Idées et Sociétés, International

L’IA et les autocrates : pandémie existentielle

 DE : GAÉTAN ROBERGE repris de Presse Toi A Gauche (PTAG)

Le puzzle géopolitique est de plus en plus fragmenté et ses pièces volent en éclats. Des gouvernements abdiquent face à la montée des eaux chaudes du climat et glaciales de l’autoritarisme et banalisent le tsunami provoqué par les géants du Web. L’humanité est en état de siège face à cette nouvelle pandémie existentielle et se dirige droit vers son effondrement.


Avènement des alchimistes de l’IA et des autocrates

Nous venons d’entrer de plain-pied dans un monde multipolaire marqué du sceau de l’incertitude. Les populations sont troublées et les têtes dirigeantes faiblardes de nombreux gouvernements choisissent de plier l’échine ou de s’accommoder plutôt que de résister et livrer combat face à cette bande d’autocrates, de ploutocrates et de seigneurs de la tech qui aspirent à la conquête matérielle et virtuelle du monde. Cette bande d’autocrates est déterminée à oblitérer l’État de droit et balayer les changements climatiques et les problèmes de l’humanité sous le tapis de la désinformation et des duperies. Quant aux gouvernements en place, ils se comportent tels des vassaux en manque de volonté politique pour affronter les défis locaux et globaux. Ils se refusent à effectuer des ponctions salutaires dans les fortunes scandaleuses des ultra-riches qui pourraient permettre une répartition plus équitable des richesses. Ils tardent à adopter une réglementation à l’échelle mondiale encadrant non seulement les dérives des réseaux sociaux et du web, mais également les avancées et les implications de l’IA. Que nous réserve l’avenir ? Les autocrates et les faux prophètes ont déjà dressé des plans de «  vol  » et pris position à la tour de contrôle pour occuper le tarmac du chaos. Ils entendent gérer les trafics d’influence et définir les pistes d’atterrissage de leurs projets. Leur but à peine voilé est de réfuter les aspirations légitimes de solidarité, de justice et de liberté et d’imposer leur vision – pour ne pas dire illumination mystique – d’un royaume InnovAnt, autoritaire et sectaire. Ils s’autoproclament maîtres du monde afin de pouvoir s’élever vers les glorieux cieux « cloudiens » de la félicité. Ils deviendront, tel Bellérophon ayant vaincu la Chimère, les seuls à avoir droit de cité sous les murailles de leur nouvelle parousie. Eh oui, ces alchimistes et seigneurs de l’IA ont été désignés personnalités – prophétiques – de l’année en 2025 par le magazine Time. Trump l’a été en 2016 et 2024. Adolph Hitler l’avait été en 1938 et Joseph Staline deux fois, en 1939 et en 1942 …

Apologie des autocrates et de l’IA

Ces autocrates, les Netanyahou, Poutine et Trump et al., incarnent les nouveaux « Borgia » corrompus et assoiffés de pouvoir qui après avoir parachevé leur travail de prédation sont plus que jamais déterminés à s’installer à demeure et s’imposer par la tyrannie au cœur même des affaires de l’État et des institutions. – Poutine règne sur la Russie depuis 26 ans, Netanyahou sur Israël depuis 18 ans et Xi Jinping sur la Chine depuis 13 ans. – Institutions qu’ils ont d’ailleurs déjà commencé à saccager ainsi qu’à encager brutalement des responsables, museler des opposants, enfirouaper des populations et imposer leur froid et sombre agenda. Ils projettent d’harponner le développement de nos sociétés, éteindre les phares de la science, précipiter davantage de personnes dans les abîmes de la pauvreté et de l’exclusion, s’attaquer aux droits fondamentaux et supprimer les libertés individuelles. Et s’il le faut : en dehors de tout cadre juridique et alimenté par des campagnes de désinformation pour légitimer leurs répressions, leurs conquêtes et leurs guerres. Quant aux apôtres de l’IA, ils s’évertuent à instaurer un chaos programmé de «  zéro à l’infini » à l’aide de leurs algorithmes et leurs métadonnées mystificatrices et de nous envoûter avec leurs informations enrobées de promesses éternelles et leurs communications prophético-alarmistes saupoudrés de graines de chantage éhontées et de séduction subliminale.

L’IA – Vaccin ou virus

À l’image d’habiles prestidigitateurs, ils braquent tel un bouclier providentiel les possibilités infinies et «  salvatrices  » de leur créature. Une IA devant protéger la planète de menaces et présentée devant le parquet des nations à la foire mondiale aux illusions tel un essentiel et unique vaccin universelocivilisationnel. Ces conquistadors du numérique implantent leurs mines sociétales au fond des esprits et au centre des rouages du monde consolidant ainsi leur pouvoir régalien usurpé, favorisant l’accroissement de leurs richesses et protégeant les territoires de leur nouvel Eldorado financier et numérique. Ainsi, par une sorte de « mirage » parfaitement programmé : leur pseudo-vaccin salvateur opère alors sa transformation. Il se mute en une espèce de virus attaquant les fondements des États, contaminant les objectifs et les priorités des sociétés en plus de bâillonner les voix dissidentes et dérouter les voies légitimes de l’humanité …

