Idées et Sociétés

Le DSA (socialistes démocrates d’Amérique), le moralisme et le problème de la discipline socialiste

Par Anthony Teso repris de LINKS.org

Publié le 22 mai 2026

Ce texte qui traite de problèmes internes au DSA peut évidemment être élargi à bien des secteurs de gauche qui se voudraient radicaux. ML

Les luttes internes au sein des Socialistes démocrates d’Amérique (DSA) autour de la « culture de l’annulation », du « politiquement correct » et de la « culture de la dénonciation » ne sont pas des questions secondaires. Ce sont les symptômes d’un mal organisationnel plus profond : l’incapacité d’une organisation socialiste de masse en devenir à distinguer la discipline politique de la punition morale, la correction entre camarades de l’humiliation publique, et la lutte des classes du maintien des frontières entre sous-cultures.

Disons les choses clairement. Une organisation socialiste doit prendre très au sérieux le racisme, le sexisme, la transphobie, le harcèlement, le chauvinisme et les abus. Ce ne sont pas des « distractions » par rapport à la politique de classe. Ils font partie des moyens par lesquels le capitalisme divise la classe ouvrière, dévalorise la force de travail, contrôle les corps, discipline la reproduction sociale et fracture la solidarité. Toute « politique de classe » qui traite l’oppression comme une nuisance n’est pas du marxisme. C’est de l’économisme en salopette.

Mais l’erreur inverse est tout aussi destructrice : une politique qui transforme chaque désaccord en accusation, chaque formulation maladroite en réprimande morale, chaque différend politique en question de pureté personnelle, et chaque problème organisationnel en demande d’exclusion. Ce n’est pas de la responsabilité socialiste. C’est de la gestion morale libérale déguisée en sweat à capuche rouge.

Les propres normes formelles du DSA reconnaissent la nécessité de règles de conduite. Le Code de conduite national interdit le harcèlement fondé sur le sexe, le genre, l’identité ou l’expression de genre, l’orientation sexuelle, le handicap, la race, la religion, l’origine nationale, la classe sociale, l’âge et d’autres catégories protégées. Son code de conduite lors des réunions demande également aux membres de s’abstenir de tout discours dégradant ou harcelant, de faire preuve de considération et de « partager des analyses et des opinions plutôt que des accusations ». Cette dernière phrase est cruciale. Elle renvoie à une culture socialiste du débat, et non à un tribunal permanent.

La question n’est donc pas de savoir si la DSA devrait avoir des normes — bien sûr qu’elle devrait. La question porte sur les normes à appliquer, les enjeux politiques en jeu et l’objectif de l’organisation.

La DSA affirme dans ses programmes Workers Deserve More qu’elle souhaite rassembler des millions de personnes à travers les États-Unis pour lutter en faveur d’une démocratie où les travailleurs contrôlent leur vie, le gouvernement et l’économie. Il s’agit d’une ambition politique de masse, et non d’un petit groupe d’affinité.

Une organisation de masse ne peut pas fonctionner comme un séminaire universitaire, un service des ressources humaines à but non lucratif ou une machine à lyncher sur les réseaux sociaux. Elle doit organiser les travailleurs tels qu’ils sont : hétérogènes, contradictoires, meurtris par le capitalisme, façonnés par un sens commun réactionnaire, capables de transformation, et souvent plus intéressés par le loyer, les salaires, la santé, les transports, la guerre et le patron que par la maîtrise du dernier vocabulaire militant.

Une organisation socialiste ne peut pas exiger que les gens arrivent déjà purifiés. Si elle le fait, elle ne construira pas un mouvement de la classe ouvrière. Elle construira une boutique politique pour ceux qui connaissent déjà le mot de passe.

Le faux choix entre politique de classe et politique anti-oppression

La pire version de ce débat oppose la « classe » à l’« identité ». C’est paresseux, et pire encore, politiquement désarmant.

