Conférence de Porto Alegre (Brésil) –
L’« Unité des peuples contre le fascisme » est un concept glissant dans la pratique : une réflexion sur le « campisme » parmi nous

lundi 30 mars 2026, par DRURY ZARIN Ivan
Après une première journée bien remplie de réunions, de discussions et de tables rondes stimulantes, au cours desquelles des militant.e.s révolutionnaires de différents pays, engagé.e.s dans différentes luttes, ont partagé et confronté leurs idées, la table ronde de fin de journée a été un choc. Des intervenant.e.s ont appelé à faire taire les critiques à l’encontre du gouvernement Maduro au Venezuela, ont dénoncé l’Ukraine pour avoir massacré des Russes dans l’est du pays et, plus alarmant encore, ont qualifié les jeunes manifestant.e.s en Iran d’agents de Hollywood qui auraient subi un lavage de cerveau. Bien qu’il n’y ait pas eu de possibilité de répondre, d’autres intervenant.e.s sur le même podium avaient anticipé ces propos et les ont contrés par une critique antifasciste, anti-impérialiste et féministe cohérente.
Sommaire
Ce qui est apparu clairement, c’est la fracture profonde qui court sous le « l’unité des peuples contre le fascisme », titre de cette table ronde et thème central de la conférence antifasciste de Porto Alegre. Entend-on par là l’unité des peuples en lutte ? Y compris lorsqu’ils s’opposent aux mêmes États que ceux qui sont la cible de l’impérialisme américain ? Ou bien l’unité des peuples doit-elle être organisée par le biais des États-nations qui prétendent les représenter ?
Par une manœuvre « campiste », les « peuples » sont réduits aux formes bien ordonnées définies par les États-nations. Blanca Eekhout, députée et présidente de l’Institut Simon Bolivar au Venezuela, a illustré cette approche lorsqu’elle a déclaré, dans un message vidéo : « Il est impossible de lutter contre l’impérialisme et de le vaincre sans l’unité des peuples. Pas une unité qui répète les mensonges de la presse impérialiste, mais une unité réelle, profonde… C’est cette solidarité qui peut vaincre le fascisme. » Avec une telle « unité profonde », aucune dissidence ni critique ne peut s’inscrire dans le soutien aux États contre l’impérialisme. Il ne peut y avoir de grain dans la texture de notre coopération : l’unité profonde doit être une unité sans aspérité, une unité polie comme une pierre taillée et lissée.
Photo : Rafael Bernabe en train de s’exprimer
Est-ce de l’antifascisme ? Est-ce de l’anti-impérialisme ? Le délégué cubain ne le pensait pas. Fernando Rojas, de la Casa de las Américas de La Havane, a également appelé à l’unité, mais au sens de « lignes d’intégration » entre les lieux et les mouvements, dans l’intérêt de « notre propre existence et de nos propres luttes ». Son bref discours, rédigé avant qu’il n’ait pu prendre connaissance de la situation au Venezuela, se lisait comme une critique des demandes de soutien inconditionnel. Rojas a déclaré : « La défense de Cuba doit être militante : ni aveugle, ni artificiellement douce, mais militante. Il existe des exemples concrets de solidarité, comme cette conférence. Nous sommes ici non seulement pour recevoir du soutien, mais aussi pour un échange critique. Nous consacrons du temps à ce travail. »
Nous sommes ici face à un problème d’ordre programmatique. L’unité [l’indentification] peuples-États implique que la répression d’État est légitime et indispensable à l’existence d’un corps unifié, ce qu’il est impossible d’accepter et qui exige de mettre notre incrédulité de côté. C’est également un problème philosophique. Si nous devons accepter des formules rigides à la place d’une recherche minutieuse, et la rhétorique et les slogans à la place de la pensée critique, alors nous serons désarmés face à la montée d’un nouveau fascisme. Le fascisme n’est pas intelligent, mais nous devons être intelligents pour le comprendre et le combattre.
Le lendemain matin et tout au long de la deuxième journée de la conférence, j’ai discuté avec plusieurs personnes de cette table ronde sur « l’unité ». Un camarade de Porto Rico a fait remarquer que cela mettait en évidence la nécessité d’une discussion et d’un débat, sans quoi les divergences qui se cachent derrière nos slogans en faveur de l’unité risqueraient d’affaiblir cette coalition dont nous avons désespérément besoin. J’ai décidé de me concentrer sur ce problème dans ce compte-rendu afin d’apporter une contribution à cette discussion, dans le but d’approfondir nos unités, de mieux nous comprendre, et aussi de travailler sur le problème de l’action. Je crains qu’une unité si large qu’elle inclut à la fois les États et les peuples qu’ils répriment ne soit pas une coalition capable d’une action stratégique commune contre le fascisme et l’impérialisme.
