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Lettre ouverte à la conférence internationale « Stop the war »

Le 20 juin, la coalition « Stop the War » (StW) organise à Londres une conférence internationale contre la guerre.

En janvier dernier, la Campagne de solidarité avec l’Ukraine avait écrit à Lindsey German, coordinatrice de StW, pour souligner que tout débat crédible sur la guerre devait inclure les personnes directement touchées par l’invasion non provoquée de la Russie — en particulier les syndicalistes ukrainiens et les organisations de gauche démocratique. Nous avons proposé notre aide pour organiser cette participation.

Nous avons reçu une réponse provisoire le 28 janvier indiquant que les décisions n’avaient pas encore été prises – aucun intervenant ukrainien de ce type n’avait été invité.

Afin de garantir que ces voix ne soient pas exclues, nous publions une lettre ouverte percutante adressée à la conférence par Snizhana Oleksun, présidente du Conseil de l’organisation socialiste démocratique ukrainienne Social Movement (Sotsialnyi Rukh). Snizhana est enseignante et militante syndicale à Kryvyi Rih, une grande ville industrielle d’Ukraine. Son message nous parvient directement depuis les premières lignes de la résistance à l’impérialisme russe et de la lutte pour la justice sociale. Nous distribuerons cette lettre ouverte aux participants à la conférence

. Comme l’indique la lettre, « Nos voix — celles de ceux qui résistent à l’impérialisme, qui luttent pour la justice sociale et qui vivent cette guerre — sont absentes. »

Nous invitons vivement les lecteurs à diffuser largement ce message afin que ceux qui subissent les conséquences de cette guerre ne soient pas réduits au silence par leur exclusion de cette conférence.

LETTRE OUVERTE À LA CONFÉRENCE INTERNATIONALE CONTRE LA GUERRE

Vous vous réunissez aujourd’hui à Londres alors que l’invasion à grande échelle de l’Ukraine par la Russie continue de dévaster des villes, des lieux de travail et des communautés. Chaque jour apporte son lot de nouvelles frappes de missiles sur des habitations, des écoles, des hôpitaux, des dépôts ferroviaires et des infrastructures énergétiques. Des millions de travailleurs sont déplacés ; des milliers ont été tués sur leur lieu de travail ; des régions entières sont confrontées à l’occupation, à la répression et à une « russification » forcée.

Pourtant, aucun socialiste, syndicaliste, féministe ou militant LGBTQ+ ukrainien n’a été invité à prendre la parole lors de cette conférence. Nos voix — celles de ceux qui résistent à l’impérialisme, qui luttent pour la justice sociale et qui vivent cette guerre — sont absentes.

Baisser les armes, c’est accepter la défaite

L’appel lancé lors de la conférence exhorte les gens à « baisser les armes et augmenter nos salaires ». Pour les travailleurs ukrainiens, ce n’est pas une option. Si nous baissons les armes, nous sommes vaincus. L’occupation n’apporte pas la paix — elle apporte l’occupation, les fosses communes, les enlèvements d’enfants, les déportations et la destruction des syndicats indépendants et de la société civile.

Une politique de paix qui oublie ceux qui sont attaqués n’est pas une politique de paix du tout.

Une résistance populaire — et une lutte pour la justice sociale

Cette guerre revêt le caractère d’une guerre populaire. Plus d’un million d’Ukrainiens servent dans les forces de défense ; des millions d’autres assurent le fonctionnement du pays — cheminots, infirmiers, travailleurs du secteur de l’énergie, enseignants, bénévoles. Chaque jour, des travailleurs nous contactent au sujet des drones qu’ils doivent financer par crowdfunding, de collègues tués au travail, de salaires impayés et des pressions écrasantes de la guerre.

Les socialistes démocratiques et les syndicalistes ukrainiens se battent sur deux fronts : nous rejetons à la fois l’impérialisme et l’austérité. 

 Nous luttons pour une Ukraine libre, démocratique et socialement juste.

– Contre l’impérialisme russe, qui cherche à rayer notre pays de la carte et à écraser nos mouvements.

– Contre les politiques néolibérales chez nous, qui affaiblissent les droits du travail, privatisent les biens publics et sapent l’effort de guerre en faisant peser le fardeau sur les citoyens ordinaires tandis que la richesse des oligarques reste intacte.

A la gauche internationale et au mouvement pacifiste

Trop de forces progressistes continuent de voir le monde à travers des lunettes dépassées, imaginant les États-Unis comme la seule puissance impérialiste et la Russie comme sa victime. Ce cadre ne peut expliquer pourquoi l’Ukraine continue de résister même lorsque l’aide militaire américaine est retirée. Il ne peut expliquer pourquoi les travailleurs, les féministes, les militants LGBTQ+ et les socialistes en Ukraine soutiennent massivement la résistance.

S’opposer à l’envoi d’armes en Ukraine au nom de l’« antimilitarisme » nous laisse sans défense. Ce n’est pas de la solidarité — c’est de l’abandon.

À quoi ressemble la véritable solidarité ?

Nous appelons toutes les personnes présentes à la conférence aujourd’hui à :

– Se tenir aux côtés des travailleurs, des syndicats et des mouvements sociaux ukrainiens qui résistent à l’invasion et luttent pour les droits démocratiques.

– Soutenir l’aide militaire et humanitaire qui permet à l’Ukraine de survivre et de défendre sa population.

– S’opposer aux réformes néolibérales qui sapent les droits du travail et les protections sociales en temps de guerre.

– Exiger une paix juste — une paix décidée par les Ukrainiens, et non imposée par Trump, Poutine et les accords entre grandes puissances qui récompensent l’agression.

N’excluez pas les voix ukrainiennes  !

Ne qualifiez pas l’occupation de « paix ».

Soutenez l’Ukraine. Soutenez les travailleurs ukrainiens.

Snizhana Oleksun, 

Conseil du Mouvement social (Sotsialnyi Rukh),