L’IA générative ou dégénérative

Concernant les «  7 magnifiques  », (Alphabet (Google), Amazon, Apple, Meta (Facebook), Nvidia et Tesla), leur capitalisation boursière représente 34,3 % du S&P 500 et approche les 21 800 milliards de dollars américains. C’est totalement «  giga gigantesque » et pourrait provoquer une bulle financière qui risquerait d’éclater et d’éclabousser ainsi les économies mondiales. Selon des projections du Fonds monétaire international (FMI), celui de tous les États d’Afrique devrait atteindre 3 320 milliards de dollars américains en 2026. Ces « 7 mercenaires » veulent dorénavant régner sans partage sur les affaires du monde grâce à leur domination boursière et leur influence économique, politique et sociale. Ainsi, après eux le déluge car ils se sont construits une « Arche » boursière insubmersible dotée d’un gouvernail GPS/satellite, d’une voile numérique, d’un bastingage en or, d’une ancre d’argent en plus d’un équipage robotisé, non syndiqué et «  bezosgnant  » beau temps, mauvais temps, de jour comme de nuit. – L’Arche de Jeff Bezos a pour nom Koru signifiant « nouveau départ » en maori de Nouvelle-Zélande et elle a coûté 500 millions de dollars américains ! L’Arche bat pavillon des Îles Caïmans et mouille sur les littoraux de cette île à l’abri des tempêtes fiscalotropicales. –

L’IA assoiffée

Ces géants non verts du Web aux pieds d’argile numérique épandent un fumier argenté et polluant à la surface de nos terres. Il s’agit de gargantuesques centres de données (plus de 11 000 dans le monde) produisant un bruit constant pouvant atteindre 85 décibels, une chaleur accablante et consommant des quantités colossales d’énergie et d’eau «  potable » nécessaire au refroidissement des serveurs. Selon la revue scientifique Nature, un centre de données de 1 mégawatt utilisé pour les services nuagiques ou l’IA peut consommer jusqu’à 25,5 millions de litres d’eau par an. À l’échelle mondiale, cela représentait 560 milliards de litres d’eau en 2023 et pourrait atteindre 1 200 milliards d’ici 2030 … Ce qui peut aussi s’avérer catastrophique pour l’approvisionnement en eau, l’agriculture, provoquer l’assèchement de terres humides et entraîner le tarissement de nappes phréatiques. Tout cela, sans parler des conséquences environnementales et sociales ainsi que des énormes coûts associés aux infrastructures nécessaires à leur implantation et à leur exploitation. Pendant ce temps, selon les données de l’ONU, plus de 2 milliards d’êtres humains n’ont pas accès à une eau potable. Ils meurent empoisonnés ou atteints de graves maladies et crient au secours dans le vide sidéral du cortège «  funèbre » des pays intoxiqués par leur opulence ventripotente et troublés par leur cécité volontaire.

L’IA s’en va-t-en guerre

L’IA est actuellement utilisée par Israël et les États-Unis en Iran et au pays du cèdre vert par Israël. Elle l’a également été de façon criminelle à Gaza alors qu’on invoquait la possibilité grâce à son utilisation d’effectuer des bombardements dits «  chirurgicaux  » sur des cibles supposées menaçantes et militaires et non sur des civils innocents, des enfants dans les écoles et des infrastructures civiles dont des hôpitaux. Mais en vérité, la communauté internationale a plutôt assisté lâchement à la destruction totale de la bande de Gaza, aux déplacements forcés de 1,9 million de personnes et à un atroce carnage humain qui constitue à n’en jamais douter une véritable opération de nettoyage ethnique et un génocide. Qu’arrivera-t-il lorsque des gouvernements choisiront d’abandonner leurs responsabilités pour les confier à un nouveau « chef de guerre » : soit une « machine » ploguée au mur de la bêtise et branchée sous perfusion constante à une intelligence artificielle avancée ? L’IA décidant seule du type d’arme employé, des règles d’engagement, de la stratégie et des objectifs légitimes ou non à atteindre. Où se situera notre part de responsabilité et qu’elles seront les conséquences létales, légales et morales ? Nous jouons déjà depuis plus d’un mois dans un film de série gros «  » pour budget au coût deux milliards de dollars par jour de tournage et dans lequel un fervent metteur en scène, le Secrétaire américain à la Défense, déclare brutalement et naïvement : « Il faut de l’argent pour tuer les méchants  ». Il demande alors 200 milliards de dollars de plus pour le faire et pouvoir utiliser encore plus d’IA. Quant à Trump, le producteur en faillite, il réclame 1 500 milliards au Congrès et implore Dieu – lui-même – pour sauver son film d’horreur sur sa « guerre sacro-sainte » contre les animaux et les tarés … Cependant, il n’a pas d’argent* pour les programmes de santé Medicare et Médicaid venant en aide aux personnes âgées et aux plus démunies. * « In Trump We Don’t Ttrust » –

