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Comment réagir à l’accord conclu en juin 2026 entre les États-Unis et l’Iran

Vous trouverez ci-dessous des extraits de l’intervention de Frieda Afary lors d’un webinaire intitulé «  Comment être contre la guerre dans un monde multipolaire », organisé par la Northeast Los Angeles Alliance for Democracy.

Le 28 février, lorsque les États-Unis et l’Iran ont déclenché une nouvelle guerre brutale et destructrice contre l’Iran, semant le chaos dans la région et l’économie mondiale, certain·es s’attendaient à ce que les États-Unis concluent un accord avec une faction de l’armée iranienne (le Corps des gardiens de la révolution islamique, ou CGRI). Personne n’avait toutefois prédit que, près de quatre mois plus tard, les États-Unis lèveraient toutes les restrictions imposées au régime iranien, lui accorderaient un accord lucratif, rompraient avec le gouvernement Netanyahu et se retirerait en pleine déroute.

Examinons quelques détails de cet accord, intitulé «  Mémorandum d’entente d’Islamabad entre les États-Unis et la République islamique ».

Il promet « la cessation définitive de toutes les opérations militaires sur tous les fronts, y compris au Liban » ; il « retire ses forces des environs de la République islamique dans un délai de 30 jours » ; Il lève toutes les sanctions contre l’Iran, débloque les avoirs gelés du gouvernement iranien sans aucune restriction, crée un fonds de 300 milliards de dollars pour la reconstruction de l’Iran avec des licences et des autorisations garanties ; il autorise implicitement l’Iran à percevoir des droits de transit dans le détroit d’Ormuz au bout de 60 jours, et promet que les États-Unis et l’Iran « s’abstiendront d’interférer dans leurs affaires intérieures respectives ». Il prévoit des négociations à durée indéterminée sur le programme nucléaire iranien et ne fait aucune mention du programme de missiles de l’Iran ni de ses mandataires dans la région.

Il reste bien sûr à voir si Israël respectera un éventuel accord de cessez-le-feu.

Si le cessez-le-feu se maintient, ce serait un soulagement de voir cette guerre marquer une pause pour l’instant, après toutes les souffrances et les destructions endurées par le peuple iranien et les populations de la région, et après toutes les difficultés économiques mondiales. Cependant, d’un point de vue géopolitique, l’accord que les États-Unis ont signé avec l’Iran est un cadeau fait au régime iranien. Il lui donne un nouveau souffle sur les plans économique, politique, militaire et stratégique. De plus, il ne dit rien des violations des droits humains commises par le régime ni des mandataires régionaux de l’Iran qui encouragent la guerre et la destruction dans la région.

Lors de précédentes interventions, j’ai longuement insisté sur la nécessité de s’opposer non seulement à l’impérialisme américain et israélien, mais aussi au gouvernement iranien, qui est un régime brutal, autoritaire, capitaliste d’État, militariste, fondamentaliste religieux et misogyne, lequel, au cours des 47 dernières années, a tué des dizaines de milliers de ses citoyen·nes et est haï par la grande majorité de son propre peuple. L’Iran affiche le taux d’exécutions le plus élevé au monde après la Chine. Ce régime, dirigé par le Corps des gardiens de la révolution islamique (CGRI), qui constitue la véritable armée iranienne, a semé le chaos au Moyen-Orient par ses interventions militaires impérialistes au Liban, en Irak, en Syrie et au Yémen, et a fourni des missiles et des drones à la Russie dans le cadre de la guerre impérialiste que celle-ci mène contre le peuple ukrainien.

Ce que nous avons constaté avec la dernière guerre au Moyen-Orient, c’est que le gouvernement américain est tout à fait disposé à conclure un accord avec le régime iranien et ne prétend même plus « libérer » le peuple iranien. Tout récemment, il a été révélé qu’avant le déclenchement de la guerre du 28 février par les États-Unis et Israël, les administrations Trump et Netanyahu avaient conclu un accord secret avec l’ancien président iranien Mahmoud Ahmadinejad afin de le porter au pouvoir après l’assassinat du « Guide suprême », l’ayatollah Khamenei. Ahmadinejad est un membre du régime iranien connu pour avoir réprimé le Mouvement vert iranien de 2009 et pour avoir promu la négation de l’Holocauste. Il représente non seulement une autre faction du Corps des gardiens de la révolution islamique (CGRI) ou de l’armée iranienne, mais aussi tout ce contre quoi les États-Unis et Israël prétendaient lutter. Cela en dit long sur ce que les gouvernements Trump et Netanyahu, ainsi que leurs soutiens monarchistes et du MEK, entendaient par « libération ».

