15 janvier 1919 : Rosa Luxemburg et Karl Liebknecht sont assassinés
Cette semaine dans l’histoire de la classe ouvrière
Phil Butland dans The Left Berlin
13/01/2026

Manifestation de 1978 en mémoire de Karl Liebknecht et Rosa Luxemburg. Photo : Joachim Spremberg, CC-BY-SA 3.0
Dans la soirée du 15 janvier 1919, les leaders révolutionnaires Rosa Luxemburg et Karl Liebknecht ont été assassinés. Le coup de feu a été tiré par des membres du Freikorps, qui allait plus tard devenir le parti nazi d’Hitler, sous l’ordre tacite de Gustav Noske, membre du SPD, ministre de la Défense et commandant en chef civil après l’abdication de l’empereur Guillaume II. Luxemburg et Liebknecht avaient tous deux récemment été membres du SPD, Liebknecht occupant même un siège de député au sein de ce parti.
La défaite de l’Allemagne lors de la Première Guerre mondiale en 1918 a déclenché un soulèvement parmi les ouvriers et les soldats désabusés, inspirés par la révolution russe. Le 9 novembre, Liebknecht proclama une république socialiste libre, appelant à « Tout le pouvoir aux soviets ! », tandis que le leader du SPD, Philipp Scheidemann, proclamait une république bourgeoise. Cela conduisit à une période de double pouvoir entre le parlement dirigé par le SPD et les conseils ouvriers, avec le Spartakusbund de Liebknecht et Luxemburg jouant un rôle actif.
La veille de Noël, les marins qui occupaient le palais du Kaiser furent attaqués par les troupes fidèles au parlement, puis Emil Eichhorn, qui était à la fois chef de la police et révolutionnaire, fut limogé. Le soulèvement spartakiste eut lieu le 5 janvier, le lendemain du limogeage d’Eichhorn, dans une prise de pouvoir prématurée, avant que le pays ne soit prêt pour la révolution. L’État saisit cette occasion pour se venger, laissant les Freikorps sévir.
Luxemburg et Liebknecht furent capturés par la division de cavalerie GKSD des Freikorps. Tous deux furent frappés à la tête avec la crosse d’un fusil, puis Liebknecht fut conduit au Tiergarten. La voiture s’arrêta et on lui ordonna de continuer à pied. Un soldat lui tira dans le dos, prétendant qu’il tentait de s’échapper. Luxemburg fut abattue dans sa voiture par Hermann Souchon, un officier du GKSD, qui sauta sur le marchepied. Son corps fut jeté dans le canal Landwehr et ne fut découvert que plusieurs mois plus tard.
La révolution allemande fut finalement écrasée, ouvrant la voie à la montée en puissance des nazis ; même les dirigeants du SPD qui avaient contribué à réprimer la révolution périrent plus tard dans les camps de concentration. Pourtant, le soulèvement et ses deux leaders inspirants continuent de résonner. Les derniers mots de Luxemburg proclamaient : « Votre « ordre » est bâti sur du sable. Demain, la révolution « se soulèvera à nouveau, faisant s’entrechoquer ses armes », et à votre grand effroi, elle proclamera au son des trompettes : « J’étais, je suis, je serai ! »
