Ce que nous observons aujourd’hui au sein d’une partie de la Coalition des forces politiques du Kurdistan iranien n’est plus seulement une erreur tactique ou simplement le signe qu’ils ne comprennent pas le véritable équilibre des forces.
Des organisations telles que le PJAK, le PAK et le Khabat attendaient depuis des années une intervention étrangère et une occasion de jouer sur les frontières. Les autres ne valent pas mieux, et ces partis suivent l’horizon de la droite et de l’extrême droite au Kurdistan et se réjouissent des conditions de guerre.
Nous sommes confronté·es à un choix politique clair : la reconstruction d’une version factice de la « libération », où la volonté du peuple est remplacée par un scénario de transfert de pouvoir de haut en bas et où le discours sur les droits du peuple se mêle à la logique de l’intervention étrangère, de la guerre par procuration et de l’ingénierie géopolitique. C’est précisément ce point qui doit être abordé ouvertement.
La vérité est que la base initiale de la coopération entre les partis d’opposition au Kurdistan n’était pas l’aventurisme militaire ou l’adhésion aux projets des États-Unis et d’Israël. Il s’agissait d’une tentative de parvenir à une forme de coopération sociale contre la République islamique.
Le véritable résultat de cette période n’était pas les salles de stratégie étrangères, mais les appels à la grève générale qui ont été largement accueillis par la population des villes du Kurdistan. En d’autres termes, partout où cette coopération s’appuyait sur la force de la société, sur la rue, sur les grèves, sur la solidarité venue d’en bas et sur les capacités réelles du peuple, elle a pu gagner en légitimité et trouver un écho social.
La crise a commencé lorsque certaines de ces mêmes forces, au lieu de s’appuyer sur la société, ont commencé à se tourner vers la guerre, les bombardements et des scénarios extérieurs pour modifier l’équilibre des pouvoirs.
C’est précisément là qu’il faut tracer une ligne. Les partis et les courants de cette coalition, qui font partie de la société kurde, ont naturellement le droit d’avoir leur propre présence politique et sociale. Aucune force sérieuse de gauche ou communiste ne nie leur droit d’exister politiquement.
Mais le problème est que la politique actuelle d’une partie de cette coalition non seulement ne contribue pas à la libération du peuple, mais détruit également de l’intérieur la possibilité sociale même qui constituait autrefois la base de la coopération.
Lorsque le discours politique passe de l’organisation sociale à l’attente d’une intervention étrangère, lorsque l’horizon d’action passe des grèves et des manifestations populaires à des fantasmes d’attaque militaire et de transfert de pouvoir par des États hostiles, alors nous ne sommes plus face à un écart mineur. Nous sommes face à une politique vidée de son contenu populaire.
L’affirmation selon laquelle ces partis pourraient mener une opération militaire terrestre relève davantage de l’illusion que de l’analyse. Aucune force au Kurdistan iranien ne peut envisager un tel scénario sans soutien aérien, logistique, renseignement et, à un certain stade, même sans intervention terrestre directe des États-Unis.
Il ne s’agit pas seulement d’une limite technique. C’est le talon d’Achille politique de toute cette approche. Car dès lors que le projet militaire d’une force politique devient tributaire du soutien de Washington et de Tel-Aviv, il ne peut plus se présenter comme l’expression de la volonté indépendante du peuple.
À partir de là, la question n’est plus seulement le renversement de la République islamique. La véritable question devient ce qui est censé la remplacer : l’organisation libre du peuple ou le réaménagement d’un ordre dépendant sous des mots tels que nation, sécurité et salut.
Certaines parties de cette coalition s’orientent désormais vers ce que l’on ne peut qualifier que de discours ethnique et géopolitique dangereux. Dans ce discours, la République islamique n’est plus considérée comme un régime religieux capitaliste, répressif et antisocial.
Au contraire, « l’Iran » lui-même est reconstruit comme un ennemi abstrait, comme un tout politique et historique. Ce changement n’est pas accidentel. Il ouvre la voie à une politique dont l’horizon est moins la libération des peuples que la refonte du pouvoir en Asie occidentale.
Ces projets ne sont pas élaborés dans les rues de Sanandaj, Mahabad et Mariwan, mais dans les centres décisionnels des puissances régionales et mondiales.
Si l’on veut qu’il reste un horizon émancipateur au Kurdistan et en Iran, il faut dénoncer cette falsification politique : la falsification de la libération dans un vocabulaire populaire, afin de promouvoir une politique qui, dans la pratique, n’est rien d’autre que la reproduction de la domination sous une nouvelle forme.
La société kurde a déjà payé un prix trop élevé pour redevenir un terrain d’expérimentation pour les fantasmes ethniques, les interventions étrangères et l’opportunisme politique.
Toute politique qui ne vient pas du peuple, qui ne s’appuie pas sur le peuple et qui ne vise pas la liberté et l’égalité pour tous les peuples d’Iran finira par être une nouvelle forme d’échec, même si elle brandit les slogans les plus radicaux.
C’est la vérité qu’il faut énoncer clairement aujourd’hui. Les peuples d’Iran et du Kurdistan sont pris au piège entre deux monstres.
Ne croyez pas la propagande américaine sur les Kurdes.
Il ne s’agit pas ici d’une population marginale ou d’une force que l’on peut gérer comme un projet de laboratoire. Dans l’ouest de l’Iran, nous avons affaire à une société de plusieurs millions d’individu·es, au moins 10 millions de personnes réparties sur un territoire vaste et complexe, une région dont la taille est au moins comparable à la moitié du Royaume-Uni.
À cette échelle, quelques organisations politico-militaires, quelle que soit leur histoire ou leur influence, ne peuvent sérieusement entrer dans un scénario de guerre et le mener à bien de manière contrôlée. L’idée que quelqu’un de l’extérieur puisse simplement appuyer sur un bouton et transformer « les Kurdes » en une force terrestre prête à servir les objectifs américains n’est rien d’autre qu’un mensonge politique et un fantasme colonial.
J’espère que l’alliance politique kurde à six parties, comme l’ont déjà demandé des dizaines d’organisations politiques et de groupes différents dans diverses déclarations, n’entrera pas dans une confrontation militaire et n’ouvrira pas, directement ou indirectement, la voie à une intervention militaire américaine et à l’entraînement de la région dans un désastre encore plus grand.
Il faut le dire clairement : le discours américain sur le « rôle des Kurdes » dans cette guerre est un outil de propagande. C’est un mensonge.
Siyavash Shahabi, 7 mars 2026
https://firenexttime.net/iran-and-kurdistan-in-the-grip-of-two-violences/
Traduit par DE

