Idées et Sociétés, International, Politique et Social

La lutte héroïque du peuple ukrainien contre l’envahisseur russe est l’ épine dorsale de la lutte mondiale des peuples contre l’impérialisme

A-t-on saisi que la lutte du peuple ukrainien contre l’envahisseur russe est devenue l’épine dorsale de la lutte mondiale des peuples contre l’impérialisme ?

L’hégémonie des ÉU comme gendarme du monde s’est grandement affaibli par suite de ses défaites cuisantes au Moyen-Orient et de la montée en puissance techno-économique de la Chine devenant un nouvel impérialisme. Les grandes et moyennes puissances tentent de se tailler une place dans l’émergence d’un colonialisme renouvelé se traduisant par une redivision du monde en zones d’influence quand ce n’est pas en tentatives d’en revenir aux colonies d’antan. Les victoires des peuples irakien et afghan, malheureusement sous direction réactionnaire pour ne pas dire barbare en Afghanistan, ont ébranlé les colonnes du temple. La donne mondiale en est devenue fluide comme elle l’était avant la Deuxième guerre mondiale.

Face à l’envahisseur russe le binôme américano-israélien guerroie pour saisir le centre du monde
Sous Trump, les ÉU tentent, en s’appuyant sur le génocidaire gouvernement israélien et dans une moindre mesure sur les royautés absolues du Golfe arabo-persique apeurées par les conséquences, de reprendre pied au Moyen-Orient, centre géostratégique et pétrogazier du grand continent euro-asiatique si ce n’est mondial. On y perçoit le parti-pris trumpien tous azimuts pour l’extractivisme fossile aux dépens de celui tout-électrique du rival chinois. La consolidation de cette tentative étatsunienne de contrôler le centre du monde passe par la mise au pas de l’Iran jusqu’à et y compris la guerre à dénoncer de toute urgence malgré la confusion politique d’une partie de la diaspora iranienne pro-Pahlavi qui soutient les bombardements israélo-étatsuniens.

Cette puissance moyenne religio-fasciste, affaiblie par la défaite de ses alliés syrien, libanais et palestinien, n’arrive à se maintenir à flots, malgré une base réactionnaire réelle, que par un massacre de sa population suffoquant au sein d’une économie en perdition et écrasée par une répression assassine. Tout en dénonçant la guerre des ÉU et d’Israël contre l’Iran qui permettrait soit au régime de se maintenir si ce n’est se consolider soit au régime militariste pro-américain Pahlavi de revenir, la gauche ne peut que soutenir par ailleurs la lutte héroïque du peuple iranien contre son gouvernement barbare et qui en plus subit les bombardements étatsuniens et israéliens.

Les points chauds du globe ne manquent pas mais ils sont démocratiquement bloqués
Ce ne sont pas les points chauds du globe qui manquent. Il y a le Soudan où s’enlise une guerre civile confinant au génocide, encore une fois, au Darfour et où s’immiscent les pays du Golfe et l’Égypte sous l’œil des grandes puissances qui s’y lorgnent. Pensons à cette guerre permanente dans la région des Grands lacs africains où s’affrontent par pays africains interposés les ÉU et la Chine pour le contrôle des mines de minerais indispensables aux filières batterie et militaire. Au Sahel jusqu’au Nigéria, le pays le plus peuplé de l’Afrique, les milices islamistes font la pluie et le beau temps dans une large zone où les intérêts de la Russie, de la France et des ÉU sont malmenés avec la Chine en embuscade. En Asie du Sud-Est, la Birmanie est plongée dans une guerre civile depuis 2021 suite au coup d’État de l’armée, soutenue surtout par la Russie et par la Chine jouant au faux arbitre entre les belligérants. Quant à l’alliance multinationale de lutte armée issue du renversé gouvernement élu et des petites armées des minorités nationales, l’Occident la soutient à peine, surtout pas par les armes dont elle aurait rudement besoin.

L’évolution des rapports de forces dans ces points chauds soit ne modifierait pas les zones d’influence au départ flous des uns et des autres dans un sens progressiste, soit ne laisse voir aucun débouché démocratique sur un horizon prévisible. Cette pénible réalité ne justifie en rien un refus de solidarité que ce soit par exemple aux forces démocratiques birmanes et aux comités de base soudanais qui ne sont pas disparus. On ne peut non plus excuser l’abandon humanitaire de leurs populations par les États riches — on connaît le sous-financement devenu chronique des organismes d’aide humanitaire de l’ONU — peu poussés par leurs populations à la compassion et à la justice internationale. Peut-on s’y attendre de la part de gouvernements qui cautionnent le génocide sioniste et des populations qui y sont atones ?

