d’un « régime d’incendie post-suburbain » : une situation dans laquelle le développement et l’évolution des conditions environnementales produisaient des catastrophes dépassant la catégorie familière des feux de forêt.
Ce concept aide à expliquer pourquoi l’interface entre zones sauvages et zones urbaines revêt une telle importance. Dès que les flammes ou les braises pénètrent dans des zones d’habitation denses, les maisons elles-mêmes deviennent du combustible. Les structures en bois, les clôtures, les garages, les voitures, la végétation et d’autres matériaux inflammables peuvent propager le feu à travers les quartiers. Ce qui commence comme un feu de forêt peut se transformer en incendie urbain.
Le changement climatique et la suburbanisation interagissent donc plutôt que d’agir comme des causes distinctes. Le changement climatique peut engendrer des conditions plus chaudes et plus sèches, propices aux incendies extrêmes. Le développement immobilier place davantage de constructions à la portée de ces incendies. Les infrastructures introduisent des sources d’inflammation supplémentaires. Une fois que les communautés s’embrasent, l’environnement bâti peut amplifier la destruction.
Il en résulte une chaîne de causalité reliant l’atmosphère mondiale au marché hypothécaire.
La politique de classe de l’adaptation
Les conséquences d’une catastrophe sont également profondément inégales une fois qu’elle s’est produite.
Un ménage aisé peut disposer d’une assurance tous risques, d’une épargne, de plusieurs véhicules et d’un logement de remplacement. Ses membres peuvent bénéficier d’un emploi flexible leur permettant d’évacuer rapidement.
Un ménage pauvre peut ne bénéficier d’aucun de ces avantages. Les locataires peuvent perdre leurs biens sans disposer d’une assurance adéquate. Les travailleurs faiblement rémunérés peuvent perdre leur salaire lorsque les entreprises ferment. Les sans-abri et les travailleurs en extérieur sont particulièrement exposés à la chaleur extrême et à la fumée.
Même l’évacuation suppose des ressources. L’ordre de « partir immédiatement » n’a pas la même signification pour un ménage disposant de deux voitures, de cartes de crédit et de proches ailleurs que pour quelqu’un qui n’a pas de véhicule ni assez d’argent pour un hôtel.
Les inégalités climatiques ne peuvent donc pas être mesurées uniquement à l’aune de ceux dont le logement est physiquement confronté au danger. C’est la classe sociale qui détermine la capacité à anticiper, à échapper, à absorber et à se remettre d’une catastrophe.
Le même principe s’applique à la chaleur. La climatisation peut transformer des températures extérieures mortelles en un simple désagrément, mais uniquement pour ceux qui en ont les moyens. Un ouvrier du bâtiment, un ouvrier agricole ou un livreur est confronté à la chaleur en tant que risque professionnel précisément parce que son travail doit se poursuivre dans des conditions dont les personnes plus aisées peuvent se soustraire.
La société capitaliste répartit la vulnérabilité environnementale par le biais du marché du travail et du marché du logement bien avant l’arrivée d’un ouragan ou le dépassement d’un record de température.
Le trumpisme et le déni climatique
La politique de Trump représente une défense inhabituellement agressive de l’économie des combustibles fossiles. Trump n’a cessé d’attaquer les politiques climatiques, de promouvoir une exploitation accrue du pétrole et du gaz et de présenter la réglementation environnementale comme un obstacle à la prospérité. En septembre, par exemple, il s’en est pris aux politiques britanniques de « zéro émission nette » tout en appelant à une exploitation accrue du pétrole et du gaz de la mer du Nord.
Il ne s’agit pas simplement de scepticisme climatique rhétorique. Cela s’est traduit par une politique d’État. En février, l’Agence de protection de l’environnement (EPA) de Trump a abrogé la « Greenhouse Gas Endangerment Finding » de 2009 et supprimé les normes fédérales d’émissions de gaz à effet de serre pour les véhicules routiers qui en découlaient. L’administration a qualifié cette mesure de plus grande action de déréglementation de l’histoire des États-Unis.
L’argumentation de l’administration doit être présentée avec exactitude. Elle soutient que la Clean Air Act ne confère pas à l’EPA l’autorité légale invoquée pour ces réglementations et fait valoir que celles-ci imposent des coûts économiques considérables sans avoir d’impact significatif sur le changement climatique mondial.
Une interprétation marxiste s’interroge toutefois sur la conception du « coût » qui domine ces calculs.
La réglementation environnementale impose aujourd’hui des coûts visibles à certaines entreprises et à certains consommateurs. Les dommages climatiques engendrent des coûts répartis sur l’ensemble de la société et sur plusieurs décennies : habitations détruites, primes d’assurance plus élevées, récoltes perdues, infrastructures endommagées, dépenses liées à la lutte contre les incendies, mortalité due à la chaleur et reconstruction après les catastrophes.
La déréglementation semble donc « permettre de réaliser des économies » en transférant les coûts du capital vers la société, les travailleurs, les pouvoirs publics et les générations futures.
