8 juillet 2026
Ces précisions sur la situation militaire et diplomatique dans le cadre de l’OTAN et en Europe, voire dans différents pays sont particulièrement utiles au moment les candidats déclarés à la présidentielle et leurs soutien multiplient les mensonges. ML
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« Ce sera le plus grand forum jamais organisé consacré au secteur de la défense — en termes de projets… qui seront annoncés » : c’est ce qu’avait déclaré l’envoyé de l’OTAN en Turquie, Basat Öztürk. Et il n’a pas déçu les attentes.
Le NATO Summit Defense Industry Forum (NSDIF26) – qui s’est tenu à Ankara les 7 et 8 juillet – a inévitablement marqué le début d’une nouvelle ère pour la défense transatlantique et, surtout, européenne. Un changement historique qui se profilait déjà depuis un certain temps, plus précisément depuis que Donald Trump est revenu à la Maison Blanche et que Mark Rutte a succédé à Jens Stoltenberg à la tête de l’OTAN.
Comme le note Antonio Missiroli sur ISPI, l’administration Trump met déjà en pratique le concept de « transfert des charges » qui avait été présenté aux alliés européens – comme une menace ou une opportunité, selon la personne qui transmettait le message – dès le début.
Au siège de Bruxelles, poursuit Missiroli, l’ensemble de la Division de la diplomatie publique a été fermée, d’autres divisions ont été fusionnées ou restructurées, les activités liées à la sécurité humaine ou environnementale ont été revues à la baisse ; même le site web officiel fournit désormais moins d’informations sur le fonctionnement interne. La structure de commandement ayant été transférée au JFC Norfolk et au JFC Naples, les Européens sont désormais à la tête de tous les centres des forces interarmées et les Américains de tous les services fonctionnels, dans ce qui ressemble de plus en plus à un modèle à plusieurs niveaux. On parle déjà d’« européanisation de l’OTAN ».
Le 1er mai 2026, la Maison Blanche a annoncé le retrait d’environ 5 000 soldats américains déployés en Allemagne, soit environ 14 % de l’effectif total présent dans le pays. Une nouvelle mesure qui s’inscrit dans la logique d’une « révision en profondeur » de la présence militaire en Europe, étant donné que l’Allemagne accueille environ 35 000 militaires américains en service actif, soit plus que tout autre pays européen. Et cela n’exclut pas que l’Italie et l’Espagne connaissent le même sort.
« Un grand pouvoir implique de grandes responsabilités », dirait-on. Mais les pays européens ne semblent jamais l’avoir vraiment compris. En juin, le projet Future Combat Air System (FCAS) a été officiellement déclaré clos (ou plutôt, un échec) : il s’agissait d’un chasseur européen commun de sixième génération qui devait constituer l’un des deux piliers de la défense européenne (le pilier opérationnel et militaire) – sous l’égide de la France, de l’Allemagne et de l’Espagne – et qui a au contraire révélé toutes ses faiblesses.
Selon l’Union des fédéralistes européens (UEF), l’échec du FCAS illustre parfaitement comment la défense européenne est actuellement le reflet d’une multitude de positions politiques divergentes que les gouvernements nationaux ne sont pas disposés à négocier.
Il existe toute une constellation de projets menés par des entreprises d’armement européennes, comme le « Team Gen 6 », et de programmes impliquant des pays individuels, comme le Global Combat Air Programme (GCAP) entre l’Italie, le Royaume-Uni et le Japon, qui se chevauchent sans s’intégrer : en effet, ces deux projets, tout comme le défunt FCAS, visent à développer un avion de chasse de sixième génération. « Ni les entreprises industrielles ni les gouvernements nationaux auxquels elles sont liées ne peuvent mener à l’intégration militaire », écrivent Domènec Ruiz Devesa et Mathilde Baudouin, dirigeants de l’UEF.
Le sommet d’Ankara en est la confirmation : les annonces de contrats de « dizaines de milliards » concernent des initiatives isolées, comme la coopération entre les États-Unis et l’Allemagne pour la création d’un centre de production européen du missile balistique tactique ATACMS, ou le partenariat renouvelé entre l’italien Leonardo et le turc Baykarpour les futurs systèmes aériens de combat. Le rôle stratégique de la Turquie en tant qu’atout de défense s’avère de plus en plus séduisant pour les alliés européens, qui seraient même prêts à fermer les yeux sur les dérives autoritaires d’Erdoğan ou sur ses relations amicales avec la Russie et la Chine.
Il convient de préciser que la défense n’a jamais relevé de la compétence de l’UE : comme l’indique le site de l’Agence européenne de défense (AED), « la défense est et restera une responsabilité nationale des 27 pays de l’Union européenne. Toutefois, sans pour autant créer une « armée de l’UE », l’Union peut aider ses membres à acquérir, développer et gérer conjointement de nouvelles ressources ».
Il existe essentiellement deux obstacles institutionnels qui empêchent la réalisation du rêve fédéraliste d’une armée européenne :
- Les dépenses militaires ne relèvent pas du budget européen, conformément à l’article 41, paragraphe 2, du Traité sur l’Union européenne (TUE) : « Les dépenses opérationnelles résultant de la mise en œuvre du présent chapitre sont également à la charge du budget de l’Union, à l’exception des dépenses découlant d’opérations ayant des implications dans le domaine militaire ou de la défense, et à moins que le Conseil, statuant à l’unanimité, n’en décide autrement ».
- L’unanimité du Conseil est requise pour toute décision relative à la politique de sécurité et de défense commune, conformément à l’article 42, paragraphe 4, du même traité.
Comme nous l’avions déjà évoqué ici, le plan de réarmement européen vise en effet à libéraliser l’utilisation des fonds publics pour la défense au niveau national, et non européen, sans déclencher de procédures pour déficit excessif, parallèlement aux 150 milliards d’euros de prêts du programme SAFE (Security Action for Europe). Des prêts qui viennent inévitablement renflouer les caisses des entreprises d’armement américaines, dont les exportations d’armes vers l’Europe connaissent une croissance vertigineuse.
Le plan de réarmement européen face à un nouvel ordre mondial
S’il est vrai qu’il n’existe pas d’armée européenne, bien d’autres mesures peuvent être prises au niveau institutionnel : selon le dernier document de l’Institut des affaires internationales (IAI) sur l’avenir de la défense européenne, il existe essentiellement deux options. La première est la réforme tant attendue des traités, un processus complexe, long et probablement peu « rentable » sur le plan politique. La seconde consiste à optimiser les instruments juridiques déjà en place. L’article 44 (TUE), par exemple, permet au Conseil de confier, toujours à l’unanimité, la mise en œuvre d’une mission militaire à un groupe d’États membres disposés à s’en charger et dotés des capacités nécessaires.
Pour l’instant, c’est apparemment la voie que les Européens souhaitent emprunter, dans un équilibre fragile qui s’accorde aux humeurs de la Maison Blanche et aux intérêts privés de certaines entreprises du secteur de l’armement. Combien de temps cela durera-t-il ?
https://www.valigiablu.it/nato-summit-ankara-difesa-europa-futuro
Traduction ML
