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Italie. La victoire du « non » à la réforme judiciaire renforce l’importance de la manifestation  » No Kings » de samedi 28 mars.

par Fabrizio Burattini

Nous écrivons alors que les résultats sont quasi définitifs et nous enregistrons enfin une bonne nouvelle sur le front politique. Lors du référendum sur la réforme constitutionnelle de la magistrature, qui s’est déroulé hier et aujourd’hui, les 22 et 23 mars, le « non » à la réforme Nordio a triomphé du « oui » avec environ 2 millions de voix d’écart (en pourcentage, 53,8 contre 46,2). Même l’intervention inquiète de la Première ministre n’a pas suffi à sauver in extremis leur réforme (et donc cet élément important de leur contre-réforme constitutionnelle).

Nous ne reviendrons pas sur le fond de la réforme que ces résultats enterrent. Nous en avons déjà parlé.

Nous voulons ici tenter d’analyser ce résultat et essayer d’en interpréter les implications.

Bien sûr, la majorité de droite menée par Fratelli d’Italia perd et paie le prix de la crise dans laquelle elle tente de survivre tant bien que mal. Elle paie le prix d’une économie qui, malgré le dopage du PNRR (plan d’investissements UE. Ndt) et du « superbonus »,(crédits d’impôts importants pour la rénovation immobilière Ndt) n’a pas décollé, de prix toujours plus élevés et de salaires et de retraites de plus en plus dérisoires, d’une précarité non seulement professionnelle mais aussi, et de manière toujours plus dévastatrice, en matière de logement, de services sociaux (en particulier la santé) en pleine déliquescence, d’une insécurité géopolitique croissante, d’un sentiment de crise imminente, de la guerre explicitement menée par les « amis » politiques américains et israéliens de Giorgia Meloni.

Mais, comme nous l’avons affirmé à maintes reprises, la force résiduelle de la droite italienne trouve ses racines dans l’extrême faiblesse de la gauche, dans la fragmentation et la concurrence autoréférentielle de l’opposition parlementaire, dans l’attitude conciliante qui, bien que de manière disparate, a été pratiquée par tous les syndicats confédéraux. La CGIL critique la CISL pour son collusion avec le gouvernement Meloni, mais n’oublions pas que Landini semble n’avoir découvert que récemment le danger de la politique de droite et qu’il y a deux ans, il a offert à la présidente du Conseil et à sa démagogie la tribune du 19e congrès de la confédération de Corso d’Italia.

Quant à l’opposition, tirons un voile pudique sur cette partie du « large camp » (non seulement Italia Viva et Azione, mais aussi une partie de l’aile droite du PD) qui a décidé, « sur le fond de la réforme », de voter Oui, révélant ainsi son incohérence totale sur le plan qualitatif et politique.

Mais en ce qui concerne le « centre-gauche » ou quel que soit le nom qu’on lui donne, c’est-à-dire la somme du PD, du M5S et de l’AVS (Alliance des Verts et de la gauche Ndt), il saute aux yeux que les plus de 14 millions d’électrices et d’électeurs qui se sont prononcés pour le « non » lors du référendum dépassent de loin (même sans tenir compte des défections de Renzi, de Calenda et des « démocrates pour le oui ») les 11 millions 700 000 personnes qui, de manière dispersée, les ont soutenus par leur vote lors des élections législatives de septembre 2022.

Cette simple comparaison, brandie ce soir par les représentants du PD et du Mouvement 5 étoiles, est en réalité l’expression concrète de l’inadéquation politique de cette opposition, qui se manifeste par son incapacité à capter l’élan démocratique populaire et à le mettre à profit pour construire une opposition efficace face à la politique d’extrême droite et à ses projets antisociaux et autoritaires.

On l’avait déjà constaté l’automne dernier, lorsque des millions de personnes étaient descendues dans la rue, y compris en Italie, pour condamner la politique génocidaire et sanglante de Netanyahou, de Trump et de leurs complices européens à Gaza et au Moyen-Orient, et pour manifester leur solidarité avec la Global Sumud Flotilla, sur la base d’un rassemblement improvisé et convergent des syndicats de base, de la CGIL et de diverses autres associations, dans l’inertie totale des forces politiques. Une mobilisation grandiose que personne n’a réussi à organiser, à canaliser et à pérenniser, car personne n’était perçu comme politiquement habilité à la représenter.

Aujourd’hui, nous sommes à la veille d’un nouveau rendez-vous dans la rue, la manifestation nationale à Rome Together No Kings, « contre les rois et leurs guerres », avec pour mot d’ordre l’arrêt des politiques bellicistes en Italie et en Europe, contre le virage autoritaire du gouvernement Meloni (voir le récent et énième « décret sécurité »), contre les droites mondiales, pour construire une société plus juste, une économie de paix, de protection des droits, de l’environnement et des biens communs.

La guerre extérieure, que les « nouveaux rois » (les grandes élites financières et capitalistes et leurs représentants politiques) mènent, s’accompagne d’une « guerre intérieure », avec la répression des protestations et de la dissidence et le virage autoritaire des États et des institutions publiques. Pour eux, il s’agit de réaffirmer la domination du plus fort sur le plus faible, la prédominance des intérêts financiers sur la vie des personnes, sur la nature et sur les biens communs.

Aujourd’hui, cette manifestation, déjà annoncée depuis des semaines, après le succès du « non » au référendum, prend une autre dimension, encore plus importante. Le résultat du « non » ne doit pas être offert à une opposition institutionnelle qui ne le mérite pas. Ce résultat s’inscrit dans la continuité directe des importantes mobilisations sociales de ces derniers temps, celles contre le « décret sécurité », contre le réarmement et la guerre, et celles, massives, de l’automne dernier contre le génocide à Gaza, sans oublier la myriade de luttes territoriales, de conflits locaux, souvent sans voix au niveau national.

La manifestation sera nationale, mais aussi internationale, car toutes les grandes villes des États-Unis, Londres, Paris et plusieurs autres capitales européennes descendront simultanément dans la rue.

C’était de toute façon une manifestation importante pour toutes et tous, mais le résultat du vote la rend encore plus cruciale, pour empêcher que ne se disperse la grande poussée démocratique que le référendum a révélée et confirmée.

Repris de

Traduction ML