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« NAZA » est un réquisitoire cinglant contre la profonde décadence morale d’Israël

EDITORIAL de BEN REIFF dans LANSCAPE /+972 Magazine


Pour ceux qui ont suivi de près la couverture par +972 de l’offensive israélienne contre Gaza, une grande partie du contenu du nouveau documentaire « NAZA », dont j’ai assisté à la première à Venise la semaine dernière, leur sera familière.

Certes, il dévoile les rouages des systèmes meurtriers israéliens avec plus de détails que jamais ; et le fait de rassembler en un seul endroit bon nombre des révélations que nous avons publiées dans une série d’enquêtes menées par Yuval Abraham, l’un des réalisateurs du film (aux côtés de Rachel Szor), confère également à cette œuvre une réelle force. Mais « NAZA » (acronyme militaire hébreu signifiant « dommages collatéraux ») est plus qu’un simple récit expliquant comment les algorithmes d’IA, la surveillance panoptique et les politiques de frappes sans retenue ont permis un niveau de massacre de civils dépassant presque tout ce que nous avons vu dans la guerre moderne.

À travers des entretiens anonymisés avec certains des soldats responsables, le film offre également une illustration brutale de la déshumanisation des Palestiniens dans la psyché israélienne — et une étude sur la manière dont une société tout entière peut se rendre complice d’un génocide. Partout dans le monde, les gens ont regardé avec horreur les troupes terrestres israéliennes à Gaza se délecter de leurs crimes sur les réseaux sociaux : tirant sans discernement, incendiant des maisons, faisant exploser des immeubles d’habitation et posant avec les sous-vêtements de femmes palestiniennes déplacées.

Mais « NAZA » met en lumière une toute autre catégorie de soldats israéliens : les officiers des services de renseignement considérés comme « les meilleurs et les plus brillants » d’Israël. Bien qu’ils soient généralement laïques, issus de la classe moyenne supérieure et se considèrent comme libéraux, ce sont ces individus — assis derrière leurs écrans au sein du quartier général militaire israélien à Tel-Aviv — qui sont chargés de superviser des massacres d’une ampleur bien supérieure à tout ce que pourraient accomplir les soldats messianiques-kahanistes sur le front. Et ce qui m’a le plus troublé dans « NAZA », ce n’est pas seulement ce que ces soldats affirment avoir fait, mais l’aisance apparente avec laquelle ils ont pu le faire. Un soldat affirme qu’il n’y avait « aucun anti-arabe » dans son équipe ; ils ont simplement autorisé, à eux tous, le massacre de centaines, voire de milliers de Palestiniens parce qu’ils avaient une « mission » à accomplir. Un autre a décrit tout cela comme étant « comme un jeu vidéo ». Un autre a déclaré qu’il supervisait des frappes aériennes dont il savait, grâce à une surveillance intrusive, qu’elles tueraient des familles entières — puis qu’il sortait avec des amis le soir même à Tel-Aviv.

Les Palestiniens qu’ils tuent ne semblent pas être perçus comme des êtres humains par ces soldats ; comme l’a dit l’un d’entre eux, il ne leur accordait « aucune » considération. Le message des responsables politiques israéliens après le 7 octobre était qu’« il n’y a pas d’innocents à Gaza », et l’armée a transformé ce slogan en politique.

Un autre soldat dans le film est allé plus loin : « On avait l’impression que c’était vraiment amusant. » L’un d’entre eux a même expliqué que son commandant avait proposé de faire venir un psychologue pour que les soldats puissent s’entretenir avec lui, afin de les aider à surmonter d’éventuels scrupules moraux, mais « il n’y avait vraiment pas besoin ». Tous les acteurs du système, même ces conscrits « libéraux », ont volontairement joué leur rôle dans la destruction massive de la société palestinienne à Gaza ; selon les personnes interrogées, ils n’ont été témoins d’aucun refus d’ordre ni d’aucun acte de résistance.

En regardant ce film, il est impossible de ne pas penser aux systèmes de conformité qui ont engendré une telle complaisance génocidaire généralisée : les écoles, les médias, le double langage politique. Compte tenu de l’absence quasi totale d’opposition au massacre des Palestiniens que nous avons observée en Israël au cours des trois dernières années, rien de tout cela ne devrait surprendre. Mais en mettant à nu ce qu’ont fait les soldats les plus estimés d’Israël, selon leurs propres mots effroyables, « NAZA » dresse un réquisitoire cinglant sur la profondeur de la pourriture qui ronge le pays, et sur l’ampleur du travail de déprogrammation nécessaire pour que la plupart des Israéliens commencent à reconnaître l’humanité des Palestiniens.

La réaction indignée que le film suscite déjà en Israël, avant même que quiconque ne l’ait vu, ne fait que souligner ce point.

Traduction ML