Idées et Sociétés, International, Politique et Social

L’anti-impérialisme des criminels. Témoignages (suites)

Le moment est grave. La confusion est à son comble. L’anti-fascisme, l’anti-impérialisme devient un masque pour les pires régimes, les pires organisations. Lorsque l’on nous explique que l’on doit faire l’unité avec « les campistes pro-poutiniens », avec les « mollahs iraniens » et autres fascistes criminels, la boussole de la « gauche » a perdu le Nord. Revenons aux définitions de bases, à la réalité de la lutte des classes, regroupons nous autour d’une politique de solidarité avec les opprimé.es et de lutte pour l’émancipation, l’égalité, la libération. Honte à ceux qui introduisent les fourriers du fascisme dans nos rangs. ML

Récit de l’intérieur de la manifestation du 14/03 – à propos du cortège des pro-Khamenei

Nous nous sommes retrouvés ce samedi 14/03, afin de défiler contre le racisme, les fascistes et les violences d’État. Nous n’avions pas de cortège Golem, nous étions alors avec nos amies, nos proches, parfois d’autres collectifs.

Pourtant, dès notre arrivée sur la place de la Nation, nous avons été particulièrement mal à l’aise : un cortège pro-Mollahs s’était positionné sur la place, aux cris de « Vive l’Iran, vive les Mollahs » et « Morts aux traîtres à la Nation », faisant flotter de nombreux drapeaux de la République Islamique d’Iran et arborant des pancartes « Khamenei Again ».

Nous donnons le témoignage de militants et militantes antiracistes et antifascistes parisiens, actifs dans différents collectifs, syndicats et associations : tous ou presque membres de Golem par ailleurs.

Témoignage de Noah 

Dès que je vois leur cortège en arrivant, je m’approche, voir ce qu’il se passe exactement : quelques personnes semblent protester un peu contre leur présence à voix basse, puis détournent le regard.

D’autres questionnent plus directement la présence de soutiens de la République islamique, allant notamment voir les cortèges de la Ligue de la Jeunesse Révolutionnaire et de la Fédération Syndicale Etudiante qui semblent entretenir une proximité avec eux. Pas de chance : un Service d’Ordre d’une vingtaine d’hommes, visages dissimulés, se détache alors du cortège pro-Mollahs pour aller leur intimer de déguerpir. Parmi eux, l’influenceur pseudo journaliste Shahin Hazamy, fervent soutien du régime iranien, et antisémite qu’on connait malheureusement bien.

J’appelle des amis au téléphone, j’envoie des messages et vais voir des camarades d’autres organisations : beaucoup ne savent même pas reconnaitre les drapeaux de la République Islamique, mais sont révoltés quand je leur apprends. D’autres me disent que c’est dégueulasse mais tracent leurs routes. On finit par se donner rendez-vous avec quelques amis.

Un peu plus loin, le semblant de SO unitaire semble essayer de gérer une bagarre et l’agencement des cortèges. De ce que je vois, un groupe de militants pro-Shah est derrière une ligne de police et provoque le cortège pro-Mollahs. On assiste à quelque chose qu’on ne comprend pas bien : le cortège d’Urgence Palestine semble se pousser avec celui des pro-Khamenei. Il semblerait que ce soit pour une question d’agencement, pour ne pas se faire doubler.

Par la suite, on tente de se greffer à un petit groupe qui crie des slogans contre eux. On espère pouvoir créer une réaction et les dégager ou, au pire, essayer et créer du grabuge. Malheureusement, je devrais me contenter de participer à la manifestation antifasciste la plus fasciste que j’ai vu, sans cordon sanitaire pour nous distinguer de leur cortège…

Témoignage de Sarah 

Aucune solidarité à la Marche des Solidarités. Accointance ou lâcheté, on en vient vraiment à se poser la question. Défiler à une manifestation antifasciste avec des fascistes… 

J’arrive place de la Nation et je me demande si ce que je vois est réel, si je ne me suis pas trompée de manif. On était seul.e.s face à un groupe d’hommes en noir très intimidants, drapeaux de la République Islamique, portraits de Khamenei et pancartes « Gloire aux martyrs » à la main.

