UN ANTIFASCISME TRES AMBIGU… post de Daniel Tanuro
Sollicité il y a qq semaines pour signer l’appel à la Conférence antifasciste de Porto Alegre, j’ai décliné l’invitation. Le texte de l’appel en question me semblait inadéquat, parce qu’oriente uniquement contre la montée fasciste en Occident… Or, selon moi, un mouvement antifasciste mondial ne peut pas se taire sur la Russie, ou un régime authentiquement neofasciste est solidement installé au pouvoir depuis une quinzaine d’années et mene une guerre d’agression de type colonial.
La declaration adoptée au terme de la conférence (Lien en commentaire) va malheureusement encore plus loin dans la voie tracee par l’appel: elle est quasi-explicitement campiste. Le témoignage du camarade italien dans le texte ci-dessous (un camarade qui avait signé, lui) me confirme dans l’idée que j’ai bien fait de m’abstenir! Non seulement le régime de Poutine n’est pas dénonce, mais en plus la Déclaration n’a pas un mot de soutien pour les dizaines de milliers de victimes de la répression par le regime des mollahs, en Iran. Pourquoi? Parce que l’Iran est alliée à la Russie et à la Chine, bien évidemment…
On comprend aisément que, en Amérique latine, la menace neofasciste s’incarne dans Kast, Bolsonaro, Millei, Bukele et autres admirateurs de Trump. Mais on ne peut construire un mouvement mondial contre le neofascisme uniquement sur cette base-la. Il suffit de voir la connivence entre Trump et Poutine dans le soutien a l’extreme-droite européenne, et la complicite de Trump avec la lutte de Poutine contre les droits du peuple ukrainien, pour le comprendre.
Comme dit le camarade italien auteur du bilan de Porto Alegre (voirhttps://www.reseau-bastille.org/2026/03/31/conference-de-porto-alegre-premiers-recits-consternants/ ): l’internationalisme, ce n’est pas vraiment cela...
Une gauche antifasciste ? Gilbert Dumas
J’avoue pour ma part avoir un peu de mal à considérer comme une gauche antifasciste
- des gens qui ne savent pas faire la différence entre le régime de Macron ( démocratie libérale) et un régime dictatorial la Chine où les opposants se font tirer dessus ou sont en prison
- des gens qui renvoient dos à dos russes et ulrainiens dans la responsabilité de la guerre
- des gens qui considèrent Zelenski comme un fasciste au service de la stratégie belliciste de l’impérialisme USA et qui ne disent pas un mot du féroce régime de Poutine qui est une dictature violente et mafieuse où les opposants sont en prison en exil, ou assassinés des gens.( Peut-être croient-ils encore qu’il y a une once de socialisme en Russie et en Chine !!! )
- des gens qui condamnent le réarmement des pays de l’UE membres ou non de l’Otan, mais qui ne condamnent pas le réarmement russe engagé depuis 2008 avec 40 % de son budget consacré à la guerre
- des gens qui ne font pas campagne pour la libération d’un journaliste français qui couvre le foot emprisonné depuis des mois en Algérie
- des gens qui n’ont pas d’empathie pour le peuple iranien en NE dénonçant QUE l’agression des USA et du régime d’extrême droite israélien et qui ont du mal à dénoncer la dictature religieuse criminelle d e la théocratie-autocratie des mollahs iraniens
- des gens qui n’ont pas dit un mot lorsque près de 5 à 6 millions de Vénézueliens ont fui le formidable « régime sociialiste ». Et cette population a fui la misère et la dictature pour subir ensuite les violences du régime de Trump avec sa milice de type fasciste ICE. Mais peut-être étaient-ils manipulés par l’impérialisme US !
etc….
Bref, c’est le retour des staliniens et des néo staliniens Peut-être peut-on relancer les débats entre trotskystes : la Russie Etat socialiste dégénéré ou dictature bureaucratique ou autre encore… Mais en fait on s’en fout
Ces régimes sont des dictatures antidémocratiques où des salauds s’enrichissent, avec un verbiage tiers – mondiste, au détriment de leur peuple et de tous les peuples du tiers monde qu’ils pillent autant que les anciennes puissances coloniales. La Chine le fait de façon plus soft que la Russie. Mais pour les campistes ce n’est pas de l’impérialisme ; sans doute serait ce un soutien économique aux peuples du tiers monde pillés pendant des années par l’occident capitaliste et colonialiste? C’est ce que la gauche anti -impérialiste a toujours dénoncé. Aujourd’hui il faut AUSSI dénoncer les autres impérialistes issus des bureaucraties dites « communistes » qui sont des dictatures plus féroces encore pour leurs peuples et qui se sont particulièrement bien adaptées à l’enrichissement capitaliste comme des trusts américains du capitalisme sauvage de la fin du XIXème siècle !
