Les organisations syndicales ont décidé d’ouvrir les Bourses du Travail afin que les lycéens puissent se réunir, s’organiser. Elles appellent à se rendre devant les lycées pour protéger les jeunes qui revendiquent. Elles seront là à la manifestation du 6 octobre aux côtés des lycéen.nes, des étudiant.es. Ce sont des initiatives qui vont dans le bon sens et qui doivent permettre une mobilisation importante et aussi l’auto-organisation des lycéen.nes, des étudiant.es et des personnels en lutte. ML

Les organisations syndicales parisiennes
CGT, FO, Solidaires placent les lycéen•nes
en lutte sous leur protection
La mobilisation lycéenne porte des revendications
importantes et légitimes. La répression qui s’abat sur
ces jeunes mineurs est inacceptable.
Nos organisations appellent leurs militantes à se
rendre devant les lycées bloqués et se mettent à
disposition des lycéennes pour assurer leur
protection et leur fournir toute l’aide et les conseils
nécessaires. Ces mêmes organisations se sont
d’ailleurs adressées au Préfet afin de lui demander de
donner des instructions pour que soit mis fin aux
interventions des forces de l’ordre. La réponse ne peut
être que la satisfaction des revendications des jeunes.
Nous serons à leur côté et notamment lors de la
manifestation prévue mardi 6 octobre.
CGT, Solidaires, FO PARIS
Mouvement lycéen : des mineurs face à la répression des forces de l’ordre
Depuis le 21 septembre, le mouvement des blocus de lycées ne cesse de prendre de l’ampleur en France. Les lycéeen·nes mobilisé·es revendiquent simplement leur droit à l’éducation : ils demandent des professeurs, des classes moins chargées, des bâtiments décents. Face à eux : gaz lacrymogènes, tirs de grenades et gardes à vue. Nous dénonçons l’usage disproportionné de la force contre les manifestations lycéennes. Point sur la situation pour comprendre ce mouvement de rentrée, porté par la jeunesse.
Depuis le début des blocus, il y a aussi eu des violences de la part de certains manifestants. Elles ne sont pas acceptables. Mais même dans ces situations, l’utilisation de la force doit rester strictement nécessaire et proportionnée, surtout lorsqu’il s’agit d’adolescents.
Tout a commencé le 21 septembre 2026 au lycée Saint-Exupéry, à Créteil. Élèves, parents et professeurs rassemblés devant les grilles de l’établissement avec une demande concrète : plus de moyen dans l’éducation. D’autres lycéens suivent le mouvement et, à leur tour, bloquent de nouveaux lycées en Île-de-France. Quelques jours plus tard, le mouvement gagne tout le territoire : Lille, Lyon, Marseille, Nice, Nantes, Rennes, Bordeaux, Tours… partout en France, des jeunes s’organisent, bloquent leurs lycées, manifestent pour revendiquer leurs droits, pancartes à la main : « Il n’y a pas que les adultes qui peuvent défendre leurs droits » ; « Des heures de trou à gogo mais pas de temps pour nous écouter ? » ; Notre avenir n’est pas une option ! ».
Le mardi 29 septembre, une semaine seulement après le premier blocus, 410 actions en France sont recensées dans les lycées. Aux premières pancartes indiquant leurs revendications, s’ajoutent de nouveaux messages : « On veut juste le BAC, ils nous envoient la BAC ! » ; « On veut être éduqués, pas se faire gazer ! » ; « On est la relève pas le problème ! »
À ce mouvement des lycéens d’abord pacifique, les autorités ont répondu par la force entre tirs de gaz lacrymogènes, coups de matraques et arrestations en grand nombre : 164 interpellations le 28 septembre, 440 interpellations le 29 septembre, 625 interpellations le 30 septembre et 1948 interpellations le 1er octobre.
440 arrestations le 29 septembre 2026
625 arrestations le 30 septembre 2026
1948 arrestations le 1er octobre 2026
Rappelons-le : beaucoup sont des mineurs, des enfants. Ils doivent être protégés, pas matraqués. Même mineurs, les lycéen·nes ont bien le droit de manifester pacifiquement y compris via des blocus, protégés par la liberté de réunion pacifique. Les autorités doivent ouvrir le dialogue avec cette jeunesse dont les revendications sont légitimes. Et elles doivent privilégier la désescalade, pas le recours aux armes.
Dans le Val-d’Oise, un lycéen de 14 ans blessé au visage par une grenade
Dans une vidéo authentifiée par Le Monde, on voit une altercation entre un lycéen de 14 ans et trois policiers. La scène s’est déroulée le 28 septembre 2026 dans la ville de Saint-Ouen-l’Aumône dans le Val-d’Oise.
