International

Le coup de pouce de Trump

Le Canadien Mark Carney, la Danoise Mette Frederiksen et peut-être même le Britannique Keir Starmer peuvent remercier Trump d’avoir relancé leur carrière en perte de vitesse. Viktor Orbán, lui, pas vraiment.

Dimanche, les électeurs hongrois ont massivement rejeté Viktor Orbán, le dirigeant européen préféré de Donald Trump, malgré un découpage électoral largement biaisé et un contrôle substantiel des médias. Avec un taux de participation record, le parti d’opposition Tisza a remporté plus des deux tiers des sièges au Parlement, ce qui suffit pour annuler les modifications constitutionnelles apportées par Orbán pendant son mandat.

Cinq jours avant les élections, Trump a envoyé JD Vance à Budapest, où Vance a pris la parole lors d’un rassemblement d’Orbán, déclarant : « Nous devons faire en sorte que Viktor Orbán soit réélu Premier ministre de Hongrie, n’est-ce pas ? » Cette déclaration a été suivie d’un message de Trump sur les réseaux sociaux dans lequel il s’engageait : « Nous sommes ravis d’investir dans la prospérité future qui sera générée par le leadership continu d’Orbán ! »

L’étreinte chaleureuse de Trump s’est retournée contre lui. Pour la plupart des politiciens en dehors du fief MAGA, même pour des autocrates comme Orbán, le soutien de Trump est un baiser de la mort.

Mais pour ses adversaires dans d’autres démocraties occidentales, la possibilité de résister à Trump a été un baiser de vie. Prenons l’exemple de Mette Frederiksen, la Première ministre danoise. Elle était en grande difficulté pour sa réélection jusqu’à ce que Trump lui lance une bouée de sauvetage sous la forme de sa menace délirante d’envahir le Groenland.

Frederiksen, une sociale-démocrate, a mobilisé la fierté danoise et tenu tête à Trump. « Si les États-Unis décident d’attaquer un autre pays de l’OTAN, alors tout s’arrêterait — y compris l’OTAN et, par conséquent, la sécurité de l’après-guerre », a-t-elle averti. Elle a rallié tous les grands dirigeants européens pour soutenir les Danois. Sa coalition a remporté de justesse une victoire surprise lors des élections du 24 mars. Trump, enlisés en Iran, a cessé de parler du Groenland, du moins pour l’instant.

Ou prenons le cas du Premier ministre canadien Mark Carney. Il y a deux ans, Carney était principalement connu comme banquier central (au Canada et en Grande-Bretagne), sans aucune expérience en politique. Aujourd’hui, il est le Canadien le plus populaire depuis peut-être Wayne Gretzky ( joueur légendaire de hockey ndt).

Lorsque Carney a remporté les élections du Parti libéral en mars 2025 pour succéder au Premier ministre Justin Trudeau, de plus en plus impopulaire, les libéraux étaient en grande difficulté. Le candidat du Parti conservateur, Pierre Poilievre, un aspirant Trump canadien, était en tête dans les sondages.

Mais Trump a alors fait de Carney un héros national. Trump a proposé d’annexer le Canada en tant que 51e État. La controverse et la forte opposition à Trump ont propulsé les libéraux de retour au pouvoir, avec Carney comme Premier ministre. S’adressant directement à Trump, lors d’une réunion dans le Bureau ovale en mai 2025, Carney a déclaré sans détour : 

« Comme vous le savez dans l’immobilier, certains endroits ne sont jamais à vendre. » Le Canada, a-t-il ajouté, « n’est pas à vendre, ne sera jamais à vendre. »

Après que Carney eut entamé des négociations commerciales avec la Chine, Trump a imposé des droits de douane de 100 % au Canada.

Carney a riposté. L’opinion publique s’est tournée vers les libéraux à un rythme record. Aujourd’hui, la cote de popularité de Carney avoisine les 58 %.

Les Canadiens étaient autrefois nos bons voisins dociles. Grâce à Trump, ils ont trouvé un nouvel objectif national et une nouvelle fierté.

Lorsque Carney et les libéraux ont remporté les élections en avril 2025, ils ont manqué de peu la majorité parlementaire, et il a dû diriger un gouvernement minoritaire. Aujourd’hui, trois élections partielles ont lieu au Parlement et les libéraux de Carney sont en passe d’obtenir la majorité absolue.

Trump a même donné un coup de pouce au Premier ministre travailliste britannique Keir Starmer, pourtant en perte de vitesse, même s’il est peut-être trop tard. Starmer, un homme laborieux, a commis des erreurs à répétition en tergiversant sur la politique économique, oscillant entre programmes d’expansion et orthodoxie budgétaire. En tant que dirigeant, il a tout le charisme d’un employé de bureau.

Mais même Starmer a trouvé sa voix en tenant tête à Trump. Il a refusé d’autoriser les États-Unis à utiliser les bases britanniques pour des missions offensives en Iran, et dans une interview jeudi, il a assimilé Trump à Poutine, déclarant que les Britanniques devaient faire face à des factures d’énergie plus élevées « à cause des actions de Poutine ou de Trump à travers le monde ». Il a ajouté : « J’en ai marre. »

Un sondage réalisé pour The Independent a révélé que la cote de popularité personnelle de Starmer augmente de 26 points lorsque l’on rappelle aux électeurs sa résistance à Trump.

Même Trump pourrait ne pas suffire à sauver Starmer, dont le parti a été laminé lors des récentes élections partielles. Si, comme on s’y attend généralement, le Parti travailliste obtient des résultats désastreux lors des prochaines élections locales de mai, Starmer risque d’être contraint de démissionner. Son successeur à la tête du parti et au poste de Premier ministre sera probablement le maire de Manchester, Andy Burnham, un homme populaire et efficace. Mais si Starmer parvient d’une manière ou d’une autre à s’en sortir, il pourra remercier Trump.

Orbán, en revanche, est probablement en train de maudire le nom de Trump.

Robert Kuttner

Co-rédacteur en chef, cofondateur de The American Prospect

Traduction ML