Ce à quoi nous assistons à l’échelle mondiale, c’est la propagation croissante de l’autoritarisme et du fascisme, ainsi que la formation de nouvelles alliances entre les puissances autoritaires et fascistes. Les grandes puissances mondiales telles que les États-Unis, la Russie et la Chine se partagent pour l’instant le monde en sphères d’influence et tentent de réduire à néant tous les efforts menés sur le terrain par les mouvements de lutte pour la justice sociale et les droits humains, quel que soit le pays concerné : qu’il s’agisse de l’Iran au Moyen-Orient, de l’Ukraine en Europe, de Taïwan en Asie de l’Est, ou encore des luttes pour les droits humains en Amérique latine, en Afrique et ailleurs. Au Moyen-Orient et en Asie du Sud, les puissances impérialistes régionales créent également de nouveaux blocs d’alliances, comme récemment avec, d’un côté, l’Arabie saoudite, le Pakistan et la Turquie, et de l’autre, les Émirats arabes unis, l’Inde et Israël.

Dans ce contexte, il est plus important que jamais que les militant·es anti-guerre adoptent une vision globale et se rangent aux côtés des luttes pour les droits humains et des forces progressistes au sein de chaque pays.

En Iran, ces forces progressistes sont les suivantes :

1. Les militantes féministes des droits humains emprisonnées ou en liberté conditionnelle, telles que Nasrin Sotoudeh, Narges Mohammadi et Pakhshan Azizi, une féministe kurde passible de la peine de mort.

2. Les militant·es kurdes et issu·es d’autres minorités nationale·es, ou en liberté, qui s’opposent à la fois au régime et à diverses puissances impérialistes.

3. Les militant·Ês syndicales/syndicaux emprisonné·es, notamment les membres du syndicat des enseignant·es.

4. Les militant·es étudiant·es et intellectuel·les, dont beaucoup ont réclamé un système éducatif exempt de dogmes et de fondamentalisme religieux.

Une opposition de principe à la guerre exige également la fin de l’aide militaire américaine à Israël, l’opposition à l’occupation par Israël des territoires palestiniens, et le soutien aux Palestinien·nes et aux Juifs/Juives israélien·nes qui croient en la coexistence pacifique des deux peuples au sein d’une démocratie laïque, que ce soit dans un seul État ou dans deux États.

N’oublions pas non plus la solidarité avec les militantes afghanes des droits des femmes, qui comptent parmi les forces progressistes les plus courageuses de la région du Moyen-Orient et de l’Asie centrale. Depuis le retrait américain en 2021, après 20 ans d’occupation impérialiste de l’Afghanistan, les talibans sont revenus au pouvoir. Ils ont contraint les femmes à quitter l’école après la sixième et à se retirer de presque tous les emplois. Ils ne veulent pas que les femmes sortent dans la rue, même entièrement voilées et accompagnées d’hommes. Il y a deux semaines, des manifestations de femmes et d’hommes contre la dictature misogyne et fondamentaliste religieuse des talibans ont éclaté dans la province de Heart. Elles ont besoin de notre soutien.

Sur le plan intérieur américain, on observe une opposition populaire croissante à la guerre menée par les États-Unis et Israël contre l’Iran et le peuple palestinien. Cependant, on ne peut pas partir du principe que cette opposition qui émerge aujourd’hui de la base prendra une orientation progressiste. Le fascisme, sous la forme du mouvement MAGA, dispose toujours d’une base populaire très solide aux États-Unis. Divers·es dirigeant·es et commentateurs/commantatrices fascistes, tels que Marjorie Taylor Green et Tucker Carlson, tentent d’orienter le mécontentement de masse suscité par cette guerre vers l’antisémitisme et de présenter la simple opposition aux actions de Trump comme un signe de dérangement. Elles et ils défendent également l’invasion impérialiste de l’Ukraine par Poutine et soutiennent l’extrême droite européenne. Elles et ils continuent de promouvoir la haine anti-immigrés·e, la misogynie, ainsi que le nationalisme extrémiste et le racisme de l’« America First ».

Pour les militant·es anti-guerre aux États-Unis, une opposition de principe à la guerre exige de s’attaquer aux guerres à l’étranger et sur le territoire national, ainsi qu’à leurs causes structurelles. Les conditions de travail capitalistes aliénantes que subit la majorité de la population américaine, la désinformation véhiculée par les monopoles des géants de la tech, l’histoire de l’esclavage et du racisme anti-Noir·es aux États-Unis, ainsi que le recul des acquis des femmes et de la communauté LGBT ont tous rendu de nombreuses et nombreux Américains plus vulnérables à la démagogie fasciste et autoritaire. La tendance capitaliste à une concentration et une centralisation croissantes du capital entre les mains d’un petit nombre d’entités et d’États conduit à une concurrence mondiale destructrice et à des guerres.

Pour que l’opposition à la guerre aux États-Unis évolue dans une direction constructive, les progressistes doivent se pencher sur ces questions, proposer des analyses globales et holistiques qui s’opposent à toutes les puissances impérialistes, et articuler une opposition humaniste au capitalisme, au racisme, au sexisme et à la violence de genre.

Frieda Afary, le 21 juin 2026
https://newpol.org/how-to-respond-to-the-june-2026-u-s-agreement-with-iran/
Traduit par DE