L’assouplissement par l’administration Trump des exigences en matière d’efficacité énergétique des véhicules illustre ce conflit. Les estimations gouvernementales liées à ces normes moins strictes indiquent des coûts initiaux de véhicules plus bas, mais une consommation de carburant et des émissions de carbone nettement plus élevées d’ici à 2050.
Le « trumpisme » ne se contente donc pas de nier ou de minimiser la science du climat. Il traduit les intérêts immédiats de la production de combustibles fossiles et de l’accumulation à forte intensité carbone en un langage politique populiste : essence bon marché, liberté de consommation, domination énergétique et opposition à une réglementation environnementale prétendument élitiste.
Son succès auprès de certaines franges de la classe ouvrière ne peut être simplement attribué à la stupidité. Des décennies de restructuration néolibérale ont rendu de nombreux travailleurs méfiants à l’égard des politiques dont ils sont censés supporter les coûts. Une transition mal conçue peut entraîner la fermeture d’une raffinerie, augmenter les dépenses énergétiques des ménages ou supprimer des emplois industriels, tout en laissant intacte la richesse des entreprises.
La gauche ne peut répondre à la politique climatique de droite en se contentant d’exiger des sacrifices de la part des gens ordinaires.
Politique climatique et capitalisme vert
Un programme climatique marxiste doit au contraire s’attaquer à la question de la propriété et du pouvoir de classe.
Les mécanismes de marché ne suffisent pas à eux seuls lorsque les décisions d’investissement régissant l’énergie, les transports et le logement restent dominées par la recherche du profit privé. La tarification du carbone peut modifier les incitations, mais une transformation suffisamment rapide nécessite une planification et des investissements colossaux : électricité renouvelable, réseaux de transport d’énergie, transports publics, isolation des bâtiments, infrastructures résilientes et retrait contrôlé des projets de développement dans les zones qui ne peuvent raisonnablement être défendues.
De telles politiques soulèvent immédiatement des questions de répartition. Qui paie ? À qui appartiennent les nouvelles infrastructures énergétiques ? Qu’advient-il des travailleurs du secteur des énergies fossiles ? Qui décide où les logements sont construits ? Les promoteurs immobiliers doivent-ils tirer profit de terrains à risque et, par la suite, répercuter les coûts des catastrophes sur le public ?
Une réponse socialiste insiste sur le fait que la décarbonisation ne peut être réalisée en faisant supporter les coûts aux ménages les plus pauvres tout en laissant intacte la concentration des richesses. Les travailleurs quittant les industries fossiles ont besoin d’une garantie d’emploi, d’une reconversion professionnelle, de retraites et d’investissements régionaux.
Les transports publics et les logements économes en énergie doivent apporter des améliorations concrètes plutôt que de se limiter à des leçons de morale. L’adaptation doit donner la priorité aux communautés vulnérables plutôt que de se contenter de protéger les biens immobiliers les plus chers.
C’est là l’essence même de l’idée d’une transition juste. Sans redistribution, la politique climatique peut devenir une autre forme d’austérité. Avec la redistribution et une planification démocratique, la décarbonisation peut s’inscrire dans une transformation plus large de la vie quotidienne.
Capitalisme de catastrophe et nature
Karl Marx décrivait le capital comme doté d’une extraordinaire soif d’expansion. La concurrence oblige les entreprises à accumuler, à innover et à accroître leur production. Historiquement, cela a entraîné d’énormes augmentations de la capacité de production.
Mais le capital traite la nature comme un intrant gratuit ou un dépotoir. L’atmosphère est devenue, en effet, une décharge gratuite pour le carbone généré par l’industrie. La facture de cette externalisation historique arrive aujourd’hui.
L’ironie est que le capitalisme crée de nouvelles marchandises à partir de la crise qu’il a contribué à produire : services privés de lutte contre les incendies, filtration de l’air, bâtiments climatisés, produits d’assurance, marchés du carbone, reconstruction après catastrophe et nouvelles technologies d’adaptation.
Ceux qui disposent de suffisamment d’argent peuvent s’offrir davantage de protection, tandis que ceux qui en manquent subissent directement le changement climatique. Une société peut ainsi devenir à la fois plus riche en biens de consommation et moins sûre sur le plan écologique.
L’importance de Davis réside dans la compréhension spatiale de ce processus. Le capital ne se contente pas d’exploiter la nature ; il réorganise les paysages. Il détermine où apparaissent les usines, les routes et les banlieues, quels quartiers bénéficient d’investissements et quelles populations vivent dans des environnements dangereux. La catastrophe environnementale présente une géographie qui résulte des cycles d’accumulation précédents.
Le coût de la crise climatique
La fréquence et l’intensité croissantes des phénomènes météorologiques extrêmes aux États-Unis ne peuvent s’expliquer par la seule météorologie. Le réchauffement climatique d’origine anthropique modifie le contexte climatique, augmentant les vagues de chaleur et les fortes précipitations, et contribuant à des conditions météorologiques plus propices aux incendies dans des régions importantes d’Amérique du Nord.