Le marxisme n’exige pas l’indifférence face à l’oppression. Le capitalisme n’exploite pas un travailleur abstrait flottant au-dessus de l’histoire. Il exploite des travailleurs racialisés, genrés, sexualisés, handicapés, criminalisés, avec ou sans papiers, rémunérés ou non, logés ou sans abri. La classe ouvrière n’est pas un bloc gris de salariés identiques. Elle est divisée en son sein parce que le capital organise activement ces divisions.

Ainsi, la réponse socialiste ne peut être : « Arrêtez de parler d’oppression et revenez à l’économie. » Ce n’est pas de la politique de classe. C’est de la politique de classe dépouillée de son contenu de classe réel.

Pourtant, la réponse moralisatrice n’est pas meilleure. Le fait que l’oppression soit réelle ne signifie pas que chaque conflit doive être géré par la dénonciation. Cela ne signifie pas que l’accusation est une analyse. Cela ne signifie pas que le malaise est de la violence. Cela ne signifie pas que le désaccord est un préjudice. Cela ne signifie pas que la personne la plus bruyante ou la plus blessée dans la pièce détient automatiquement la ligne politique correcte. De plus, cela n’implique pas que la sanction bureaucratique soit la voie vers la libération.

La véritable division est la suivante : d’un côté, une politique qui tente d’intégrer les luttes contre l’oppression dans les organisations de la classe ouvrière ; de l’autre, une politique qui substitue le jugement moral à la lutte politique.

La première pose les questions suivantes : comment construire la solidarité au-delà des différences réelles ? Comment s’éduquer politiquement les uns les autres ? Comment transformer les gens par la lutte ? Comment rendre l’organisation plus sûre sans la rendre fragile, paranoïaque et craintive face au débat ?

La seconde pose les questions suivantes : qui est nuisible ? Qui est dangereux ? Qui doit s’excuser ? Qui doit être écarté ? Qui a échoué au test de vocabulaire ? Qui peut servir d’exemple ?

La première approche construit un mouvement. La seconde construit une salle d’audience avec des règles de preuve encore pires.

La solidarité, ce n’est pas la gentillesse

La déclaration sur la « culture de solidarité » de Twin Cities DSA est utile car elle émane du mouvement syndical plutôt que de l’aile moralisatrice et prônant l’étiquette du progressisme.

Elle soutient que dans les syndicats, la solidarité signifie respecter les piquets de grève, protéger ses collègues contre les patrons et mener des débats animés dans la perspective d’un front uni contre le patron. Elle oppose explicitement ces principes à la dynamique de dénonciation qui isole les gens plutôt que de construire un pouvoir collectif.

C’est là l’idée clé : la solidarité n’est pas l’absence de conflit ; la solidarité est un conflit discipliné par un ennemi commun et un projet commun.

Sur un lieu de travail, les travailleurs doivent se rassembler avec des personnes qui ne sont pas d’accord avec eux sur tout. Le syndicat doit organiser un groupe diversifié de collègues, comprenant le partisan de MAGA, le libéral, l’individu apolitique, celui qui fait des commentaires inappropriés, la personne qui n’a jamais assisté à une réunion politique, et le collègue qui croit que le socialisme signifie que Joseph Staline lui volera personnellement son pick-up.

Cela ne signifie pas que tout est permis. Un syndicat ne peut pas laisser s’envenimer le harcèlement raciste, les abus sexuels, l’intimidation homophobe ou la cruauté envers les personnes trans. Cela détruirait la solidarité de l’intérieur. Mais le mouvement syndical, à son meilleur, ne commence pas par une purge. Il commence par une lutte commune, une discipline collective, un débat démocratique et une transformation par l’action.

Une organisation socialiste doit faire de même. Elle doit être capable de dire : « Ce comportement est inacceptable. » Mais elle doit aussi être capable de dire : « Cette personne peut être corrigée. »

Elle doit pouvoir dire : « Cette ligne politique est erronée. » Mais elle doit aussi pouvoir dire : « L’erreur n’est pas synonyme de mal. »

Elle doit pouvoir dire : « Ce comportement doit avoir des conséquences. » Mais elle doit aussi pouvoir dire : « Les conséquences ne sont pas une vengeance. »

Sans ces distinctions, la responsabilité devient arbitraire. Et une responsabilité arbitraire ne produit pas de clarté politique. Elle engendre le silence, le ressentiment, la manipulation factionnelle et la peur.