Après des coups de matraque, le lycéen donne un coup de pied. Un policier lui tire alors dessus au lance-grenades, à bout portant, au visage. Sa mâchoire est atteinte. Gravement blessé, il a perdu plusieurs dents et a été transféré dans un centre hospitalier.
Au vu de ces images, aucune des règles d’encadrement d’usage de la force n’a été respectée par le policier.
Rappel de l’usage légal du gaz lacrymogène
Pour le lanceur de grenades, les règles d’emploi ne peuvent être utilisées que dans ces cas précis : dans des situations de violence généralisée, quand il n’y a aucun autre moyen de contenir la violence et uniquement après sommations.
Mais jamais à bout portant, jamais sur des personnes.
Aller plus loin : Gaz lacrymo : quels dangers et que dit la loi ?
À Alençon, une lycéenne de 14 ans attrapée violemment au cou
Dans cette vidéo filmée par une journaliste de l’Orne Hebdo, une jeune lycéenne de 14 ans est violemment attrapée par le cou par un policier. La scène s’est déroulée devant son lycée à Alençon, le 29 septembre 2026.
On entend la jeune fille crier à deux reprises : « Vous me faites mal ! Vous me faites mal ! »
Rappel du droit sur les « techniques d’étranglement »
En droit international, les techniques d’étranglement en maintien de l’ordre sont interdites. Elles exercent une pression sur le cou ou les voies respiratoires et comportent donc des risques de blessure ou de mort, même pratiquées sur une très courte durée.
À Tours, un jeune gravement blessé à l’œil
Sur ces images diffusées par France info, on voit un lycéen au sol, gravement blessé à l’œil lors du blocus de son lycée à Tours, le 30 septembre 2026.
Il a été envoyé à l’hôpital. La procureure assure que les lésions sont «compatibles» avec un tir de LBD.
Rappel sur la dangerosité de l’usage du LBD en manifestation
Cela fait des années qu’on alerte sur la dangerosité de l’utilisation du LBD en manifestation par les forces de l’ordre. Rappelons qu’il s’agit d’une arme classée comme matériel de guerre par la législation française. Parce que son usage est bien trop dangereux, nous demandons, et cela depuis des années, sa suspension.
Nous sommes alarmés par la répression policière du mouvement lycéen d’ampleur qui parcourt notre pays. Notre jeunesse se mobilise pour revendiquer son droit à l’éducation et à la santé, et reçoit en réponse interdictions de manifester et violence policière disproportionnée.
Anne Savinel-Barras, présidente d’Amnesty International France, présidente d’Amnesty International France
Quelles sont les revendications des lycéens ?
Bâtiments insalubres, 39 degrés dans une salle avec un ventilateur pour 37 élèves, professeurs non remplacés… c’est de ces constats alarmants que le mouvement des lycéens est né. Si les élèves manifestent c’est pour protester contre le manque de moyens alloués par les autorités pour qu’ils et elles puissent juste apprendre dans un environnement digne.
Parmi les raisons pour lesquelles les lycéens manifestent on peut citer :
- Le manque d’enseignants (postes non pourvus et non-remplacement)
- Des classes surchargées et des emplois du temps trop lourds
- L’insalubrité des bâtiments : murs effondrés, rats dans les locaux, murs moisis…
- Le manque d’infirmières scolaires, d’assistants sociaux, d’assistants d’éducation (AED)
- Le fonctionnement de Parcoursup
Leurs revendications sont simples et légitimes : les lycéens mobilisés se battent juste pour le respect de leur droit à l’éducation qui, rappelons-le, est un droit humain fondamental. Ces revendications participent également du droit des jeunes à participer aux décisions qui les concernent. Les rassemblements relèvent de l’exercice de leurs libertés d’expression et de réunion pacifique.
Une jeunesse réprimée : le signe de pratiques autoritaires
Non, les lycéen·nes mobilisé·es pacifiquement ne sont pas des «fauteurs de troubles» comme le prétendent certains responsables politiques. Les lycéens se battent juste pour leur droit à l’éducation : ils demandent juste des profs, des bâtiments sains, des infirmières… S’ils manifestent c’est pour une seule chose : être écoutés.
Quand la jeunesse qui proteste est réprimée, c’est un signe de pratiques autoritaires visant à faire taire la dissidence. De Madagascar au Népal, du Cambodge au Maroc, du Kenya à la Géorgie… la génération dite Gen Z (15/30 ans) se mobilise partout dans le monde face à la montée des pratiques autoritaires. Mais le prix à payer c’est souvent la répression. Dans une cartographie inédite, nous avons recensé des mobilisations de cette jeunesse qui se bat pour ses droits partout dans le monde.
La jeunesse qui manifeste doit être écoutée, pas réprimée. Nous soutiendrons toujours les personnes qui manifestent pacifiquement pour leurs droits. Et nous nous battrons toujours pour protéger ce droit fondamental qu’est celui de manifester : pilier de tous nos autres droits.