Mais les risques climatiques se transforment en catastrophes sociales par le biais des décisions relatives à l’aménagement du territoire, au logement, aux infrastructures et aux investissements. C’est là que l’analyse marxiste apporte un éclairage essentiel.
La question centrale n’est pas de savoir si le changement climatique existe. Il s’agit de savoir qui a produit les émissions, qui tire profit du système économique qui les a générées, qui est exposé aux conséquences et qui sera contraint de payer pour l’adaptation et la reconstruction.
Les feux de forêt mettent ces contradictions en évidence de manière spectaculaire. La combustion de combustibles fossiles contribue à un climat plus chaud et, dans de nombreuses régions de l’ouest des États-Unis, plus propice aux incendies. Parallèlement, le capital immobilier étend le développement à des paysages inflammables.
Les acteurs privés tirent des profits de ce développement tandis que les institutions publiques assument une responsabilité considérable dans la protection et la reconstruction des communautés menacées. Les riches disposent généralement de ressources plus importantes pour s’échapper et se relever, tandis que les travailleurs et les communautés les plus pauvres subissent des conséquences sociales disproportionnées.
Le trumpisme propose une réponse à cette crise : défendre le capital fossile, affaiblir la réglementation environnementale, étendre l’extraction et présenter le capitalisme à forte intensité carbone comme une liberté économique. Il détient un certain pouvoir politique en partie parce que la politique climatique libérale a trop souvent échoué à démontrer comment la décarbonisation peut améliorer, plutôt que réduire, le niveau de vie de la classe ouvrière.
Davis a proposé une vision radicalement différente du problème. Son génie a consisté à observer une colline en feu et à y voir non seulement des flammes et de la végétation, mais aussi des relations de classe, la valeur immobilière, le pouvoir de l’État et l’histoire urbaine. Le paysage lui-même renfermait une histoire de choix politiques.
Son analyse est devenue d’autant plus pertinente que le climat se réchauffe. Ce qu’il a décrit à Malibu se retrouve de plus en plus ailleurs : des projets immobiliers privés s’avançant en territoire dangereux, d’énormes ressources mobilisées après une catastrophe prévisible, et une reconstruction préparant le terrain pour un nouveau cycle.
L’expression « catastrophe naturelle » masque donc la question la plus importante. La nature fournit l’ouragan, la sécheresse, la chaleur ou l’incendie, mais c’est la société qui détermine ce qui se trouve sur son passage.
Quelle société pour une planète qui se réchauffe ?
La crise climatique est donc, en fin de compte, une lutte pour déterminer quel type de société habitera une planète en réchauffement.
Une possibilité est celle d’un capitalisme de plus en plus fortifié, dans lequel les communautés aisées achètent leur protection, les compagnies d’assurance se retirent des territoires non rentables, les deniers publics viennent sans cesse à la rescousse de la propriété privée et les pauvres sont laissés de plus en plus exposés à la chaleur, aux inondations et aux incendies.
Une autre option consisterait à traiter l’énergie, le logement, les transports et l’adaptation comme des questions de planification démocratique plutôt que comme des opportunités d’accumulation.
Le réchauffement climatique a transformé ce choix, le faisant passer d’un différend idéologique abstrait à une nécessité concrète. Les incendies, les inondations et les vagues de chaleur sont des avertissements qui ne concernent pas seulement la chimie atmosphérique, mais aussi un ordre social dont la quête d’une accumulation sans fin se heurte aux limites écologiques.
La vision radicale de Davis était que la catastrophe met à nu l’organisation de la société, habituellement cachée. À l’ère du réchauffement climatique, les États-Unis en font l’expérience de plus en plus souvent : le climat peut être à l’origine du danger, mais c’est le capitalisme qui détermine en grande partie la vulnérabilité — et c’est la classe sociale qui détermine qui en paiera le prix.
Phil Hearse est un socialiste révolutionnaire de longue date, membre du Syndicat national de l’éducation britannique et partisan d’Anti*Capitalist Resistance
- 1Une grande partie de cet article s’appuie sur les écrits de Mike Davis, notamment « Who Will Build the Ark? » (publié dans New Left Review), « El Diablo in the Wine Country » (publié dans London Review of Books) et Ecology of Fear (dont un extrait peut être lu ici). Parmi ses écrits sur d’autres sujets, on peut citer The Monster at Our Door (2003), qui prédisait une épidémie de grande ampleur qui s’est finalement produite sous la forme de la COVID (cet ouvrage a été mis à jour sous le titre The Monster Enters) ; Planet of Slums (2006) ; et Prisoners of the American Dream (1998). Consultez la liste complète de ses ouvrages sur la page consacrée à Mike Davis sur le site de Verso.
https://links.org.au/sitting-time-bomb-trump-climate-mike-davis
Traduction ML
