En septembre 2024, je me suis rendu dans un auditorium bondé du Lower East Side à New York pour assister à la dernière session d’une conférence d’une journée organisée par Jewish Currents. Dès le début de la table ronde intitulée « La libération palestinienne après la destruction de Gaza », la discussion s’est orientée vers les problèmes au sein de la direction palestinienne — et l’écrivain palestinien Ahmed Moor est intervenu.
« Je ne pense pas que nous manquions de leadership en Palestine ou ailleurs », a-t-il précisé. Faisant un geste en direction de ses co-intervenants, il a poursuivi : « Nous avons des leaders comme Fadi [Quran] à Ramallah. Nous avons des personnes comme Noura [Erakat] ici aux États-Unis. Ce qui nous manque, c’est la souplesse institutionnelle qui permettrait à ce leadership de s’exprimer en Palestine. »
Les propos de Moor m’ont marqué, car ils mettent le doigt sur ce qui est si frustrant dans la crise du leadership palestinien : l’énorme potentiel politique — et, en effet, le leadership avéré — parmi les Palestinien·nes elles et eux-mêmes, qui restent exclu·es de la politique institutionnelle par le parti au pouvoir officiel et font face à un régime israélien déterminé à empêcher la souveraineté palestinienne à tout prix.
Cette frustration est clairement ressortie de ma conversation avec Omar Rahman, lors du dernier épisode du podcast The +972. Face au génocide perpétré actuellement par Israël à Gaza, les Palestinien·nes ont réussi à mobiliser un soutien international d’une ampleur sans précédent. Pourtant, « très peu de tout cela », a insisté Rahman, « est le résultat de ce qu’ont fait [le président de l’Autorité palestinienne] Mahmoud Abbas et les dirigeants politiques à Ramallah, ou de ce qu’ont fait le Hamas et ses dirigeants au Qatar ». Et peu de cela peut se transformer en véritable pouvoir politique, en l’absence d’une vision et d’une stratégie nationales unifiées.
Omar, chercheur au Middle East Council on Global Affairs et collaborateur de longue date de +972, est également coéditeur d’un nouveau recueil d’articles qui analyse la situation politique palestinienne depuis les attentats du 7 octobre. Sa propre contribution porte sur l’état du leadership palestinien — ce qui, selon lui, n’est plus « simplement une défaillance politique, mais une urgence nationale ».
Dans cet épisode, nous avons discuté de la manière dont Abbas a consolidé et monopolisé le pouvoir au cours de ses plus de deux décennies au pouvoir ; selon les termes d’Omar, la politique en Cisjordanie est désormais un spectacle à un seul parti et à un seul homme. Le dirigeant âgé de 90 ans n’a peut-être plus beaucoup de temps devant lui, mais les récentes élections internes au sein du parti ne laissent guère d’espoir à Omar que le décès d’Abbas marquera le début d’une nouvelle ère démocratique.
Omar considère le Hamas comme une institution politique bien plus dynamique, qui a su résister aux nombreuses tentatives d’Israël visant à le détruire. Mais il n’est certainement pas plus démocratique ni plus à l’écoute de l’opinion publique que le Fatah — et les attaques du 7 octobre, comme le souligne Omar, ont constitué une décision unilatérale aux conséquences considérables pour tous/toutes les Palestinien·nes, sans aucun plan politique d’accompagnement pour la suite.
Omar est également un expert et un commentateur régulier de la politique de l’ensemble de la région arabe, et notre conversation a porté sur la manière dont la guerre actuelle menée par les États-Unis et Israël contre l’Iran a entraîné de nouveaux réalignements géopolitiques susceptibles de restreindre la liberté d’action d’Israël. Pourtant, là encore, l’absence d’un leadership palestinien efficace a fait que les Palestinien·nes restent largement en marge de ces dynamiques politiques.
Bien sûr, le problème d’un leadership national corrompu et non représentatif n’est pas propre aux Palestinien·nes. Les enjeux sont toutefois bien plus importants : leur existence même sur le territoire situé entre le Jourdain et la mer Méditerranée est menacée. C’est la prise de conscience de cette menace collective, plus que toute possibilité de réforme institutionnelle, qui, selon Omar, pourrait pousser les Palestinien·nes de tous horizons à s’unir et à prendre en main leur avenir politique.

J’espère que vous apprécierez ma conversation avec Omar Rahman, et n’hésitez pas à vous abonner au podcast The +972, quelle que soit votre plateforme d’écoute.

Jonathan Adler
Rédacteur en chef du magazine +972
+972 Lettre internet 16 juin 2026
Traduit par DE