L’envahissement de l’Ukraine démarque clairement la contradiction impérialiste central
Tel n’est pas le cas de la tentative de recolonisation militariste de l’Ukraine par une Russie émergeant amochée de l’éclatement de l’URSS. La Russie crypto-fasciste de Poutine a manifesté depuis le tout début de son règne sa volonté de reconstituer son empire construit sous le tsarisme et élargi sous le stalinisme. La guerre d’écrasement de la Tchétchénie annonçait la suite des choses en Géorgie et en Biélorussie. Mais la Russie sans l’Ukraine, la « petite Russie », c’est l’équivalent du Canada sans le Québec. Tant que le gouvernement ukrainien penchait vers la Russie aux dépens de l’Union européenne (UE), son indépendance était tolérable. Quand le peuple ukrainien, en 2014, a renversé ce gouvernement mal élu pour en élire un nouveau nationaliste, avec ses bons et mauvais côtés, et pro-UE, puis un nouveau (Zelenski) au départ plus réconciliateur mais refusant la dépendance tout en étant aussi perclus de néolibéralisme et de corruption oligarchique, c’en était trop pour le régime poutinien.

Il a envahi l’Ukraine qu’il dit fasciste, oubliant de se regarder dans le miroir, lui qui fédère une grande partie de la mouvance néo-fasciste ce que minimise le prochain rassemblement antifasciste de Porto Alegre au Brésil. L’Ukraine ne pourrait prétendre au droit à l’autodétermination, selon Poutine, parce que ces « petits frères » font partie de la grande nation russe — idem pour le Québec au sein du grand Canada dixit sa Constitution. Décontenancée par la résistance courageuse et inattendue du peuple ukrainien qui a forcé la main de son gouvernement et dont elle attendait un accueil à bras ouverts, la Russie de Poutine, tout en terrorisant et en frigorifiant les villes ukrainiennes et en russifiant les territoires occupés y compris en exportant des enfants en Russie, envoie à l’abattoir les plus pauvres des Russes et surtout les citoyens non-russes dont la misère est monnayée. Ce carnage arrive à grignoter la ténacité de l’armée ukrainienne que Trump refuse de soutenir en armes, sauf si elles sont achetées par surtout la Grande-Bretagne et l’Allemagne. Trump cherche à ouvrir la Russie aux intérêts économiques étatsuniens tout en l’arrachant à l’alliance chinoise alors que l’anticipée promenade militaire devenue une longue guerre meurtrière déployant de grandes armées a transformé l’économie russe en économie de guerre la rendant dépendante comme jamais de la Chine et par là renforçant l’alliance stratégique Russie-Chine.

Où se situe le maillon faible en ces temps où impérialisme se conjugue avec néofascisme ?
La gauche internationaliste cherche par définition à vaincre la résurgence de l’impérialisme. Dans la conjoncture actuelle cette lutte mondiale se quasi confond avec la lutte contre le néofascisme qui définit à géométrie variable toutes les grandes puissances (ÉU, Chine, Russie, Inde) et bon nombre de puissances moyennes (Israël, Iran, Turquie, Arabie saoudite) sans compter que cette idéologie imprègne et menace de plus en plus les pays du vieil impérialisme. Où est le maillon faible de ce gigantesque combat sans la victoire duquel est inévitable le dérapage de l’humanité dans l’enfer de la terre-étuve ? La question n’en est pas une morale à savoir où réside le maximum de souffrance, ce qui ouvre la porte à des comparaisons odieuses, mais une stratégique à savoir quelle lutte anti-impérialiste spécifique peut le plus facilement faire reculer l’impérialisme mondial.

