Réflexions nécessaires et capitales quand les drapeaux de la République islamique d’Iran apparaissent dans des manifestations à Paris ou ailleurs et à La Tribune de la Conférence anti-fasciste , anti-impérialiste de Porto Alegre . ML
Alors que l’ombre de la guerre et de la dévastation continue de planer sur la société iranienne, s’opposer à toute intervention militaire américaine ou israélienne est une responsabilité humanitaire urgente. Rien ne justifie les bombardements, le massacre de civil·es ou la destruction des infrastructures d’une nation — cette position est un principe non négociable.
Cependant, une dangereuse déformation est en train de s’opérer : une tentative visant à brouiller les frontières politiques entre le mouvement anti-guerre et les partisan·es de la République islamique au nom d’une « large unité ».
Ignorer la réalité des symboles
Certain·es ont fait valoir que le drapeau de la République islamique est un symbole neutre et que nous devrions éviter une « guerre des drapeaux » en autorisant les partisan·es du régime à le brandir lors des manifestations contre la guerre. Ce point de vue ferme les yeux sur la réalité.
Pour des millions d’Iranien·nes, ce drapeau n’est pas simplement un morceau de tissu ; c’est le symbole d’une idéologie sociopolitique spécifique et le rappel de décennies de répression, d’exécutions, de discrimination et de violence structurelle.
On ne peut pas attendre des victimes qu’elles se tiennent aux côtés de ce symbole et le traitent comme s’il était dénué de sens. Il ne s’agit pas d’une question « émotionnelle » — il s’agit de la signification politique et sociale des symboles.
Affaiblir une position indépendante
En l’absence d’une démarcation politique claire, la présence de drapeaux de la République islamique lors des manifestations contre la guerre comporte un risque important : elle affaiblit la position indépendante incarnée par le slogan « Non à la guerre, non à la dictature ».
Cette ambiguïté intentionnelle donne la fausse impression que les Iranien·nes de l’étranger défendent le régime. Une telle approche n’est pas seulement une erreur d’analyse, mais un recul politique.
D’autre part, la solution ne réside pas dans la passivité ni dans la fragmentation du mouvement anti-guerre. Un mouvement divisé ne sert que les intérêts des forces pro-guerre.
La troisième voie : participer en conservant son identité
La voie à suivre réside dans une « troisième voie » fondée sur :
* Une participation active au mouvement anti-guerre ;
* Le maintien d’une identité politique distincte ;
* La diffusion d’un message clair et sans compromis : « Non à la guerre, non à la République islamique ».
Cette approche n’implique pas de confrontation inutile ni d’exclusion des autres. Elle met plutôt l’accent sur le maintien d’une clarté politique et le refus de tomber dans le piège d’une « fausse unité ».
Conclusion
La force d’un mouvement ne dépend pas seulement de son nombre, mais aussi de la clarté de son idéologie et de son intégrité politique. Une unité fondée sur l’effacement des vérités et le déni de la souffrance ne sera ni durable ni libératrice.
Aujourd’hui, défendre la vie humaine, préserver la vérité et refuser d’ignorer la nature des forces réactionnaires devraient constituer trois piliers indissociables. Poursuivre l’un de ces objectifs sans les autres nous mènera inévitablement à l’égarement.
Mitra Mahmoudi, 11 avril 2026
Mitra Mahmoudi est une socialiste, militante politique et féministe iranienne. Elle est directrice de Radio Avaye Zan (La Voix des femmes) à Sydney, en Australie.
https://links.org.au/no-war-no-distortion-critique-limitless-unity-within-anti-iran-war-movement
Traduit par DE
