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Des ruines de Belgrade aux plages d’Albanie : l’aventure immobilière de Jared Kushner dans les Balkans se heurte à une opposition

Après l’échec du projet d’hôtel de luxe à Belgrade, Jared Kushner, le gendre de Donald Trump, s’est désormais tourné vers un autre projet immobilier dans les Balkans. Cette fois-ci, c’est l’Albanie qui est visée, et des milliers d’Albanais manifestent contre ce projet dans la capitale, Tirana. Elsebeth Frederiksen revient sur les projets de rénovation urbaine de la famille Trump dans les Balkans

Manifestation à Tirana contre le projet immobilier de Jared Kushner, le 4 juin 2026. Photo : Kanal13 / CC BY 4.0

Par Elsebeth Frederiksen

Peu de temps avant que Jared Kushner – gendre du président américain Donald Trump – ne retire sa société de projet, Atlantic Incubation Partners LLC, d’un projet controversé d’hôtel de luxe de 500 millions d’euros sur le site de l’état-major général à Belgrade, la société avait déjà tourné son attention vers un projet de construction encore plus controversé en Albanie.

Ces deux affaires révèlent une tendance dans la stratégie d’investissement de Kushner dans les Balkans : des changements rapides entre des projets controversés, une opposition politique et des défis juridiques.

La société d’investissement de Jared Kushner, Affinity Partners – dont Atlantic Incubation Partners LLC fait partie – a été impliquée ces dernières années dans plusieurs grands projets de développement dans les Balkans, qui ont déclenché des conflits politiques, des litiges juridiques et des manifestations de grande ampleur.

Les projets en Serbie et en Albanie illustrent une tendance plus large, où les investissements étrangers dans le tourisme et l’immobilier sont soutenus par les gouvernements nationaux, mais se heurtent en même temps à la résistance de la société civile, des experts et des organisations environnementales.

Belgrade : le projet de l’État-major et la question de la législation et du patrimoine culturel

En Serbie, le conflit portait sur la zone entourant l’ancien bâtiment de l’État-major à Belgrade, détruit lors des bombardements de l’OTAN en 1999 et qui jouit depuis lors d’un statut de lieu historique et symbolique central.

Les bâtiments se dressent toujours en ruines au cœur de la ville, et la seule intervention sur le site depuis 1999 a consisté à installer des échafaudages, des bâches et des bannières publicitaires pour masquer le pire.

Le projet visait à transformer la zone en un complexe immobilier de luxe comprenant des fonctions hôtelières et commerciales, grâce à un investissement de plusieurs milliards de la part d’Affinity Partners.

Pour permettre la réalisation du projet, les autorités serbes ont adopté une législation spéciale (lex specialis) qui a modifié le statut juridique de la zone et réduit la protection du patrimoine culturel existante.

Selon BBC Serbie, le professeur de droit Stevan Lilić décrit ce processus comme un exemple montrant que la législation spéciale peut servir d’outil politique pour contourner les procédures normales d’urbanisme et de protection afin de promouvoir des intérêts économiques.

Conflit politique et rhétorique gouvernementale

L’affaire a déclenché un vaste débat politique en Serbie. Le président Aleksandar Vučić a critiqué l’opposition au projet, la qualifiant de campagne politique visant à entraver le développement économique du pays.

Dans des déclarations faites notamment au média B92, Vučić a accusé les détracteurs de nuire aux intérêts économiques de la Serbie et a qualifié l’échec du projet de perte économique considérable pour le pays. Il a par ailleurs rejeté les accusations de corruption dans cette affaire.

Vučić a également critiqué le Parquet chargé de la criminalité organisée et a fait valoir que le système judiciaire devrait être davantage soumis à un contrôle démocratique. Ces critiques ont suscité l’inquiétude des experts juridiques, qui soulignent une tension croissante entre le pouvoir politique et le pouvoir institutionnel.

Albanie : Investissements dans des zones naturelles protégées

Après s’être retiré du projet à Belgrade, Affinity Partners reste impliqué dans de grands projets de développement touristique en Albanie, notamment des projets de complexes hôteliers de luxe sur l’île de Sazan et dans la région de Vjosa-Narta.

