Nous publions un texte de notre camarade Yorgos Mitralias du 9/3 qui apporte indéniablement des éléments, des analyses à discuter largement. ML
Dessin de Sonia Mitralias
Et après l’Iran, quoi ? Car la guerre contre l’Iran des ayatollahs ne durera pas éternellement. Et que Trump aura surement besoin d’inventer une autre grande crise internationale ou une autre guerre, pour pouvoir se maintenir au pouvoir chez lui, aux Etats-Unis d’Amérique. Un pouvoir non seulement déjà chancelant, mais aussi et surtout menacé par le résultat des élections de mi-mandat de novembre prochain, qui risque de lui être fatal.
Nous voici donc au cœur du problème. Ou plutôt du casse-tête des motivations et des choix tactiques de Trump. Pourquoi sa guerre contre l’Iran ? Mais, tout simplement parce qu’il fallait, selon lui, qu’il redore au plus vite son blason et qu’il reprenne l’initiative à un moment où sa popularité dégringole et ses politiques divisent même ses inconditionnels du mouvement MAGA. D’où ses impréparations, ses improvisations et les contradictions – qui crèvent les yeux – de ses déclarations et de ses choix tactiques, que nos gouvernants et leurs médias n’arrivent toujours pas à… déchiffrer.
Alors, doit-on conclure que Trump a vraiment peur de perdre les élections de mi-mandat et en conséquence, d’être demis de ses fonctions par un Sénat et un Congrès à majorité désormais Démocrate ? Depuis plusieurs mois, notre réponse est catégorique : il a si peur de perdre ces élections, qu’il est prêt à tout faire pour se maintenir au pouvoir. Y compris en annulant ces élections par tous les moyens ! « Légaux » et illégaux ! D’ailleurs, Trump prépare déjà des tripotages électoraux (inconstitutionnels) en proposant la « nationalisation » des élections. Mais, comme il y a multiplication des mauvais sondages et de très mauvais résultats des divers élections partielles et locales, tout indique qu’il est prêt d’aller encore plus loin. C’est ainsi que selon plusieurs médias américains, un projet de décret élaboré par des activistes MAGA, qui déclarerait l’état d’urgence national et imposerait de restrictions au vote, comme l’interdiction du vote par correspondance, aurait été examiné par Trump. Mais, ce n’est pas tout. Même des figures de premier plan du mouvement MAGA, entrées en dissidence avec Trump, comme l’ex-députée Marjorie Greene, avertissent maintenant que Trump pourrait très bien déclarer l’état d’urgence en invoquant la guerre contre l’Iran ou toute autre crise ou guerre inventée par lui afin d’annuler carrément les élections de mi-mandat de novembre prochain…
En somme, beaucoup dépend du déroulement et surtout du dénouement final de la guerre contre l’Iran. Car démentant le souhait ou la prévision initiale de Trump qui déclarait, le 28 février passé au site web américain Axios, qu’il « pourrait terminer la guerre en 2-3 jours »,cette guerre perdure dangereusement pour lui et personne n’ose plus prévoir sa durée. D’ailleurs, un précédent tout récent, celui de la guerre de Poutine contre l’Ukraine, plaide contre les délires triomphalistes du président américain : lancée pour s’achever victorieusement en quatre jours, l’offensive russe contre l’Ukraine patauge, s’éternise et dure désormais plus de quatre ans, en raison de l’héroïque résistance du peuple ukrainien, que ni les amis ni les ennemis de Poutine n’avaient pas pu prévoir !
Entre-temps, force est de constater que très rarement sinon jamais une guerre a ses débuts, n’a été aussi peu populaire que cette guerre de Trump contre l’Iran. Et force est également de constater que, les exemplaires mobilisations populaires de Minneapolis aidant, le nouveau maire Démocrate Socialiste de New York Zohran Mamdani est en train de faire des émules qui gagnent aux élections primaires ou autres un peu partout aux Etats-Unis, tant au sud qu’au nord du pays ! Un Mamdani qui avait déclaré déjà au premier jour de cette guerre : « Les frappes militaires menées aujourd’hui contre l’Iran par les États-Unis et Israël marquent une escalade catastrophique dans une guerre d’agression illégale. Bombarder des villes. Tuer des civils. Ouvrir un nouveau théâtre de guerre. Les Américains ne veulent pas de cela. Ils ne veulent pas d’une nouvelle guerre visant à renverser un régime. Ils veulent être soulagés de la crise du coût de la vie. Ils veulent la paix ».
Alors, pourrait-on dire que Trump est en train de tomber dans le piège qu’il a lui-même créé ? Qu’il s’est auto-piégé ? Sans doute, et d’ailleurs on peut lui faire confiance qu’il fera tout son possible pour s’enfoncer encore plus profondément dans le piège iranien. Mégalomane inculte et totalement incompétent, dépourvu de conseillers un tant soit peu compétents et entouré de parvenus insignifiants dont le seul mérite est une servilité exacerbée, Trump aime répéter que Dieu en personne le protège et le charge de la mission divine de sauver l’Amérique. Exactement comme Hitler aimait répéter que la « Providence » le protégeait et l’avait chargé de la mission de sauver l’Allemagne. Ce qui n’empêche que comparé au messianisme de Hitler, celui de Trump n’est qu’un messianisme de pacotille… mais tout aussi dangereux et mortifère.