Une punition à la manière de la classe professionnelle

Le problème ne réside pas simplement dans le fait que certaines personnes sont « trop sensibles ». C’est un diagnostic superficiel.

La question plus profonde est que le DSA a absorbé une grande partie de la culture politique du milieu progressiste professionnel et managérial contemporain : procédures à but non lucratif, jargon académique, langage de la « victimisation » à la manière des RH, punition par atteinte à la réputation sur les réseaux sociaux, et une tendance à transformer le désaccord politique en contamination éthique.

Cette culture a une base de classe. Il ne s’agit pas simplement d’un ensemble d’idées indésirables flottant dans l’air. Elle reflète les habitudes de personnes formées dans des institutions où le pouvoir s’exerce souvent par le biais des qualifications, du langage, de la réputation, de l’accès, de la conformité et de la sanction sociale informelle. Dans ces espaces, les individus acquièrent un statut en faisant preuve d’une conscience correcte et le perdent en violant des normes souvent instables, tacites et appliquées de manière inégale.

L’essai classique de Jo Freeman, « The Tyranny of Structurelessness », reste pertinent ici. Freeman a fait valoir que les groupes prétendument sans structure n’abolissent pas le pouvoir ; ils le rendent simplement informel, opaque et moins responsable. Des cliques informelles, des règles cachées et des hiérarchies invisibles remplacent les structures démocratiques.

Cela s’applique directement au moralisme militant. Un groupe peut se prétendre horizontal, anti-autoritaire et décentralisé, tout en restant régi par des hiérarchies informelles de statut basées sur qui connaît le langage, qui a les bonnes relations, qui peut mobiliser l’indignation, qui peut formuler l’accusation et qui peut définir la réalité émotionnelle de la salle. Le résultat n’est pas la démocratie. C’est le règne de ceux qui maîtrisent le mieux la culture de l’accusation.

C’est pourquoi la « culture du démasquage » n’est en réalité pas anti-bureaucratique. Elle jette souvent les bases de la bureaucratie. Vient d’abord le lynchage informel. Puis vient l’exigence que les dirigeants « fassent quelque chose ». Vient ensuite la procédure disciplinaire sous la pression. Vient ensuite le précédent. Vient ensuite la peur. Vient ensuite le silence. Félicitations — la révolution dispose désormais d’un service des plaintes.

La leçon Bowman : responsabilité ou réflexe d’expulsion ?

La controverse autour de Jamaal Bowman a révélé cette contradiction au grand jour.

Le voyage de Bowman en Israël en 2021, parrainé par J Street, et son vote en faveur du financement du Dôme de fer ont provoqué un grave conflit au sein de la DSA. Le groupe de travail BDS et de solidarité avec la Palestine de la DSA, ainsi que plusieurs sections locales, ont exigé son expulsion à moins que Bowman ne soutienne explicitement le BDS. Le Comité politique national a finalement refusé de l’expulser, mais a déclaré qu’il ne serait pas réinvesti à moins qu’il ne fasse preuve de solidarité avec la Palestine conformément aux attentes de la DSA.

Ce n’était pas une affaire insignifiante. La Palestine n’est pas une question de pure forme. L’impérialisme américain, l’apartheid israélien, le financement militaire et l’internationalisme socialiste sont des questions politiques fondamentales. Une organisation socialiste a tout à fait le droit de demander des comptes aux candidats qu’elle soutient. En effet, elle doit le faire. Sinon, les soutiens deviennent des opérations de branding pour des politiciens ambitieux qui empruntent la rose et oublient la lutte des classes.

