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Iran : Si la conscience collective reste éveillée, aucune rafale ne peut la réduire au silence

Texte commun de quatre prisonnières politiques iraniennes publié par SSTI (Solidarité Socialiste avec les Travailleurs d’Iran)

lundi 6 avril 2026, par IRAEE GolrokhJALALIAN ZeinabMORADI VarishehYAHYAVI Maryam

Zeinab Jalalian, Varisheh Moradi, Golrokh Iraee et Maryam Yahyavi.

« Quarante jours ont passé —
quarante jours comme une pluie de cendres sur les épaules du monde,
quarante nuits où la mémoire, telle une veilleuse fragile, refuse de s’éteindre —
depuis l’instant où un peuple s’est levé pour vivre
et où la mort lui fut jetée au visage.

Ces mots ne sont ni plainte ni élégie.
Ils sont le souffle retenu d’une vérité ancienne,
une braise enfouie dans les gorges,
ravivée chaque fois que la menace tente de l’ensevelir.

Ici, la parole naît au bord du silence,
comme une fleur dans la fissure d’un mur.
Les mots sont jugés avant d’avoir un visage,
et les questions, à peine esquissées,
sont déjà chargées de faute.

Les rues portent la mémoire du sang.
Elles bruissent des tables désertées,
des fractures profondes qui labourent les vies,
du souffle brisé d’une génération
dont l’avenir se dissout,
dans la cherté des jours, l’absence de travail, l’injustice tenace.

Rien n’est venu comme l’orage.
Tout s’est accumulé, goutte à goutte,
comme une mer lente et sombre :
le pain qui se retire des mains,
les pères qui avalent leur nuit,
les rêves d’enfants coupés avant même l’aube.

Alors le cri s’est levé —
immense, irrépressible —
plus vaste que les murs, plus fort que les silences imposés.

Voici notre chant :
des corps debout dans le vent, les mains nues,
tenant la justice comme on protège une flamme vacillante.
Et pour toute réponse :
le fracas des rafales —
aveu brutal de la peur du pouvoir
devant une voix devenue impossible à ensevelir.

Les balles ont traversé les corps,
mais c’est le lien du monde qui s’est fissuré.
Car l’injustice ne naît pas dans l’éclair du tir :
elle grandit dans les années muettes,
là où la parole devient menace,
là où la justice s’efface en promesse creuse.

Quarante jours ont passé —
et la question demeure, suspendue comme une étoile blessée :
pourquoi faut-il payer le droit de vivre
au prix du sang ?

Leur mémoire n’est pas un souvenir :
elle est une lumière dure,
une étoile plantée dans la nuit,
mesure brûlante de l’écart entre ce qui est et ce qui doit naître.

Un monde où parler ne serait pas un crime,
où se lever ne serait pas mourir,
où le pouvoir apprendrait enfin
à répondre au peuple.

Le quarantième jour n’est pas la fin du deuil —
c’est une aube tremblante,
un serment murmuré dans l’ombre :
continuer,
questionner,
tenir,
bâtir.

Bâtir une terre où la liberté
ne serait plus une faveur fragile,
mais la source même du jour.

Tant que la conscience veille —
comme une flamme obstinée dans la nuit —
aucune rafale,
ni le fer, ni la peur,
ne pourra l’éteindre. »

Zeinab Jalalian, prison de Yazd
Varisheh Moradi, prison d’Evin
Golrokh Iraee, prison d’Evin
Maryam Yahyavi, Téhéran