
par Erik Peter, tiré de Taz
Elif Eralpest la grande gagnante des élections régionales à Berlin. Avec 25,7 % des voix, l’avance de B Die LinkeB sur la CDU, qui a obtenu 18,8 %, est nette et supérieure aux attentes. Lors de la soirée électorale organisée à la Festsaal Kreuzberg, les militants se sont embrassés, tandis que des cris de « Elif ! Elif ! » résonnaient dans la salle. (sur la photo ci-dessus, Elif Eralp, tête de liste de Die Linke, à Berlin – Photo RALF HIRSCHBERGER/AFP)
À peine dix minutes après l’annonce des premiers résultats, Elif Eralp (la candidate à la mairie de Die Linke, ndlr) est montée sur scène. Elle a déclaré : « À partir d’aujourd’hui, nous allons changer ensemble notre Berlin et en faire un endroit meilleur ». Dans la ville, « l’amour et la justice ont triomphé de la haine ». Elle a été interrompue par les cris de « Alerte, alerte antifasciste » de ses partisans. Car toutes les personnes présentes le savaient : le succès de Die Linke avait également tenu l’AfD à distance. « Ce signal se propage dans le monde entier », s’est exclamée Elif Eralp.

Grande liesse lors de la fête électorale de Die Linke à Berlin, avec la tête de liste Elif Eralp au centre. Photo : Jeremy Knowles
Dans son discours de 20 minutes, Elif Eralp a ensuite remercié toutes les personnes qui l’ont soutenue et ont rendu ce résultat possible : sa famille en Turquie, ainsi que tous ceux qui l’ont appuyée en faisant campagne pour elle, qu’il s’agisse de personnalités du monde culturel ou de syndicats.
La stratégie de Die Linke a porté ses fruits au cours de cette campagne électorale. Bien que la députée Elif Eralp fût inconnue de la plupart des électeurs, son parti a décidé il y a un an de la désigner comme tête de liste et a depuis mis en scène un duel entre Eralp et la CDU, agissant comme si le SPD et les Verts – qui se situaient jusqu’alors à un niveau similaire dans les sondages – n’existaient pas.
La stratégie « Eralp contre Evers »
Le thème récurrent de l’affrontement entre Elif Eralp et Stefan Evers – le candidat phare de la CDU – a récemment dominé les médias : débats diffusés par plusieurs chaînes de télévision privées, unes des quotidiens nationaux et d’innombrables vidéos virales en ligne. Lors de la clôture de la campagne électorale de Die Linke, le vendredi 18 septembre, devant la mairie de Berlin, Elif Eralp était entourée d’un nombre sans précédent de journalistes pour cette section régionale du parti. Alors qu’une victoire potentielle de la CDU ne promettait que le maintien du statu quo, la perspective d’une victoire de Die Linke a suscité de vives émotions. La tête de liste a promis : « Nous écrirons une page d’histoire qui ne se limitera pas à l’Allemagne seule ».
Grâce à ce duel orchestré, Die Linke a devancé les deux autres partis du bloc de centre-gauche lors des élections de dimanche : elle a nettement surpassé les Verts, qui ont obtenu environ 14,3 % des voix, et a même dépassé le SPD, qui s’est arrêté à 12,1 %.
Pourtant, sans ces deux partis comme alliés, Elif Eralp ne deviendra pas la prochaine maire de Berlin.
25,7 % des voix : il s’agit d’un record historique pour Die Linke à Berlin. En 2001, le PDS (Parti du socialisme démocratique – Partii des Demokratischen Sozialismus), sous la direction de Gregor Gysi, avait obtenu 22,6 % grâce au scandale bancaire (la crise de la Bank Gesellschaft Berlin avait entraîné l’organisation d’élections anticipées, ndlr), ce qui ne lui avait toutefois valu que la troisième place.
Résultats à Berlin (par rapport aux résultats de 2023)

Graphique tiré de Taz
Les bastions de Die Linke dans toute la ville
La première place dans la capitale marque un tournant et revêt une grande importance symbolique, notamment face à la montée en puissance de l’AfD. Die Linke a par ailleurs remporté pour la première fois une élection régionale, notamment grâce aux circonscriptions de Berlin-Ouest. Ses bastions sont répartis dans toute la ville.