Mais la bataille autour de Bowman a également mis en évidence la théorie de la discipline sous-développée de la DSA. Que signifie la responsabilité pour les élus ? Quels engagements sont contraignants ? Qui décide ? Quelle est la séquence entre correction, pression publique, censure, non-soutien et exclusion ? L’exclusion est-elle un premier recours, un dernier recours ou une arme factionnelle ? Comment l’organisation distingue-t-elle la trahison de la contradiction, du désaccord tactique, de la lâcheté, de la pression locale et de la rupture politique pure et simple ?

Une organisation socialiste sérieuse a besoin de réponses à ces questions avant que la crise ne frappe. Sinon, chaque controverse devient un référendum sur le sérieux moral de chacun. Un camp accuse l’autre de trahison ; l’autre accuse le premier de politique de pureté ; les médias publient un article sur le chaos socialiste ; les membres apprennent que la politique est surtout un combat procédural ; et la classe ouvrière, une fois de plus, est invitée à regarder la gauche se déchirer avec des couteaux fabriqués à partir de règlements recyclés.

Le problème n’est pas que Bowman aurait dû être au-dessus de la discipline — aucun élu ne devrait l’être. Le problème est que le DSA oscille souvent entre deux échecs : un opportunisme électoral laxiste et une surcorrection punitive. Il s’adapte trop, puis panique trop tard. Il tolère l’ambiguïté jusqu’à ce que les membres explosent, puis tente de résoudre la faiblesse politique par une urgence morale.

Ce n’est pas une stratégie. C’est de l’indigestion.

Censure, mémoire et peur du débat

La même contradiction apparaît dans les débats sur les publications et la liberté d’expression.

En 2018, Democratic Left a publié un éditorial sur la suppression d’articles et la censure après des appels coordonnés visant à retirer des articles ou des auteurs des archives de la publication. L’éditorial s’opposait à l’idée que des articles déjà publiés devraient être retirés simplement en raison d’un désaccord idéologique rétrospectif, tout en reconnaissant que les publications socialistes ont besoin de normes éthiques et politiques.

C’est précisément le genre de distinction dont le DSA a davantage besoin. Il y a une différence entre refuser de publier des inepties réactionnaires et prétendre que les désaccords peuvent être résolus en faisant disparaître d’anciens arguments.

Une organisation socialiste a besoin d’archives, de mémoire, de débat, de correction, de polémique et d’évolution publique. Elle ne devrait pas être terrifiée par son propre passé. Toute tradition politique vivante contient des erreurs, des luttes, des revirements, des formulations insatisfaisantes et des arguments inachevés.

La bourgeoisie a ses raisons d’effacer l’histoire : elle veut cacher l’exploitation. La gauche ne devrait pas imiter cette impulsion à petite échelle en dissimulant les désaccords. Nous devrions débattre. Nous devrions annoter. Nous devrions réfuter. Nous devrions dire : « C’était faux, et voici pourquoi. » Mais la suppression n’est pas une clarification. Ce n’est souvent qu’une fuite déguisée en justice.

Un mouvement qui ne peut survivre à l’existence d’un vieil article médiocre n’est pas prêt à survivre à l’État.

Le moralisme n’est pas le matérialisme

Le marxisme part des relations sociales, pas d’une essence morale. Il demande quelles structures produisent les comportements, quels intérêts sont en jeu, quelles formes de pouvoir opèrent, et quel type d’action collective peut transformer la situation. Le moralisme part de la culpabilité, de la contamination, des accusations et de la purification.

Cela ne signifie pas que les marxistes n’ont pas de morale — bien sûr que si. L’exploitation est monstrueuse. L’impérialisme est monstrueux. Le racisme et la misogynie sont monstrueux. Le capitalisme est essentiellement une barbarie organisée fonctionnant à travers un système de paie. Mais le marxisme ne s’arrête pas à la condamnation morale. Il passe de la condamnation à l’analyse, de l’analyse à l’organisation, et de l’organisation au pouvoir.