Une victoire anti-impérialiste de type afghan ou irakien mène à cet égard à un cul-de-sac réactionnaire malgré l’impact bénéfique à court-terme de l’arrêt de la guerre qui bien souvent reprend de plus belle avec de nouveaux belligérants. Un renversement du fascisme chiite iranien au bénéfice du clan Pahlavi, ce qui est loin d’être prédéterminé malgré la grande faiblesse des alternatives démocratiques à soutenir, serait tourner en rond même s’il ne faudrait pas minimiser à court terme la fin des massacres. Débarrassé du dictateur Khadafi, la Libye est-elle mieux en point aujourd’hui ? Les soulèvements dans le monde arabe depuis 2010 vont-ils resurgir, après avoir été écrasés ou pervertis, pour enfin contrer le binôme Israël-ÉU ? À voir, la situation y reste explosive à tous les égards mais il ne semble pas y avoir de signes en ce sens malgré la grande instabilité de la région charnière du monde. Idem pour la Birmanie malgré la bravoure et les succès tactiques des insurgé-e-s. Quant aux drames de l’Afrique noire, on assiste plutôt au pourrissement des conflits ou à des débouchés en cul-de-sac

Le point de départ de la lutte anti-impérialiste d’aujourd’hui est la lutte pour la démocratie
La lutte anti-impérialisme d’antan se menait de facto en faveur de forces néo-staliniennes ou nationalistes de gauche ce qui n’a jamais empêché la mobilisation anti-impérialiste même si ce fut avec beaucoup d’illusions que ce soit, par exemple, l’Algérie, le Vietnam, l’Afrique portugaise ou l’Amérique centrale. C’est justement cette domination du champ politique de gauche par le néostalinisme et la social-démocratie qui par des chemins sinueux a menée à la domination de la politique mondiale par la droite de plus en plus extrême. C’est là le point de départ de la lutte anti-impérialiste d’aujourd’hui. Dans cette nuit noire entre-luit le gouvernement démocratique ukrainien, néolibéral, corrompu et aux prises avec les pressions droitières de ces soutiens financiers et militaires. Il est appuyé par une population majoritairement mobilisée, même si épuisée, mais de plus en plus critique à son égard comme l’a révélé la récente mobilisation contre sa corruption.

La gauche organisée socialement et politiquement est fort réduite mais elle a pignon sur rue et est en développement depuis la grande invasion de 2022 contrairement à la Russie néo-fasciste où elle est emprisonnée, clandestine et exilée. Voilà où trouver le point d’appui de la lutte anti-impérialiste d’aujourd’hui si fragile soit-il. Si la priorité hier était de tout faire pour arrêter le génocide sioniste-étatsunien en Palestine, qui continue larvé comme celui en Ukraine particulièrement dans les zones occupées, l’heure est venue de braquer le projecteur sur l’Ukraine. Cette priorisation n’empêche pas de continuer, tant s’en faut, de réclamer la fin des exportations d’armes à Israël, directement ou en passant par les ÉU, du libre-échange avec lui dont le bureau d’affaires avec le Québec, et des dons jouissant de remises fiscales.

Renoncer, sans militarisme, à l’anti-impérialisme de jadis dont la cible était les ÉU et ses alliés
La tâche paraît à première vue plus facile parce que les gouvernements « occidentaux », sauf les ÉU ce qui n’est pas peu dire, dont celui canadien appuient le gouvernement ukrainien. C’est en fait là la difficulté car cet appui conduit à la passivité militante qui permet, à contrario, au campisme de se costumer en antimilitarisme quand ce n’est pas se doter d’une façade révolutionnaire contre « notre impérialisme » de l’OTAN. Celui-ci, certainement en pointe génocidaire en Palestine, aurait forcé ou excuserait la Russie pour sa guerre alors que c’est elle qui a finalement sauvé et renforcé l’OTAN en perdition. L’OTAN ne voulait rien savoir d’admettre l’Ukraine dans ses rangs malgré une momentanée velléité étatsunienne refusée en bloc par ses alliés européens étant donné les risques. Cette mascarade n’est même pas nécessaire pour le plat pacifisme de la coalition québécoise Échec à la guerre. Ce campisme confond peu ou prou anti-impérialisme avec anti-américanisme faisant fi de la transformation mondiale de l’hégémonie étatsunienne en pluri-impérialisme dont les ÉU restent toutefois le chef de file. C’est d’ailleurs la perte d’hégémonie des ÉU, autant sinon plus que le trumpisme suprémaciste blanc, qui fait des ÉU une superpuissance enragée et aventureuse.