Mais, quid des comparses de cette guerre ? De tous ces micro-États du Golfe Persique plus ou moins artificiels, qui sont maintenant emportés, malgré eux, dans le maelstrom destructeur des messianismes fascistes de Trump et de Netanyahou ? Si Trump a un mérite c’est que la brutalité extrême de ses paroles, de ses actes et leurs conséquences en chaîne dévoilent souvent les réalités de notre temps méticuleusement dissimulées derrière les lourds rideaux de la manipulation de l’information et du lavage à échelle industriel des cerveaux. Comme par exemple celle du plus emblématique de ces micro-États du Golfe Persique, du Dubai, que Romaric Godin décortique magistralement et avec une rare perspicacité dans son texte intitulé Dubaï sous les bombes, la fin des illusions, dont voici les dernières paragraphes : « L’argent ne peut pas tout. Parfois, la réalité resurgit. Lundi 1er mars, ce drone venu s’abattre sur le seuil du Burj Khalifa a rappelé cette vérité cruelle à cette foule de naïfs qui pensaient que « leur monde », Dubaï, était à l’abri du monde et de son chaos. La panique a été à la mesure de ce réveil. Et voilà que ceux qui avaient quitté l’Occident, cet « enfer fiscal » au bord de la guerre civile, cherchaient à tout prix à y revenir.
C’est que, finalement, la capitale du XXIe siècle a les faiblesses de son époque. Le déni destructeur finit inévitablement par conduire au chaos. Dubaï est la capitale du capitalisme prédateur et autoritaire de notre temps. Elle est la vitrine d’un monde où la destruction devient de plus en plus une solution économique, mais aussi d’un monde où ceux qui décident des destructions pensent que l’argent les protégera.
Ce drone est venu briser cette illusion. Le monde de Dubaï est une folie autodestructrice. Et derrière les larmes des influenceurs, il y a cette vérité qu’ils refusent obstinément d’accepter : le monde du capital détruit le monde réel. Et nous n’en avons pas d’autres ». [1]
Et c’est exactement parce que « nous n’en avons pas d’autres » qu’une information postée sur le site de la CNN au cinquième jour de la guerre, a été passée sous silence bien que très directement liée à cette guerre et ses enjeux. Et voici de quoi il s’agit : « Selon une nouvelle étude, le niveau des mers le long des côtes mondiales est beaucoup plus élevé qu’on ne le pensait auparavant, dépassant les 91,4 centimètres dans certaines régions, ce qui soulève des inquiétudes quant à la sous-estimation de l’ampleur de la menace et de la rapidité avec laquelle les côtes pourraient disparaître ;
Le rapport révèle que le niveau moyen des mers côtières dans le monde est supérieur d’environ 31 cm à ce qui était actuellement supposé, avec des endroits, tels que l’Asie du Sud-Est et certaines parties du Pacifique, où il est supérieur de près de 92 cm.
Ces résultats suggèrent que si le niveau des mers augmentait d’environ un mètre, cela mettrait 37% de terres supplémentaires sous l’eau par rapport à ce qui était actuellement supposé, affectant jusqu’à 132 millions de personnes à travers le monde. »
Et comme si cette terrible nouvelle ne suffisait pas, pratiquement coup sur coup, au sixième jour de la guerre, sur le même site on dénichait l’information également très alarmante, que des savants qui ont pu mesurer pour la première fois l’accélération du réchauffement de la terre, ont constaté que le réchauffement climatique s’est « considérablement accéléré au cours des dix dernières années ». En effet, « la Terre s’est réchauffée d’environ 0,2°C par décennie entre 1970 et 2015. Puis, entre 2015 et 2025, elle s’est réchauffée de 0,35°C, selon l’étude, soit une augmentation de 75 % ». Alors, à l’océanographe et climatologue responsable de l’étude, le scientifique Allemand Stefan Rahmstorf de conclure avec ces mots : « Je n’aurais jamais imaginé que les décideurs politiques, après avoir obtenu des preuves aussi claires que nous nous dirigeons vers une catastrophe très grave pour l’humanité, ne réagiraient pas » [2].
Quand on sait que ces « décideurs politiques » ne se contentent pas de faire la sourde oreille aux demandes des scientifiques du monde entier, mais pire, ils aggravent une crise climatique déjà catastrophique en mettant à feu et à sang le Moyen Orient, et plus particulièrement le Golfe Persique, pour la possession et l’exploitation de cet exactement « or noir » qui en est la cause principale, alors on peut mieux mesurer les dimensions du crime que sont en train de commettre au Golfe Persique ces véritables vampires de l’humanité. Un crime qui n’a pas et ne peut pas avoir son pareil dans l’histoire de cette humanité plusieurs fois crucifiée mais toujours debout …
Yorgos Mitralias
Notes
[1] Voir Scientists find sea levels are already much higher than we thought. That could spell trouble for the future :
https://edition.cnn.com/2026/03/04/climate/sea-level-higher-flooding-hazards
[2] Scientists are trying to solve the mystery of whether global warming is speeding up. A new study says it has the answer :
https://edition.cnn.com/2026/03/06/climate/climate-warming-faster-scientists-2030-mystery