Le tribunal va rarement aussi loin. Il confond souvent accusations et politique. Mais accuser, c’est facile. S’organiser, c’est difficile. Dénoncer, c’est facile. Recruter, c’est difficile. Expulser, c’est facile. Transformer, c’est difficile. Dénoncer quelqu’un, c’est facile. Construire une majorité ouvrière durable dans le pays capitaliste le plus puissant de la planète est, malheureusement, un peu plus exigeant que d’écrire « fais mieux » sur le ton d’un vice-doyen.

Le Manifeste communiste soutient que les communistes ne forment pas un parti distinct opposé aux autres partis ouvriers, et qu’ils n’ont pas d’intérêts séparés de ceux du prolétariat dans son ensemble. Il insiste également sur le fait que le prolétariat doit se constituer en tant que classe et lutter politiquement. Telle est la norme : non pas une distinction sous-culturelle, mais la formation de classe.

Une organisation socialiste devrait se poser la question suivante à propos de chaque norme interne : cela contribue-t-il à constituer la classe ouvrière en tant que force politique ? Ou cela ne fait-il que distinguer les éclairés des suspects ?

Si une norme aide les travailleurs à lutter contre les patrons, les propriétaires, la violence policière, l’impérialisme, le racisme, le sexisme et la destruction écologique, tant mieux. Conservez-la. Renforcez-la. Enseignez-la. Institutionnalisez-la démocratiquement.

Si une norme aide surtout les initiés à contrôler les exclus, les anciens à humilier les nouveaux, les factions à instrumentaliser les griefs, et les militants éduqués à afficher leur supériorité sur les membres ordinaires, jetez-la dans la poubelle procédurale la plus proche.

Le piège de la sous-culture

Le danger pour le DSA n’est pas qu’il ait trop de normes. Le danger est qu’il ait trop de normes informelles, instables et moralisatrices, et pas assez de normes démocratiques, politiques et transparentes.

Une organisation socialiste de masse doit être exigeante. Elle doit exiger de la discipline, du sérieux, de l’étude, de la responsabilité, de l’antiracisme, de l’antisexisme, de l’internationalisme et de l’engagement. Mais être exigeant n’est pas synonyme d’être précieux.

Une organisation révolutionnaire ne peut pas se construire autour des réflexes émotionnels des personnes les plus réfractaires au conflit dans la salle. Elle ne peut pas non plus se construire autour des réflexes punitifs de ceux qui voient chaque désaccord comme une occasion de poursuivre en justice.

On ne recrute pas la classe ouvrière en ramenant la politique au plus petit dénominateur commun. Ce n’est pas de cela qu’il s’agit. On recrute la classe ouvrière en reliant la politique socialiste aux antagonismes vécus : salaires, loyer, dette, écoles, soins de santé, guerre, climat, maintien de l’ordre, reproduction, temps, dignité et pouvoir.

Les gens peuvent mûrir politiquement lorsqu’ils rejoignent une organisation sérieuse qui les considère comme capables d’évoluer. Ils ne mûrissent pas lorsqu’ils sont traités comme des fardeaux ambulants.

Une organisation socialiste doit être une école de la lutte des classes. Les écoles ont raison. Elles ne se contentent pas d’expulser. Elles fixent des normes. Elles enseignent aussi. Elles distinguent l’ignorance de la malveillance, la confusion du sabotage, et la contradiction de la trahison. Une école qui expulse chaque élève qui y entre sans connaître déjà le programme n’est pas un établissement d’enseignement. C’est un club.

À quoi devrait ressembler la responsabilité socialiste

La réponse n’est pas « tout est permis ». Une telle approche serait idiote et, pire encore, elle laisserait les membres vulnérables à la merci de ceux qui peuvent dominer la salle. La démocratie socialiste exige des règles de conduite.

Mais ces règles doivent être claires, politiques, proportionnées et contrôlées démocratiquement.

Premièrement, le DSA doit faire une distinction nette entre désaccord politique, mauvaise formulation, comportement oppressif, harcèlement et abus. Ce ne sont pas la même chose. Les traiter comme identiques détruit la confiance.