La tactique centrale de la gauche campiste et pacifiste est de dénoncer les hausses substantielles des dépenses militaires que n’ont pas raté de faire les pays européens et le Canada dont le but réel est de booster une économie enlisée qui ne redémarre pas et qui se noie dans une spéculation billionnaire, gavée à l’Intelligence artificielle, à la veille de crever. Le prétexte du danger russe est problématique pour l’Europe et ridicule pour le Canada menacé de devenir le 51e état des ÉU. Dans la mesure où effectivement danger il y a, en particulier pour les pays d’Europe de l’Est, surtout baltiques, et du Nord, la défense antirusse la plus efficace est justement de soutenir à fond l’Ukraine pour non seulement que la Russie ne gagne pas mais que l’Ukraine gagne. Une victoire russe serait un signal aux autres grandes puissances tentées de conquérir des pays plus faibles. La Chine, en particulier, interpréterait le laisser-faire étatsunien envers la Russie comme un encouragement pour mettre la main sur Taïwan. Vice-versa, nul doute que l’actuel guerre d’anéantissement contre l’Iran décourage le soutien à l’Ukraine.

Ce soutien réclame peut-être une augmentation des dépenses militaires — alors il faut la faire financer par les riches et leurs entreprises et non sur le dos des dépenses sociales — mais il faudrait commencer par arrêter net les exportations d’armes à Israël et même à tous les autres pays surtout au Moyen-Orient, dont plusieurs usent contre leurs propres peuples ou ceux voisins, afin de tout canaliser vers l’Ukraine. À commencer par des armes anti-aériennes efficaces pour mettre fin aux barbares bombardements des infrastructures énergétiques quitte à les acheter aux ÉU s’il le faut. Chose certaine, la soi-disant paix trumpienne ne serait qu’un arrêt momentané de la guerre sans retrait des troupes russes et sans remettre en question l’économie de guerre russe devenue la planche de salut de Poutine. Si Trump n’a pas pu jusqu’ici imposer sa pseudo paix à l’Ukraine, contrairement à la fausse paix trumpienne imposée à la Palestine, c’est que le gouvernement et le peuple ukrainiens sont encore debout et non pas des victimes impuissantes.

Exiger un soutien de gouvernement à gouvernement mais surtout en bâtir un de peuple à peuple
Dans ce contexte, la tâche de la gauche anti-impérialiste est double. D’un, faire pression sur leurs gouvernements pour qu’ils accentuent l’aide financière, humanitaire et militaire au gouvernement ukrainien, pour qu’ils fassent pression sur le gouvernement trumpien afin qu’il reprenne son soutien surtout militaire et non s’en servir comme une occasion d’enrichissement, pour que ces gouvernements renoncent à tout endettement et annulent les dettes déjà contractées. Quoi de plus cynique que d’endetter un pays luttant pour son existence contre un envahisseur néofasciste ! Ce macabre cynisme illustre la substantifique moelle du capitalisme : l’accumulation sans entrave du capital. Les pays occidentaux doivent hausser le soutien à l’Ukraine au même niveau que l’ex URSS et la Chine maoïste l’ont fait vis-à-vis le Vietnam ce qui n’a pas peu contribué à sa victoire de petit pays pauvre contre l’hégémon étatsunien d’alors.

De deux, construire des liens de peuple à peuple, de parti de gauche à parti de gauche, de mouvements féministe et étudiant à ceux ukrainiens et surtout de même au niveau syndical. Dans maints pays européens, dont la France, des centrales syndicales ou des coalitions syndicales organisent des convois de soutien à leurs semblables en Ukraine et parviennent à organiser des manifestations qui pour l’instant restent modestes. C’est au prorata de la mobilisation de la gauche sociale et politique ukrainienne, qui ne cesse de se renforcer depuis le début de l’invasion, appuyée par la gauche mondiale, que les politiques démobilisantes du gouvernement Zelensky sont et seront battues en brèche. Non seulement la résistance pourrait ainsi aboutir à une république démocratique mais aussi sociale. Pour cet appui, au Québec tout est à faire. Ces convois syndicaux se combinent avec des visites réciproques débouchant sur des tournées qui contribuent à désintoxiquer le peuple-travailleur vis-à-vis la propagande russe prétendant au nazisme ukrainien, à la volonté de paix poutiniste, à l’unicité du grand peuple russe, à son anti-américanisme masqué en anti-impérialisme. Cette nécessaire désintoxication ne signifie pas qu’il n’y a pas à faire des critiques solides au nationalisme ukrainien comme d’ailleurs à celui québécois. Qui aime bien châtie bien… mais il faut d’abord aimer par une solidarité sans faille.

Marc Bonhomme, 1er mars 2026
www.marcbonhomme.com 
bonmarc1@gmail.com
https://www.pressegauche.org/La-lutte-heroique-du-peuple-ukrainien-contre-l-envahisseur-russe