Mais ces débats ne sont pas complètement nouveaux. Dans les années 1950 il ya eu des débats sur les non alignés avec la conférence de Bandung puis la Tricontinentale où d’une certaine manière se jouait déjà la question du « campisme »
Il nous faut construire une Internationale anticapitaliste, anti -impérialiste, écologiste, féministe et antifasciste pour la souveraineté des peuples et le libre choix de leur système politique, économique, diplomatique et militaire. Et cela avec les gauches qui partagent ces valeurs pour ne pas introduire de la confusion.
Mais un tel regroupement n’empêcherait pas de participer aussi à des initiatives contre Trump et l’impérialisme américain avec des campistes, mais alors sur bases précises.
Il ne s’agit pas de fuir ces conférences, au contraire, mais d’y imposer des délégations d’ ukrainiens d’opposants russes, iraniens ; mais pour autant, il faut ne pas être à la traîne d’un regroupement campiste même si aujourd’hui les campistes semblent majoritaires dans les peuples du Sud . Il faut aussi créer une autre réunion internationale qui regroupe la gauche qui dénoncent tous les impérialismes et tous les états totalitaires et qui soutient des états démocratiques laïques où l’ensemble des droits et libertés sont encore respectés.
Je pense que la question se pose notamment pour les militant-e-s iranien-ne-s autour de « Femmes , Vie , Liberté ». La gauche campiste dans sa juste dénonciation des guerres impérialistes de Netanyahou et Trump qui sont à la tête des régimes d’extrême droite ou proto-fascisants oublie de dénoncer la dictature sanguinaire et théocratique des mollahs.
Et cela avec un argument facile » c’est au peuple iranien de décider » argument juste principiellement, mais qui rompt avec l’internationalisme. Aurions-nous dit cela quand l’Espagne républicaine résistait à Franco ? « C’est au peuple espagnol de choisir » C’est ce que disait Blum qui était comme les Anglais pour la non intervention en espagne mais la gauche de Zyromski, les Pivertistes ou le PCF disaient qu’il fallait livrer des armes à l’Espagne
Il faut soutenir la résistance des peuples en lutte contre le colonialisme , les fascismes et les dictatures religieuses, quelle que soit la religion…! Et ce soutien , cette solidarité passe par un soutien politique en faisant pression sur nos Etats pour qu’ils aident ces résistances, qu’ils prennent des sanctions etc. Elle passe par le soutien à la lutte armée comme le fit une partie de la gauche qui soutenaient, en 1936, la résistance du Frente Popular contre le coup d’état franquiste , soutenu par l’église espagnole, Hitler et Mussolini qui, eux, ont pratiqué l’intervention directe avec armes et bombardements. Elle passe par le soutien financier aux syndicats indépendants, aux mouvements sociaux indépendants; elle passe aussi par le combat à gauche pour sortir du campisme et avoir des positions universelles qui ne soient pas à géométrie variable. (…..)
La question de l’Iran est encore plus complexe mais la boussole anti-impérialisme occidental ( USA, Israël , Europe dans un engagement plus modéré, ..) nous empêche d‘entendre une opposition iranienne qui en a marre du régime dictatorial des mollahs.
A Lyon, les syndicats ( FSU , CGT , Solidaires, UNSA, CNT et aussi FO…) ont essayé de faire un rassemblement devant l’Hôtel de ville avec les iraniens de » Femmes Vie Liberté », pour dire « ni mollah ni retour du fils du shah, » pour dénoncer et l’impérialisme américains et les bombardements qui touchent ( comme en Palestine) la population civile. Mais il n’ y avait pas beaucoup d’Iraniens, la diaspora lyonnaise étant très encadrée par ceux qui souhaite le retour de Pahlavi Nous étions une petite cinquantaine.
QUEL INTERNATIONALISME POUR LUTTER CONTRE LE FASCISME ?
| 02/04/2026 | https://www.gaucheanticapitaliste.org/dossier-quel-internationalisme-pour-lutter-contre-le-fascisme/
Gauche Anticapitaliste

La Conférence internationale antifasciste vient de se tenir à Porto Alegre. A cette occasion, nous publions ci-dessous l’adresse que nous avons envoyée au comité organisateur de l’évènement afin de leur faire part de nos réserves quant au silence sur le régime de Poutine dans le fascisme contemporain, ainsi qu’à la trop faible considération pour les régimes autoritaires non directement « fascistes » que le néolibéralisme déclinant impose (par exemple la Chine). Nous joignons à cette adresse la déclaration finale de la conférence de Porto Alegre, qui confirme nos critiques, ainsi que deux textes de bilan, respectivement rédigés par Ivan Drury Zarin pour Solidarity (section étatsunienne de la Quatrième Internationale) et Sergio Bellavita, militant politique et social italien, qui signalent le succès de l’évènement, mais qui pointent chacun les impasses de l’orientation parfois « campiste » de l’initiative. Ces textes se veulent une contribution au débat, pour la construction d’un antifascisme internationaliste, solidaire des peuples en lutte contre toutes les formes de fascisme. ( Ils se trouvent dans un article précédent du site https://www.reseau-bastille.org/2026/03/31/conference-de-porto-alegre-premiers-recits-consternants/ )
Camarades,
La montée de l’extrême-droite, l’impunité des fauteurs de guerres d’agression impérialiste et la banalisation des crimes contre l’humanité suscitent l’inquiétude et la mobilisation des forces de gauche dans le monde entier.