La défense « antifasciste » de Poutine
Il n’y eut qu’un seul intervenant au panel « L’unité des peuples » pour soutenir l’invasion de l’Ukraine par Poutine, et il y participait en tant qu’intervenant invité et non en tant que membre à part entière du panel ; néanmoins, l’insensibilité avec laquelle il a affirmé que c’est l’Ukraine qui massacre les Russes, et non l’inverse, a frappé par son culot.
Ce qu’il a dit n’est pas nouveau, c’est un argument de Poutine, et cela s’inscrit dans la logique générale de l’argumentation contre la guerre d’autodéfense menée par l’Ukraine. Et cela reflétait les sentiments d’un important courant de pensée politique au sein de la conférence antifasciste.
Plus tôt dans la soirée, Rafael Bernabe, ancien sénateur de Porto Rico, avait abordé ce problème. « Au nom de notre lutte contre l’impérialisme américain, nous ne pouvons pas nous permettre d’ignorer la répression, la brutalité et la complicité d’autres États », a-t-il déclaré. « Nous condamnons Israël pour le génocide en Palestine. Et nous condamnons également la Fédération de Russie pour son invasion militaire et son agression en Ukraine. Et nous condamnons la brutalité théocratique et autoritaire du gouvernement iranien contre son peuple. » Et il a ajouté : « Nous connaissons les arguments contre notre position : que Poutine réagissait à l’encerclement de la Russie. Mais cet encerclement est le produit de la rivalité entre puissances impérialistes, les visées impérialistes de la Russie sur l’Ukraine constituent un aspect de cette rivalité. Et certains disent que le gouvernement de Zelensky est un gouvernement capitaliste de droite. C’est pourquoi nous ne les soutenons pas, mais soutenons la lutte du peuple ukrainien pour sa souveraineté. Nous affirmons que les droits syndicaux, la liberté de réunion et d’association, le droit de grève, les droits et libertés des femmes : ce ne sont pas des valeurs occidentales. Ce sont des valeurs défendues par la classe ouvrière internationale. »
Sushovan Dhar, du Comité pour l’abolition de la dette illégitime (CADTM) Inde, a fait valoir qu’unir l’antifascisme international à des États répressifs et se ranger derrière eux est une fausse piste. Dhar a déclaré : « Alors que nous luttons contre l’impérialisme, nous devons veiller à ne pas créer de nouveaux impérialismes. La multipolarité est un contrepoids à l’ordre mondial actuel établi par les États-Unis, certes. Mais nous offre-t-elle une voie différente vers un avenir meilleur ? Non. Regardez les BRICS. » Il a ajouté : « Ce groupe est composé de pays dont les dirigeants ne respectent ni les droits des peuples ni les droits démocratiques, et dont les économies reposent sur l’extractivisme. Ces pays ne nous sortiront pas du piège impérialiste et capitaliste dans lequel nous sommes pris. »
Rafael Bernabe a déclaré qu’une unité sans critique renvoie également l’action politique et la prise de décision aux gouvernements des États dits progressistes, qui sont occupés à gérer les pressions de Trump dans l’intérêt de maintenir leurs propres économies capitalistes. Cela revient à subordonner la défense des pays directement attaqués aux caprices de leurs anciens alliés. Bernabe a déclaré : « La solidarité avec Cuba doit également concerner les gouvernements dits progressistes. En cédant à la pression de Trump, qui exige d’arrêter les livraisons de pétrole à Cuba, ils pensent gagner du temps et s’attirer les faveurs de Trump. Mais en laissant Trump contrôler leurs actions et attaquer Cuba, ils ne font que confirmer leur faiblesse face à l’agression de Trump. »
Lors d’une table ronde organisée le deuxième jour, Eric Toussaint a déclaré que l’ancien clivage « pour ou contre les États-Unis » avait moins de sens que jamais, compte tenu du bouleversement de l’organisation du pouvoir mondial. « Trump a déclaré vouloir convaincre Poutine de cesser de coopérer avec la Chine », a déclaré Toussaint. « Pour lui, les relations avec la Russie visent à réduire l’influence de la Chine. Trump a dit : “Laissez-moi faire ce que je veux avec l’Iran et Cuba, qui sont vos alliés, et je vous laisserai tranquilles pour l’Ukraine. »
Vasyl, un syndicaliste ukrainien, a déclaré : « L’Ukraine a été soumise au contrôle des grandes puissances parce qu’elle possède également de nombreuses ressources naturelles : du gaz, des minéraux, ainsi que des produits agricoles et des terres. La guerre menée par la Russie vise à dominer les terres et les ressources de l’Ukraine. Et aujourd’hui, nous voyons que Trump est lui aussi avide des ressources de ce pays. » La Constitution ukrainienne stipule que les ressources de la nation doivent être détenues et exploitées par le peuple. En réalité, a déclaré Vasyl, « ce n’est pas ainsi que cela se passe ». Les grands groupes contrôlent et tirent profit de l’exploitation des ressources du peuple ukrainien. Il est désormais nécessaire de défendre la souveraineté de l’Ukraine contre l’agression russe, car la conquête des terres ukrainiennes par la Russie interromprait et ferait reculer encore davantage les luttes de classe contre le pouvoir des grands groupes, qu’ils soient européens, américains ou ukrainiens.