Big IA vous a à l’œil

Adieu, veau, vache, cochon, vie privée et liberté individuelle car nous sommes fichés, filmés et catalogués du berceau au tombeau – version contemporaine : du landau à l’urne –. Quoique nous pensions, affirmions et où que nous nous trouvions, nous sommes sous surveillance constante. Avec l’aide des multitudes de caméras de surveillance assistées de l’IA au service de la reconnaissance faciale à des fins de contrôle social et d’ostracisation comme en Chine et en Russie. En plus de la surveillance numérique des GAFAM – pensons aux programmes Prism de la CIA et XKeyscore de la NSA dénoncés par Snowden – et de leur collecte massive de données sur nos vies privées et publiques. À savoir nos aspirations et préoccupations sociales, nos allégeances politiques, nos appartenances à des causes et ce que nous préférons manger, boire, lire, écouter, et avec qui et dans quelle circonstance. Sans oublier la surveillance dans les milieux de loisir et de travail ou celle tentaculaire exercée par les réseaux sociaux par l’entremise d’un torrent de plateformes, Instagram, Facebook, X (Twitter), de commerce en ligne Amazon, eBay et de streaming tel YouTube, etc. –Votre grand frère vous surveille pour assurer votre protection. Merci d’accepter qu’il ne soit pas essentiel que vous contrôliez votre propre vie puisque nous le faisons déjà. Bienvenue chez vous ! Vous êtes maintenant à votre nouveau village global « Dystopia » et n’oubliez-pas : le libre arbitre conduit à l’adversité, votre identité numérique est votre seule identité, la surveillance c’est la liberté et votre devise est maintenant : «  Bonjour chez vous !  » –

L’IA – Un univers aux portes du paradis et des fosses de l’enfer

À l’évidence, nous venons d’entrer dans une ère d’innovation et d’inquiétude face à l’arrivée de l’IA. Elle a rapidement tracé sa voie insidieuse, tumultueuse et elle est déjà utilisée, sans manuel d’instructions, par des millions de personnes. Nous ne sommes qu’à ses balbutiements, mais l’on sait déjà qu’elle occupera une place centrale dans notre développement. Elle apportera une riche contribution dans de nombreux domaines comme la climatologie, l’éducation, l’ingénierie, la médecine, la robotique etc. Malheureusement, elle participera au perfectionnent d’armes létales tels des robots tueurs et à déterminera des cibles militaires. L’IA représente à la fois un levier pour les États et un gigantesque marché pour les entreprises de technologies. Mais, nous ne devrons pas commettre les mêmes erreurs qu’avec l’arrivée d’internet et attendre plus de 20 ans avant de se doter d’un début de règlementation. Nous en payons d’ailleurs un fort prix avec la dérive des réseaux sociaux et les problèmes d’addiction et sa litanie d’intimidation, de désinformation et d’infiltration dans les débats politiques et le fonctionnement des institutions ; et cela en toute impunité ou presque. Depuis sa venue, nous assistons à une contamination pestilentielle de deapfakes, ces hypertrucages déformant la réalité, corrompant les contenus du web et nous plongeant dans un maelstrom de fumisteries et où le chaos semble se complaire en toute liberté.

L’IA– Un défi monumental pour l’humanité

Nous devrons impérativement faire nos devoirs. Comment affronter la déferlante mondiale de l’Intelligence Artificielle et corriger ses déviances, répondre aux inquiétudes légitimes et multiplier les débats fondamentaux sur les questions éthiques. Et surtout, nous doter d’un solide cadre juridique « planétaire » afin de tracer les frontières de son utilisation et faire en sorte que les autocrates ne puissent en prendre possession à des fins criminelles. En terminant, trois choses devraient nous préoccuper au plus haut point. D’abord, comment réussirons-nous à contrer la brutalité fanatique et répressive des droites autoritaires carburant à la censure, à l’obscurantisme et au sectarisme ? Comment allons-nous parvenir à intégrer à la marche du monde les nombreux pays qui ne disposent pas à ce moment-ci des ressources humaines et matérielles à l’implantation de l’IA ? En troisième lieu, si nous n’y prenons pas garde, le web et les réseaux sociaux se transformeront en véritables poubelles virtuelles débordantes d’algorithmes en folie et expurgées des réalités factuelles et historiques et dont la science serait bannie au profit de croyances ineptes telles celles des antivax et des créationnistes. Ainsi, nous pourrions alors être précipités dans un univers complètement dystopique. Et, qu’à force d’être à la fois surinformé dans notre instantanéité obsessionnelle et sans cesse envahi par des campagnes de désinformation et de manipulation, nous finirons par douter de tout et deviendrons incapables de distinguer le « vrai du faux ». Nous risquons alors d’être en état de siège plongés au cœur d’une sombre et dévastatrice pandémie existentielle atteints du virus de la déraison chaotique, en manque d’empathie, de sens et de vérité contribuant à l’effondrement de notre civilisation. – Finalement, peut-être que la terre et l’univers ne s’en porteront que mieux. –

«  Le développement d’une intelligence artificielle complète pourrait signer la fin de l’humanité. » Stephen Hawking