Dan La Botz
Il y a quelques jours, l’organisation Democratic Socialists of America (DSA), dont je suis membre, a publié une déclaration dont le premier paragraphe se lit comme suit : « Aujourd’hui marque le centenaire de Fidel Castro, et les Democratic Socialists of America reconnaissent l’importance historique tant de cette journée que de cet homme. Fidel était un organisateur, un combattant, et il reste un symbole inébranlable de la lutte anti-impérialiste et de l’autodétermination pour les pays du Sud. Le DSA entretient une longue tradition de solidarité avec le peuple cubain, sa révolution et son autodétermination. Nous choisissons cette journée historique pour réaffirmer notre engagement à agir en solidarité avec le peuple cubain et à nous opposer fermement à la guerre génocidaire menée par Marco Rubio contre le peuple cubain et à l’impérialisme américain en général. »
Nous souscrivons à la dernière phrase qui appelle à s’opposer à la «guerre de Marco Rubio contre le peuple cubain et l’impérialisme américain au sens large» (même s’il ne s’agit pas d’une «guerre génocidaire»). Et nous approuvons la liste des revendications de la déclaration, telles que la levée du blocus, la cessation de toutes les formes de menaces militaires et la normalisation des relations entre les États-Unis et Cuba. Bien sûr, nous devons nous opposer à l’impérialisme américain.
Mais, curieusement, la déclaration omet de mentionner que Castro a instauré un État à parti unique, dont il a lui-même été le dictateur pendant près de soixante ans.
On est en droit de se demander comment une organisation qui se nomme «Socialistes démocratiques d’Amérique» a pu ne pas remarquer l’absence de démocratie dans le Cuba «communiste». Comme si les auteurs de la déclaration ne se souciaient pas réellement de la démocratie. Comment DSA peut-il s’opposer à la tentative de Trump de créer une monarchie ici – de nombreux membres de la DSA ayant défilé lors des manifestations «No Kings» – tout en louant la monarchie de Castro à Cuba?
En 1959, alors que j’étais un garçon de 14 ans, comme je l’ai expliqué dans un essai précédent, j’ai soutenu la révolution cubaine, mais j’ai par la suite été déçu par celle-ci lorsque Castro, qui s’efforçait à juste titre de soustraire Cuba à l’empire américain, l’a ensuite fait entrer dans l’empire soviétique. Depuis la révolution, aucune élection politique impliquant des partis d’opposition n’a été autorisée. En l’espace d’une décennie, Cuba s’était assimilée aux structures politiques et économiques de l’Union soviétique et de l’Europe de l’Est. Les travailleurs ne pouvaient pas former de syndicats indépendants ; dès 1960, les syndicats étaient contrôlés par Castro et le droit de grève était supprimé. L’État à parti unique contrôlait également les organisations de femmes et les groupes de jeunes. Aucune organisation indépendante, quelle qu’elle soit, n’était autorisée. Les manifestations sociales étaient interdites et, lorsqu’elles avaient lieu, elles étaient réprimées.
DSA prétend soutenir le peuple cubain, mais lorsque, en juillet 2021, des manifestations ont rassemblé des milliers de Cubains, descendus dans la rue pour protester contre la situation économique et réclamer la liberté, et que des centaines d’entre eux ont été arrêtés et emprisonnés, où était DSA ? Pourquoi DSA ne s’est pas rangée aux côtés du peuple à ce moment-là ? Les socialistes, même s’ils s’opposaient à l’impérialisme américain, auraient dû se tenir aux côtés des manifestants cubains. DSA ne l’a pas fait. DSA a soutenu le gouvernement communiste cubain, et non le peuple cubain.
J’aimerais pouvoir dire que cette toute dernière déclaration du DSA est une surprise ou qu’il s’agit d’une aberration, mais je ne le peux pas. DSA a également soutenu le gouvernement autoritaire de Nicolás Maduro au Venezuela. Lors de leur visite au Venezuela, les membres de DSA ont fait des courbettes à Maduro et rencontré des responsables gouvernementaux, mais ni syndicalistes indépendants ni socialistes de l’opposition. Et certains membres du comité international de DSA se sont également déclarés prêts à « soutenir la République populaire de Chine et à promouvoir la compréhension du socialisme chinois ». La Chine, bien sûr, tout comme Cuba, est un État à parti unique dépourvu de démocratie politique et de droits du travail.
Alors que DSA publie des communiqués sur le Venezuela et Cuba concernant le droit des nations à l’autodétermination et à la souveraineté nationale, participe parfois à des manifestations de soutien à ces gouvernements et envoie des délégations en visite, l’organisation ne se montre pas aussi enthousiaste à l’égard de la lutte de l’Ukraine contre l’impérialisme russe. DSA a publié deux déclarations sur l’Ukraine, toutes deux quelque peu ambiguës. D’une part, DSA condamne formellement l’invasion russe, mais accuse implicitement l’OTAN d’être à l’origine de la guerre. DSA met l’accent sur la paix et condamne la guerre mais n’exprime pas de solidarité avec l’Ukraine dans sa lutte contre la Russie. DSA ne mentionne pas non plus le principe selon lequel les peuples luttant pour leur autodétermination ont le droit de se procurer des armes partout où ils le peuvent.
DSA, et en particulier son comité international, n’ont aucune compréhension de la démocratie ni de l’internationalisme, ce qui l’amène à soutenir, explicitement ou implicitement, toute une série de dictateurs, de Castro à Maduro en passant par Poutine. Quant aux adhérents, ils semblent ignorer la plupart des questions internationales.
Mais revenons à Cuba. Les États-Unis semblent sur le point de prendre le contrôle de l’île, comme ils l’ont fait au Venezuela en janvier dernier. Selon certains, Trump et Rubio pourraient tenter de s’appuyer sur Raúl G. Rodríguez Castro, colonel au ministère de l’intérieur et petit-fils de Raúl, le frère de Fidel, pour administrer l’île en leur nom. Mais il est possible que le peuple cubain profite de l’effondrement du contrôle exercé tant par le gouvernement cubain que par le gouvernement américain pour se rebeller, afin d’affirmer à la fois l’indépendance de Cuba et son propre désir de liberté. Samuel Farber a rédigé, dans une perspective socialiste démocratique, un article important sur la manière dont nous, à gauche, nous devrions réagir. Les événements à venir à Cuba offrent à DSA l’occasion de rompre avec son soutien avec le régime cubain et son État et de soutenir concrètement le peuple cubain dans sa lutte pour la démocratie et, le cas échéant, pour le socialisme démocratique.
Article publié le 21 août par New Politics (New York). Traduction PS.