Il y a seulement deux ans, le parti était au plus bas, affaibli par la polémique autour de Sahra Wagenknecht, et frôlait même le seuil électoral de 5 % à Berlin. Mais depuis lors, la tendance est à la hausse, grâce notamment au nouvel élan pris après les élections fédérales de février 2025. Dix mille personnes ont adhéré au parti à Berlin. Aucun autre parti n’a une présence aussi forte dans la capitale, que ce soit dans les assemblées de locataires, le porte-à-porte, les campagnes de ramassage des déchets ou sur les réseaux sociaux.
Le parti a frappé à 250 000 portes, a annoncé le chef du parti à Berlin, Maximilian Schirmer, à l’issue de la campagne électorale : « Aucun parti n’a jamais atteint ce résultat lors d’une élection régionale ».
Mais cela ne suffit pas à expliquer pourquoi Die Linke a réussi à réitérer, voire à consolider, son succès aux élections fédérales, où il s’était déjà imposé dans la ville. La candidate elle-même a joué un rôle fondamental : elle a réussi à se démarquer de ses adversaires, ne serait-ce que parce qu’elle ne s’appelle ni Stefan ni Steffen. Elif Eralp n’a même pas eu besoin de mettre en avant ses origines immigrées, mais dans une ville où 42 % des habitants sont issus de l’immigration, dont beaucoup, comme elle, sont d’origine turque, c’est un atout. « Il n’est pas gravé dans le marbre que l’un d’entre nous réussira », tel était l’un de ses messages clés. Et après les élections en Saxe-Anhalt, Elif Eralp s’est proclamée avec assurance « la réponse à l’AfD ».
Entre-temps, non seulement Elif Eralp n’a commis aucune erreur pendant la campagne électorale, mais elle a également gagné en assurance. Ses discours ne semblaient plus récités par cœur ; elle donnait véritablement l’impression de connaître les principaux problèmes qui touchent les Berlinois grâce à sa propre expérience, expliquant par exemple qu’elle-même, en tant que mère, avait dû chercher un logement. En tant que candidate proche des gens, partisane d’une « politique inclusive », elle se rapprochait de plus en plus de la comparaison souvent citée avec le maire de New York Zohran Mamdani, même si elle n’a pas suscité un véritable enthousiasme dans la ville.
La seule fausse note de ces dernières semaines a été la réticence de certains membres de son parti à pousser la solidarité avec la Palestine trop loin, au point de frôler l’antisémitisme, surtout après qu’un rappeur eut fait l’éloge de l’« Intifada » lors d’un meeting électoral de Die Linke à Neukölln. Elif Eralp elle-même, militante de longue date contre le racisme, a certes su exprimer de manière crédible son opposition tant à l’antisémitisme qu’au racisme, mais aucun autre sujet ne l’a poussée à s’exprimer aussi fréquemment.
Elle a elle-même bénéficié d’un appel au vote lancé par les survivants et les proches des victimes d’attaques d’extrême droite. Pas un appel en faveur de Die Linke, mais en faveur d’Elif Eralp. La mesure dans laquelle les franges rebelles du parti ont néanmoins nui à la campagne électorale ne pourra être clarifiée qu’au cours des prochaines négociations exploratoires ou de coalition.
Mais Die Linke a gagné des suffrages non seulement grâce à sa candidate, mais aussi grâce à son programme, en mettant l’accent sur les loyers, la collecte des déchets, le nettoyage des rues, la gestion des déchets et les transports publics. La chaîne dorée portée par la candidate, sur laquelle figurait l’inscription« plafonnement des loyers », était plus qu’une simple plaisanterie : elle exprimait le fait que le parti avait réussi à se positionner comme l’option la plus crédible pour les locataires victimes d’abus dans la ville. La lutte contre les loyers excessifs et les frais de chauffage a apporté une aide concrète à des dizaines de milliers de personnes, tout comme les manifestations organisées dans les principaux quartiers contre les groupes de propriétaires sans scrupules ou indifférents. À cela s’ajoute toute une série de mesures de politique du logement longtemps négligées, ainsi que la promesse de procéder enfin à la socialisation des grands complexes résidentiels.
La mise en œuvre du référendum de 2021 [sur l’expropriation des sociétés immobilières berlinoises, propriétaires de plus de 3 000 appartements, avec rachat par le gouvernement régional : il a recueilli 60 % des voix], qui a remporté un succès retentissant, devrait constituer le principal obstacle dans les négociations en vue d’une alliance de gauche. Le candidat phare du SPD, Steffen Krach, a rejeté ce projet dès le départ. Mais les Berlinois n’ont pas récompensé cette position du SPD.
Traduction ML