« Laissez-nous parler ! » : soutien aux lycéen·nes réprimé·es
Les mobilisations lycéennes se multiplient actuellement et de jour en jour, pour une large part dans des établissements de quartiers défavorisés. La protestation s’étend maintenant au-delà de l’Île-de-France. Des enseignant·es expriment leur soutien, des syndicats aussi. Les manifestant·es sont en majorité des élèves de milieux populaires, souvent racisé·es. Que nous crie cette jeunesse ?
Au cœur des revendications : la durée du temps de travail (8h-18h, sans compter les devoirs), de la cantine (l’heure du repas réduite par 45 minutes d’attente), des établissements surchargés (1 500 élèves pour 1 000 places).
Depuis 2017, la dimension carcérale des lycées s’est renforcée : pensés comme des garderies d’élèves dépourvus de toute autonomie, au mépris de toute considération pédagogique ; conçus comme des lieux de rétention des jeunes au gré de la « reconquête du mois de juin » et des projets sans cesse remis sur le tapis d’écourter la pause estivale.
À cela s’ajoute le double déni social et écologique : déni des contraintes sociales, avec des établissements où les lycéens dénoncent le manque de personnels médico-sociaux, – pour une population qui en aurait pourtant plus besoin que d’autres – « Pas d’infirmière, c’est la misère ! », et même le déficit de salles, de tables, de chaises.
Déni écologique avec un bâti scolaire dégradé, qui fait l’épreuve des conséquences de l’inaction climatique, avec des classes bondées, surchauffées d’avril à octobre, d’où sont entendus les discours de ministres énoncés en costume-cravate dans des bureaux climatisés.
Enfin, la casse des conditions de travail des enseignant·es a, elle aussi, des effets sur les usagers de l’école : des professeur·es absent·es ne sont pas remplacé·es pendant des mois, des options nécessaires pour le bac ne sont pas assurées.
Et l’angoisse se focalise sur Parcoursup : « Si on n’a pas le bac, y a pas de BTS, y a pas de licence, y a pas de master, on ne peut pas rêver de mieux pour plus tard ». Bref, « celui qui veut un avenir nous rejoint ! »
Il ne s’agit pas seulement de revendiquer des moyens supplémentaires. Il y a aussi les vexations, les discriminations, les abus d’autorité. « Marre du mépris ! » Le mouvement exprime une demande de dignité et de respect, dont l’enjeu est tout simplement l’égalité : « Pourquoi c’est dans les lycées de banlieue et pas les autres ? » Ou bien : « On passe le même bac, on n’est pas plus bêtes sous prétexte qu’on est noir ou arabe ».Ou encore : « On veut juste avoir les mêmes droits que tout le monde ! »
Il s’agit bien d’un mouvement social contre une ségrégation scolaire que nous refusons tous·tes, lycéen·nes, enseignant·es, personnels éducatifs.
Face à cette revendication d’égalité, le gouvernement refuse le dialogue et choisit délibérément la répression. Le ministre de l’Intérieur annonce 440 interpellations dans la seule journée du mardi 29 septembre, et 625 le mercredi 30 – pour l’essentiel, des mineurs. La police intervient contre les blocus : gardes à vue, humiliations, violences, et déjà des blessures graves.
Une violence hors de proportion, face à des « jeunes » éternellement qualifiés de « sauvageons ». Si l’on parle de « mortiers » (de simples feux d’artifice), comme si les manifestants étaient des émeutiers, c’est pour justifier l’usage injustifiable des bombes lacrymogènes et des tirs de LBD. Un tel déchaînement de brutalité policière face à ce simple énoncé : « On veut le bac, pas la BAC ! »
Dans une manifestation, sur un bout de carton, un slogan : « Laissez-nous parler ! » Nous, enseignant·es du premier degré à l’université, personnels éducatifs, soutenons pleinement les revendications des lycéen·nes, comme des étudiant·es dans les universités. Nous soutenons leur droit à un avenir et le droit pour tous·tes à des conditions d’enseignement dignes.
Nous défendons la pleine légitimité de leurs exigences, face à une caste bureaucratique aveugle et sourde à la réalité dès aujourd’hui. Nous soutenons aussi leur liberté d’expression (qui conditionne celle de toute la population) : c’est l’autre face des libertés académiques et pédagogiques pour lesquelles nous nous engageons.
À ces élèves qui réclament le droit aux études et l’égalité contre la violence économique et policière d’État, nous affirmons notre totale et concrète solidarité !
Pour signer en solidarité, c’est ici
CAALAP (Coordination Antifasciste pour l’Affirmation des Libertés Académiques et Pédagogiques)
https://blogs.mediapart.fr/caalap/blog/011026/laissez-nous-parler-soutien-aux-lyceen-nes-reprime-es