Il est vrai que les impérialistes américains et européens ont leurs propres visées sur les richesses énergétiques et la souveraineté de l’Ukraine, mais cela ne signifie pas que les socialistes d’ailleurs doivent se désintéresser de la guerre d’autodétermination nationale ukrainienne. Au contraire, cela exige une solidarité avec la classe ouvrière ukrainienne, quelle que soit la forme que prend sa lutte, compte tenu des pressions impérialistes auxquelles elle est confrontée de toutes parts.
Sacrifier les femmes pour défendre l’Iran
Plus scandaleuse encore fut la présence à la table ronde de Hossein Khaliloo, du Centre de dialogue Iman Al Mahdi au Brésil, en tant qu’ambassadeur informel de la République islamique d’Iran. Khaliloo a déclaré que l’impérialisme américain avait pénétré en Iran « par l’économie, par la culture, par le cinéma, afin de s’immiscer dans l’esprit de la nouvelle génération ».
Faisant référence aux manifestations de masse de décembre et janvier, qui ont été réprimées dans le sang par les forces gouvernementales et les Gardiens de la Révolution, Khaliloo a accusé Hollywood de coloniser les esprits des jeunes Iranien.ne.s. Selon lui, après une exposition prolongée à la culture et au cinéma « impérialistes et sionistes », « la culture impérialiste se développe dans le pays ».
Bien sûr, la propagande culturelle de masse jaillit des usines culturelles américaines.
Mais l’argument selon lequel ces idées s’enracinent et corrompent l’esprit des jeunes est idéaliste. Les gens font usage des produits culturels par leur propre activité ; comme agents historiques, ils interprètent et remodèlent eux-mêmes les produits culturels . La culture ne façonne pas le monde de manière uniforme, descendante et conspirationniste. L’idée que les gens sont des marionnettes manipulées par un vaste appareil culturel trouve ses racines à la fois dans la politique autoritaire et dans le patriarcat, et conduit à des théories du complot antisémites. La vérité est plus complexe, car elle exige des forces anti-impérialistes et socialistes qu’elles s’attaquent aux contradictions fondamentales de la société, y compris à leur expression et à leur réitération sur le plan culturel. Si les idées ne contribuent pas à la compréhension ou à la résolution des contradictions, elles ne peuvent s’enraciner.
Le même intervenant qui a repris l’argument poutiniste sur l’Ukraine a également renchéri sur les propos de Khaliloo selon lesquels les soulèvements en Iran trouvent leur origine dans l’intervention étrangère.
Feignant d’être dérouté par le fait que quelqu’un puisse critiquer l’Iran pour avoir criminalisé, discipliné et, il y a quelques semaines à peine, massacré des femmes, il a déclaré que 60 % des étudiants en médecine iraniens sont des femmes. C’était, de toute évidence, son argument pour prouver que, quelle que soit l’idéologie du gouvernement, les femmes ne sont pas vraiment opprimées en Iran. Il est impossible que quelqu’un qui prend au sérieux les fondements patriarcaux du fascisme et du capitalisme puisse tenir de tels propos.