Selon Reuters, ces projets représentent des investissements d’environ 1,4 milliard d’euros et se sont vu attribuer le statut d’« investissements stratégiques », ce qui leur garantit des procédures d’autorisation accélérées et un soutien de l’État.

La région de Vjosa-Narta est l’une des zones humides les plus importantes d’Europe et un habitat essentiel pour de nombreuses espèces d’oiseaux et d’animaux menacés. Les organisations environnementales mettent en garde contre les graves conséquences que des travaux de construction à grande échelle pourraient avoir sur l’écosystème.

L’organisation de protection des oiseaux BirdLife International a averti que les modifications des zones côtières et l’intensification des constructions pourraient avoir un impact négatif sur la biodiversité et l’avifaune de la région.

Législation et enquêtes

Selon des informations rapportées notamment par Reuters et EU Observer, ces projets ont été rendus possibles par des modifications apportées en 2024 à la législation albanaise sur les zones naturelles protégées, qui ont ouvert la voie au développement touristique dans des zones auparavant strictement réglementées.

Selon les médias, l’autorité albanaise chargée de la lutte contre la corruption, la SPAK, a ouvert des enquêtes sur certains aspects du déroulement des projets, notamment l’achat de terrains et les modifications du statut juridique de la zone. Les autorités n’ont pas rendu publics les détails de ces enquêtes.

Le gouvernement albanais, dirigé par le Premier ministre Edi Rama, a défendu ces projets en les présentant comme s’inscrivant dans une stratégie nationale de développement économique où le tourisme et les investissements étrangers jouent un rôle central.

Le gouvernement souligne que le statut d’investissement stratégique vise à garantir la croissance et l’emploi, tandis que les considérations environnementales continuent d’être traitées dans le cadre des procédures d’autorisation existantes. Les détracteurs soulignent toutefois que cela pourrait, dans la pratique, affaiblir le contrôle public sur les grands projets d’investissement.

Manifestations et conflit croissant

Au cours de l’année 2026, ces projets ont déclenché de vastes manifestations en Albanie, où des milliers de manifestants ont défilé sous des slogans tels que « L’Albanie n’est pas à vendre ».

Selon les médias internationaux, notamment Reuters et Euronews, les manifestations ont parfois donné lieu à des affrontements aux barrières érigées autour des zones désignées pour le projet de construction prévu.

Ces affrontements ont eu lieu lorsque des manifestants ont tenté de s’approcher de zones clôturées où, selon les médias, des travaux préparatoires et la mise en place de barrières de sécurité ont été entrepris dans le cadre de la phase initiale du projet.

Dans ces situations, des agents de sécurité privés et des manifestants sont parfois entrés en contact physique lors de l’application des restrictions d’accès.

Une tendance plus générale dans les Balkans

Les cas observés en Serbie et en Albanie mettent en évidence une évolution commune dans la région, où d’importants investissements dans le tourisme et l’immobilier s’accompagnent de décisions politiques qui modifient le cadre de la réglementation publique.

Ces conflits illustrent les tensions entre développement économique, protection de l’environnement et participation démocratique. Parallèlement, ils soulèvent des questions sur la manière dont les institutions étatiques concilient les intérêts des investisseurs et la protection des biens communs – et sur qui, en fin de compte, influence le développement de zones stratégiquement importantes.

Dans ce contexte, l’engagement d’Affinity Partners dans la région devient un exemple de la manière dont le capital mondial s’immisce dans des domaines politiquement et écologiquement sensibles, où les frontières entre l’intérêt public et les investissements privés sont constamment négociées.

À propos de l’auteure

Elsebeth Frederiksen

Elsebeth Frederiksen est correspondante à Gellerup pour Solidaritet. Elle est active au sein Almen Modstand et est secrétaire de rédaction du journal des résidents de l’association de logement Brabrand Skræppebladet  En savoir plus

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Traduction ML