Il y a eu une seule femme pleine de courage qui s’est mise face à eux et a crié « Ni Shah ni Mollah » pendant près de 15 minutes. Nous étions là en soutien au cas où il lui arrivait quelque chose. Ils l’intimidaient, lui collaient le portrait de Khamenei devant son visage et lui disaient « casse-toi », « ta gueule ». Elle s’est faite poussée et déguerpir très vite. Une jeune fille qui se mettait devant tous ceux qui essayaient de venir les interpeller. Elle prenait leur défense. Je l’entends un moment dire « tu peux pas me toucher, je suis une femme, tu vas faire quoi ? », et c’est là que je suis arrivée et que j’ai dit « je suis une femme, il y a quoi ? ». On a fait un tête-tête.  Il y avait beaucoup de tension. On voulait se frapper, on nous a séparées. Puis quelques minutes après, plus loin, une bande de 4 filles dont elle, viennent me voir. « C’est toi qui a fait un tête tête avec ma cousine ? ». Et « sale pute, chienne, tu pues, je te démarre, je te baise, viens on va plus loin, touche moi à peine t’es morte ».

Ça allait partir en bagarre mais je suis restée très calme car je savais qu’avec les 50 pro-mollah derrière, mieux valait ne pas bouger. 

Personne n’a rien fait. Personne n’a viré ces gens. Nous avons défilé avec eux et j’en suis profondément choquée. Je me sentais tellement mal à l’aise et pas à ma place. On est parti.e.s essayer de chercher de l’aide et des forces mais personne pour virer les fachos à la manif anti-fachos.

Témoignage de Ruben 

Des camarades m’avaient prévenu mais je n’arrivais pas vraiment à y croire. J’ai encore une fois été naïf. Les pro-Mollah sont bien là… Je deviens fou. Nous ne sommes pas assez pour les virer. Je tente de recruter du monde. Je préviens les manifestants. C’est un cortège pro-Mollah. C’est des fascistes. Il faut les dégager. Les gens ne comprennent pas bien ce qui se passe. Tout le monde s’en fout de l’Iran. Ils ne savent pas reconnaitre le drapeau de la République islamique et de toute façon, il y a aussi des drapeaux palestiniens donc c’est forcément des camarades. 

Je vais voir Révolution Permanente placé juste devant. Peut être qu’ils comprendront la nécessité de virer le cortège « Khameini again ». « Oui c’est n’importe quoi mais on ne peut rien faire ». Je me rends compte de l’absurdité de la situation. Tenter de virer un cortège d’islamistes iraniens avec ceux qui n’ont de cesse de me traiter de « sioniste » sur ma fac. Je repère un gros contingent de Lutte Ouvrière et je cours les voir. « C’est des connards mais c’est certainement pas nous qui allons les virer » me répond leur SO. Nathalie Arthaud m’interpelle : « c’est des pro mollah ? ». « Oui ». Elle pince les lèvres avec dégout et ne répond rien. La discipline de parti prime sur l’antifascisme apparement. 

Le SO syndical me balance une excuse : « il y a du grabuge devant avec les flics. C’est là qu’on va ». Une militante d’Europalestine m’interpelle « Vous avez un problème ». Je lui demande si elle soutient les gardiens de la révolution qui ont tiré sur le peuple désarmé et assassinés 35 000 manifestants en quelques jours. « Je suis iranienne, je sais ce qui est le mieux pour mon pays ». Est-ce que les antifascistes doivent vraiment accueillir tous les groupes fascistes du Moyen Orient ? Les pro Hamas, les pro Hezbollah, les pro Erdogan, les pro Khameini ? 

Conclusion

Dans une manifestation antiraciste, il est inconcevable que des camarades se sentent mal à l’aise ou soient en danger. Au regard de cette manifestation, nous adressons toute notre solidarité envers ces camarades, particulièrement aux groupes Iraniens et à toutes les minorités qui sont la cible du Régime islamique.Depuis, plusieurs communiqués de dénonciation sont sortis sur les réseaux mais pas assez. Se revendiquer de l’antifascisme et de l’antiracisme est une chose : il s’agit ensuite d’incarner au mieux ses idées dans la pratique. Reconstruire un cordon sanitaire : dénoncer les organisations ayant participé à cette infiltration fasciste. Notre anti-impérialisme ne sera jamais celui de ceux qui sacrifient les minorités, les femmes et les droits de l’Homme.