Dans ce contexte, comme beaucoup d’autres organisations et individus, nous avons marqué notre intérêt pour les thèmes – antifascisme et antiimpérialisme – mis en avant dans la conférence internationale de Porto Alegre, dont vous avez pris l’initiative. Un échange international d’analyses et d’expériences est en effet nécessaire.
A cet égard, votre appel au renforcement de l’action antifasciste et anti-imperialiste soulève dans les milieux militants de gauche et internationalistes des questions que nous pensons nécessaire de vous communiquer.
Une première question découle du constat que les axes communs autour desquels s’organise la montée globale de l’extrême-droite sont incarnés régionalement par différents appareils politico-étatiques, et pas seulement par l’alliance criminelle entre Trump et le génocidaire Netanyahou, seul cas concret cité dans votre Appel.
Il est évident que l’impérialisme US incarne la menace neofasciste et impérialiste sur l’ensemble du continent américain, mais d’autres situations sont plus complexes. En Europe, l’extrême-droite (Fratelli d’Italia, Alternative für Deutschland, Rassemblement national francais, Fidesz hongrois, Fico en Slovaquie, Babis en Tchéquie, notamment) est appuyée conjointement par Trump et par le régime néofasciste de Vladimir Poutine. Celui-ci est solidement établi depuis 26 ans, ayant réduit au silence et réprimé les opposants démocratique (tandis que Trump reste contesté par des forces populaires, par des syndicalistes aussi bien que par les journées de mobilisation No King…).
Votre Appel ne mentionne pas cette réalité. Or, il est important de la nommer car il est clair, depuis le discours de JD Vance à Munich en 2025, que Trump et Poutine ont un projet qui peut de facto converger: le partage de l’Europe en zones d’influence dominées toutes deux par des régimes autoritaires, porteurs avec des variantes plus ou moins mineures — selon les spécificités historiques des formations sociales «nationales» – des idéologies réactionnaires que vous dénoncez dans votre appel.
Le peuple ukrainien est un pion dans un jeu cynique de rivalité et de complicité entre grandes puissances. Un Appel mondial comme le vôtre ne devrait pas l’ignorer car sa résistance – en particulier celle de ladite société civile – à la guerre impérialiste russe (et au néoliberalisme de Zelensky) est un élément clé du combat antifasciste et anti-imperialiste aujourd’hui. Pas plus que celle du peuple palestinien, cette résistance ne peut être passée sous silence. Un Appel peut être compris — du point de vue des tâches politiques – plus par ce qu’il ne dit pas que par ce qu’il se limite à affirmer. Nous pensons qu’il faut dire: En Ukraine comme en Palestine, l’occupation est un crime.
La deuxième question est plus générale. Nous pensons que la montée du fascisme serait mieux saisie dans le cadre d’une analyse non seulement politique et sociale, mais aussi économique. Il y a en effet une tendance du capitalisme néolibéral à imposer partout des formes étatiques et gouvernementales autoritaires, pour défendre les profits, assurer la dynamique d’accumulation du capital et la défense des profits, dans un contexte de compétition internationale accrue.
Cette tendance est plus large que le seul développement des organisations fascistes ou fascisantes. Ainsi, la Chine n’est pas « fasciste », mais l’absence de syndicats et l’efficacité capitaliste de son régime de contrôle policier intégral, comme ses options en termes d’armement, suscitent l’envie des capitalistes du monde entier. L’Arabie saoudite et les États du Golfe montrent d’autres régimes despotiques qui offrent leurs services en jouant sur les rivalités-complicités entre les trois grandes puissances.
Nous pensons que cette situation doit être analysée dans sa globalité, car la lutte pour les droits humains est indivisible. Cela plaide pour choisir explicitement et résolument la voie d’un internationalisme par en-bas. Un internationalisme qui nomme tous les principaux ennemis de tous les peuples. Un internationalisme solidaire de toutes les luttes pour les droits démocratiques et sociaux, contre toutes les exploitations et toutes les oppressions.
Le bureau de la Gauche anticapitaliste, le vendredi 27 mars 2026