Bien qu’elle se soit exprimée avant eux, Patricia Pol, d’Attac en France, a présenté une critique féministe de cette mise au rebut des femmes au nom de l’anti-impérialisme. Pol a déclaré : « La dynamique sociale qui permet à Trump, Bolsonaro, Millei et Netanyahou de développer des politiques et des mesures fascistes est la misogynie. Nous ne pouvons pas lutter contre le fascisme sans lutter contre le patriarcat. » Elle a ajouté : « Nous avons besoin d’une guerre contre la guerre. D’une guerre contre le sexisme. Une guerre contre le fascisme. » Les mouvements sociaux féministes, a-t-elle dit, doivent se construire au sein des foyers et contre eux, dans les rues, sur les lieux de travail et au sein des mouvements, avec persévérance et indépendamment de la popularité des slogans féministes — en particulier lorsque la politique féministe est attaquée — afin de contrer l’offensive patriarcale. Cela implique de placer au centre les mouvements de libération des femmes dans les pays ciblés par l’impérialisme, en tant qu’éléments constitutifs de la lutte anti-impérialiste militante. »
Nous pouvons parler, mais pouvons-nous agir ?
Quelques mois avant le début de la conférence, j’ai contacté d’autres groupes socialistes aux États-Unis et au Canada et les ai encouragés à soutenir la conférence et à y envoyer des participant.e.s. Certains ont répondu avec hésitation, affirmant avoir entendu dire qu’elle était dirigée par des « campistes », des groupes qui soutiennent Poutine contre l’Ukraine et apportent un soutien politique à Maduro, et qu’ils ne souhaitaient donc pas y aller.
C’est pourquoi je n’ai pas été surpris d’entendre ces propos lors d’une des conférences principales, même si j’avoue que l’ampleur du soutien, notamment envers le gouvernement iranien, m’a choqué. Solidarity était au courant de ces dynamiques et a décidé d’y aller quand même, car nous savions également que de nombreux groupes s’y rendaient, en particulier ceux affiliés à la Quatrième Internationale, qui soutiennent les mouvements populaires contre leurs gouvernements, même lorsque ces derniers sont également en conflit avec les États-Unis.
Les critères d’inclusion trop larges de la conférence antifasciste n’ont pas empêché des discussions de qualité et des critiques incisives et sincères. Il a été encourageant de se retrouver parmi tant de penseurs critiques, curieux et militants. Mais se retrouver à la même table que des partis qui réfléchissent aux besoins pratiques des membres des BRICS, ou des gens qui soutiennent dogmatiquement n’importe quel gouvernement attaqué par les États-Unis, a ses limites en matière de stratégie et d’action. Et il y a des questions politiques et stratégiques difficiles auxquelles il faut répondre d’ici la fin de cette conférence. Outre les engagements en faveur de la construction d’un mouvement de masse féministe, antiraciste, pro-migrant.es, pro-LGBTQ+ et antifasciste, je voudrais que la conférence adopte une résolution appelant le Brésil et le Mexique à fournir du pétrole à Cuba. Je veux la solidarité avec la Palestine contre Israël et avec l’Ukraine contre la Russie. Je veux une déclaration qui rejette la guerre des États-Unis contre l’Iran, tout en tendant la main dans un élan de solidarité politique à la classe ouvrière et aux nationalités opprimées en Iran.
Cela semble peu probable. Alors, quelles actions stratégiques pouvons-nous mener ? Et quelles formes d’organisation pouvons-nous utiliser, si l’ensemble de cette assemblée ne peut pas agir efficacement de manière unie ? Il me semble qu’il faut davantage de discussions, axées sur l’action commune et les stratégies pour affronter efficacement les attaques impérialistes coordonnées contre notre monde. Mais pour parvenir à l’unité nécessaire afin d’aller au-delà de la discussion et de mener une action commune, nous devrons être clairs sur le fait que les États et leurs défenseurs ne peuvent pas faire partie de l’unité de nos peuples contre le fascisme.
Ivan Drury Zarin
P.-S.
• Traduit pour ESSF par Pierre Vandevoorde avec l’aide de Deeplpro.
