
Mohammed Harbi a exercé des responsabilités au sein du Front de libération nationale (FLN) pendant la guerre d’Algérie et a participé aux premières négociations des accords d’Évian. Contact entre le FLN et le Parti communiste internationaliste (4e Internationale), conseiller de Ahmed Ben Bella, il est emprisonné en 1965 après le coup d’État de Houari Boumediène. Il s’évade et rejoint la France en 1973.
Maître de conférences à l’Université de Paris 8, il était membre du comité de parrainage du Tribunal Russell sur la Palestine. Il a publié : Le FLN : documents et histoire, 1954-1962 (avec Gilbert Meynier, Fayard, 2004) ; La guerre d’Algérie (avec Benjamin Stora, Robert Laffont, 2004) ; Une vie debout : mémoires (La Découverte, 2001). Aux éditions Syllepse, il a préfacé Les Camarades des frères (2002) et a collaboré à L’Encycopédie de l’autogestion (2015).Pour reprendre l’expression de Paul Bouchet, Mohammed Harbi n’était pas un « ancien combattant » mais un vieux lutteur.
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Notre ami, camarade et auteur Mohammed Harbi est décédé ce 1er janvier 2026, à l’âge de 92 ans. Acteur et historien de la lutte de libération algérienne, partisan de la démocratie et de l’autogestion, il a accompagné avec constance les éditions Syllepse et ses combats pour l’émancipation en contribuant à l’Encyclopédie internationale de l’autogestion, préfaçant nombre de ses livres, dont L’Algérie au coeur de Clara et Henri Benoits.
Il avait confié aux éditions Syllepse la publication de ses ouvrages: Autogestion en Algérie: une autre révolution et l’édition augmentée et actualisée de FLN mirage et réalité. Toutes nos pensées et amitiés à sa famille, ses amis, ses camarades. Ses Mémoires filmés constituent une contribution inestimable à l’histoire de la lutte de libération nationale et de la révolution algérienne: https://www.syllepse.net/syllepse_images/mohamed-harbi–me–moires-filme–s–sommaire.pdf
Toutes nos pensées et amitiés à sa famille, ses amis et ses camarades.
Mohammed Harbi {presente !}
vendredi 2 janvier 2026, par Editions Syllepse, L’équipe des Editions Syllepse
Notre ami, camarade et auteur Mohammed Harbi est décédé ce 1er janvier 2026, à l’âge de 92 ans. Acteur et historien de la lutte de libération algérienne, partisan de la démocratie et de l’autogestion, il a accompagné avec constance nos éditions et nos combats pour l’émancipation en contribuant à l’Encyclopédie internationale de l’autogestion, préfaçant nombre de nos livres, dont L’Algérie au cœur de Clara et Henri Benoits.
Il nous avait fait l’amitié de nous confier la publication de plusieurs de ses ouvrages : Autogestion en Algérie : une autre révolution et l’édition augmentée et actualisée de Le FLN : mirage et réalité, que nous avons publiée avec nos amis des éditons Page 2 (Lausanne).
Ses Mémoires filmés constituent une contribution inestimable à l’histoire de la lutte de libération nationale et de la révolution.
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Mohammed Harbi est né en 1933 à El Harrouch (Skikda). Il s’engage dès l’âge de 15 ans dans le combat contre le colonalisme et pour l’indépendance de l’Algérie. D’abord au PPA-MTLD, il est responsable de l’organisation des étudiants nord-africains en France, puis membre de la direction de la Fédération de France du FLN où il s’occupe de la presse et de l’information.
C’est en France qu’il a l’occasion de rencontrer des militants ouvriers et intellectuels comme Daniel Guérin (qui dans Ci-git le colonialisme confirme que Mohammed Harbi est le rédacteur du texte de la Fédération de France sur le FLN, « Le PCF et la question algérienne » paru dans Quatrième internationale en 1958). Il participe aux premières négociations d’Evian et, après l’indépendance, il est conseiller de la présidence sous Ben Bella. Dans Une vie debout, (La Découverte, 2001)) il retrace cet itinéraire, jusqu’en 1962.
Après l’indépendance, il s’affirme comme un des penseurs et praticiens de l’autogestion. Il se heurte à une bonne part de l’appareil politico-administratif et militaire. Il participe à la rédaction du programme de Tripoli, dirige le journal Révolution africaine et anime avec d’autres (dont Michel Pablo-Raptis) le Bureau national d’animation du secteur socialiste.
Arrêté en 1965 au moment du coup d’Etat de Boumédiène, il est emprisonné, puis placé en résidence surveillée. Il s’évade en 1973. Avec Hocine Zahouane, il portait le projet de constitution d’une gauche du FLN.
C’est en exil en France que Mohammed Harbi reprend des études d’histoire et langues orientales et devient l’un des principaux historiens de l’Algérie contemporaine s’appuyant sur une approche sociologique des groupes sociaux, des classes et des pratiques. Ce qui lui permet de saisir les obstacles concrètement dressés face aux dynamiques autogestionnaires.
Maître de conférences à l’Université de Paris 8, il est membre du comité de parrainage du Tribunal Russell sur la Palestine. Il a également publié Le FLN : documents et histoire, 1954-1962 (avec Gilbert Meynier) et La guerre d’Algérie (avec Benjamin Stora).
Ses recherches ne l’ont pas retiré des combats pour la démocratie. Pour reprendre l’expression de Paul Bouchet, Mohammed Harbi n’était pas un « ancien combattant » mais un vieux lutteur.
Les Editions Syllepse

En hommage à Mohammed Harbi (1933-2026)
jeudi 1er janvier 2026, par STORA Benjamin
Mohammed Harbi, né en 1933, est décédé ce 1er janvier 2026. Hommage à une haute et belle figure de la révolution algérienne. Dirigeant de la Fédération de France du FLN pendant la guerre d’indépendance, il fut ensuite l’analyste lucide de sa confiscation par un pouvoir bureaucratique et militaire.
Mohammed Harbi a été un pionnier dans la déconstruction de l’idéologie officielle véhiculée en Algérie sur l’histoire du pays, et la guerre d’indépendance contre la France. Sa critique, souvent très aiguisée, des pratiques du FLN pendant la guerre, de la constitution d’un appareil bureaucratique s’élevant au dessus de la société et « confisquant » les acquis de cette action anticoloniale ne sont pas passées inaperçues.