Deuxièmement, la discipline doit être proportionnée. La correction, la médiation, l’éducation, l’avertissement, la suspension temporaire, la destitution d’un poste de direction, le refus de soutien et l’expulsion sont des outils différents. Une organisation sérieuse n’utilise pas un marteau pour chaque réparation, à moins qu’elle ne veuille que la maison ait l’air d’avoir perdu un combat contre un enfant en bas âge.

Troisièmement, les accusations ne doivent pas se substituer aux preuves. Une organisation socialiste ne peut pas reproduire la logique carcérale sous un emballage rouge, mais elle ne peut pas non plus renoncer à une procédure régulière. La procédure régulière n’est pas une faiblesse libérale. C’est une protection contre le pouvoir arbitraire.

Quatrièmement, l’éducation politique doit être au cœur du processus. Si les membres continuent à enfreindre les normes parce qu’ils n’en comprennent pas la portée politique, la réponse n’est pas une punition sans fin. La réponse réside dans l’éducation systématique, le mentorat et la discussion collective.

Cinquièmement, les responsables élus ont besoin de mécanismes disciplinaires explicites avant que les crises n’éclatent. Les accords de soutien, les obligations de rapport, les processus de responsabilité publique et les conséquences définies doivent être clairs dès le départ. Finie l’improvisation de la discipline socialiste au beau milieu d’une tempête médiatique.

Sixièmement, le DSA doit reconstruire l’art de la polémique. Une polémique n’est pas une dénonciation. C’est une arme politique visant à clarifier les choses. Une bonne polémique définit la ligne, explique les enjeux, réfute l’argument et laisse à la personne la possibilité soit de changer, soit de révéler son refus de changer. Une mauvaise polémique se contente de jeter quelqu’un dans le volcan et d’appeler la fumée « responsabilité ».

Conclusion : Fini le socialisme de tribunal

Le DSA est confronté à un choix stratégique. Il peut devenir une organisation socialiste de masse ancrée dans les lieux de travail, les luttes des locataires, la politique anti-impérialiste, les combats électoraux et la formation démocratique de la classe. Ou bien il peut devenir une sous-culture progressiste autorégulée dont le principal produit est la discipline interne et dont le principal registre émotionnel est la suspicion.

La première voie exige des normes. La seconde voie a aussi des normes. La différence est que la première utilise les normes pour construire la solidarité, tandis que la seconde utilise les normes pour rationner l’appartenance.

Une organisation socialiste ne doit pas tolérer le sectarisme, le harcèlement, les abus ou le chauvinisme. Mais elle ne doit pas non plus confondre politique socialiste et purification morale. Elle ne doit pas transformer chaque contradiction entre les gens en une procédure hostile. Elle ne doit pas importer les habitudes punitives du bureau d’une association, du séminaire universitaire, du service des ressources humaines et du lynchage sur les réseaux sociaux, pour ensuite appeler le résultat « libération ».

La classe ouvrière n’a pas besoin d’un tribunal. Elle a besoin d’une organisation.

Elle a besoin d’un lieu où les gens peuvent se battre, apprendre, débattre, évoluer et agir ensemble. Elle a besoin de discipline sans moralisme bureaucratique. Elle a besoin de responsabilité sans humiliation rituelle. Elle a besoin d’une politique anti-oppression enracinée dans la lutte des classes, et non d’une politique de classe amputée de l’oppression ou d’une politique d’oppression amputée de la classe.

La question n’est pas de savoir si le DSA doit être « gentil ». La gentillesse ne coûte rien. La question est de savoir si le DSA peut devenir sérieux. Et une organisation socialiste sérieuse ne demande pas : « Qui pouvons-nous punir pour prouver que nous avons raison ? » Elle demande : « Que devons-nous construire pour gagner ? »

Anthony Teso est membre des Democratic Socialists of AmericaTempest Collective et Solidarity aux États-Unis.

https://links.org.au/against-tribunal-left-dsa-moralism-and-problem-socialist-discipline

Traduction ML