Source – Solidarity. Posted March 30, 2026 :
https://solidarity-us.org/peoples-unity-against-fascism-is-slippery-in-action-a-reflection-on-campism-in-our-midst/#comment-383855
UN PAS EN AVANT ET DEUX EN ARRIÈRE

Séance présidée par Manon Aubry (LFI France)
La première conférence internationale antifasciste de Porto Alegre
par Sergio Bellavita, militant politique et social italien
C’est par une longue étreinte collective sur la scène de l’amphithéâtre Atos de l’université de Porto Alegre que s’achève la première conférence internationale antifasciste. Un pari gagné en termes de participation à ces quatre jours de débats : des délégations venues de plus de 40 pays et une forte présence de jeunes de la gauche brésilienne et argentine, de collectifs, de syndicalistes et d’organisations politiques et militantes, sans oublier la présence historique de camarades qui ont joué un rôle important dans les mouvements qui avait pris son essor précisément à Porto Alegre.
La tentative de renouer les liens d’un espace politique et d’un mouvement international dans une phase aussi complexe et dramatique que celle que nous traversons actuellement a été globalement couronnée de succès. L’antifascisme a permis d’aborder tous les thèmes d’actualité, du retour de la guerre à grande échelle au génocide palestinien, en passant par la recrudescence brutale de l’impérialisme, la montée mondiale de l’extrême droite et, avec elle, l’attaque contre les droits civils, les droits du travail, la condition des femmes et la démocratie elle-même.
Cependant, une partie importante des interventions a préféré recourir largement à la rhétorique et aux slogans plutôt qu’à une analyse rigoureuse et à une approche autocritique du rôle joué par la gauche au cours des dernières décennies.
Certaines interventions ont heureusement tenté d’ouvrir une discussion sur la rupture profonde entre les mouvements populaires qui ont permis les victoires électorales de la gauche et les politiques des gouvernements. La rupture de la gauche avec sa propre base est précisément l’un des facteurs de la croissance vertigineuse de l’extrême droite. Un processus qui, comme cela a été dénoncé, concerne l’ensemble de l’Amérique du Sud.
Si l’on exclut ces tentatives d’aborder la dureté de l’époque en tenant compte de notre insuffisance, personne n’a cherché à définir des termes tels que l’antifascisme et l’anti-impérialisme.
Qu’entend-on par fascisme aujourd’hui ? Quelles caractéristiques en définissent le périmètre ? Comment se construit l’antifascisme ?
Sur tout cela, on a préféré passer sous silence, en mettant en avant les aspects identitaires et autoréférentiels, la symbolique, au prix d’une occultation d’une réalité bien plus vaste et complexe que celle souhaitée.
Et c’est précisément dans ce fossé entre la réalité et les désirs que s’est installée la limite flagrante de la conférence.
Le document final dénonce en détail et de manière presque entièrement partageable les atrocités de la phase actuelle, de l’agression contre l’Iran à l’enlèvement de Maduro, des crimes d’Israël à l’étranglement de Cuba, mais il occulte la guerre impérialiste de Poutine et le massacre des manifestants iraniens par le régime des ayatollahs.
Nous ne sommes pas face à un oubli innocent, encore moins à un choix neutre impossible. Occulter la guerre en Ukraine, qui entre dans sa cinquième année de barbarie, la plus longue guerre au cœur de l’Europe depuis la Seconde Guerre mondiale avec ses deux millions de morts, apparaît comme le reflet obsolète et incompréhensible d’une proximité, dépourvue de tout contenu progressiste et au contraire inquiétante, avec le gouvernement despotique de Poutine.
Si l’antifascisme est l’antithèse de l’oppression de genre et des régimes autoritaires, pour quelle raison ne s’exprime-t-on pas de solidarité envers les manifestants iraniens qui réclament la liberté et qui sont tués par milliers ? Sans préjudice de la condamnation sans équivoque de l’agression impérialiste de Trump contre l’Iran.
Malheureusement, plus que l’antifascisme, le ciment de la conférence semble être devenu l’anti-occidentalisme. La méthode des quatre jours devrait également être profondément revue. On a demandé aux plus de mille participants aux plénières et aux débats de ne jouer que le rôle de public. Interventions préétablies, débats tout prêts… Jamais un espace ouvert : même le document final a été lu rapidement au milieu des embrassades sur scène.
Ce n’est pas ainsi que l’on construit la participation dont nous avons besoin, si l’on veut être une véritable alternative à la droite. Si le défi de l’organisation de la conférence a été relevé et a marqué un pas en avant, comme au jeu de l’oie, les positions finales l’ont fait reculer de deux cases.-
Traduction ML
Texte de la déclaration finale