Avec Mohammed Harbi (au centre) et Edwy Plenel à la Cité de l’immigration en 2017 [Benjamin Stora est à gauche]
L’homme, en effet, a été un dirigeant important de la direction de la Fédération de France du FLN entre 1954 et 1958, puis un conseiller influent dans la délégation du GPRA qui a conduit les négociations avec la France, aboutissant à l’indépendance de l’Algérie en 1962. Mohammed Harbi savait donc de quoi il parlait, de l’intérieur d’un mouvement politique révolutionnaire dont il avait connu tous les rouages et les hommes placés à des postes de responsabilités. Dans les premières années de l’indépendance, avant de subir en 1965 la répression qui suivit le coup d’État de Houari Boumédiène, il fut proche du trotskyste Michel Pablo et des courants autogestionnaires.
Ses premiers livres, dans les années 1970 ont donc été un véritable coup de tonnerre dans le ciel apparemment serein des discours officiels algériens, où « un peuple anonyme et unanime » s’est débarrassé de la présence coloniale française. Dans Aux origines du FLN, paru en 1975, Mohammed Harbi s’est d’abord à attaqué à l’archéologie du nationalisme algérien radical, en mettant en pleine lumière la personnage de Messali Hadj, celui qui avait animé les premières organisations indépendantistes algériennes dès les années 1920-1930, et qui avait été vaincu par le FLN pendant la guerre d’Algérie. Le personnage, a été mis au secret, son nom devenant synonyme de trahison dans l’Algérie indépendante.
Harbi a expliqué les crises du mouvement nationalistes en rapport avec son idéologie populiste, expliqué le rôle de la religion dans la mobilisation politique, au détriment des facteurs de sécularisation, analysé la base sociale de ce mouvement essentiellement « plébéien », c’est-à-dire s’appuyant sur une paysannerie pauvre, déclassée, et une faible élite citadine acculturée. Ce qui donnait cet aspect si composite, hétérogène à ce parti, coupé d’une gauche politique française hostile à cette époque au principe de l’indépendance de l’Algérie.

Le livre de référence sur l’histoire du FLN
Mohammed Harbi est allé encore plus loin avec son second ouvrage, Le FLN mirage et réalité, paru en 1980. Racontant l’histoire de la guerre, du côté des Algériens, il a cette fois mis l’accent sur le rôle de la violence dans la construction du FLN et son emprise par la force dans les villes et les campagnes ; raconté la « guerre dans la guerre », c’est-à-dire l’affrontement meurtrier entre le FLN et les militants restés fidèles à Messali Hadj ; et décrit dans le détail toutes les luttes intestines, complots, assassinats et règlements de compte pour la conquête du pouvoir, et après (avec les assassinats de Mohammed Khider en 1967 et Krim Belkacem en 1970).
Ce livre a été un événement considérable dans l’écriture de cette histoire, et ce, dès la fin des années 1970, à un moment où la question algérienne avait disparu des préoccupations des intellectuels français. L’ Algérie, devenue indépendante et socialiste, n’intéressait en effet plus grand monde à cette époque. Et il faudra attendre les années 1990 pour que l’histoire de ce pays revienne au premier plan en France, avec la question de l’immigration, de l’Islam en France, et, surtout, la guerre civile algérienne qui éclata à ce moment là. Il a été aussi un antiraciste convaincu, déterminé.
Les livres de Harbi ont été pour moi de véritables « marqueurs », ainsi que pour toute une pour toute une génération d’intellectuels algériens. Grace à lui, se sont développées les écritures de l’histoire des femmes algériennes, en rapport avec les combats citoyens pour l’égalité ; il a insisté sur la nécessité de procéder à la déconstructions des mythes fondateurs de l’histoire algérienne, pour parvenir à une « sécularisation » de l’histoire de ce pays.

Le premier tome de l’autobiograhie de Mohammed Harbi
Dans un colloque qui s’est déroulé à Oran, en hommage à ses travaux, en 2008, j’ai expliqué en quoi le travail le travail de M. Harbi m’avait ouvert la voie dans l’écriture d’une biographie de Messali Hadj dans les années 1970. D’autres intervenants ont souligné comment les analyses de M. Harbi avaient servi à comprendre les crises actuelles en Algérie, toujours en quête de légitimité historique. La tenue de ce colloque autour de Mohammed Harbi, dont les livres ont été interdits pendant plus de vingt ans en Algérie, avait été évidemment un événement considérable.
Et s’il reste bien aujourd’hui du chemin à faire dans ce pays dans le domaine de l’histoire, il n’en demeure pas moins que les choses ont avancé grâce à Mohammed Harbi. Il a été un éveilleur irremplaçable dans la connaissance de l’histoire de l’Algérie contemporaine.
Benjamin Stora





