
Member states of the United Nations Human Rights Council
À l’attention des États membres du Conseil des droits de l’homme des Nations unies
Vos Excellences,
Nous, organisations de la société civile soussignées, exhortons le Conseil des droits de l’homme des Nations unies à convoquer d’urgence une session extraordinaire d’urgence afin de faire face à une escalade sans précédent de tueries massives et illégales de manifestants, dans un contexte de coupure d’Internet en vigueur depuis le 8 janvier, imposée afin de dissimuler de graves violations des droits humains et des crimes au regard du droit international commis par les autorités iraniennes.
Depuis la fin du mois de décembre, une campagne de répression meurtrière en constante intensification, visant à écraser un soulèvement majoritairement pacifique, a conduit à des massacres de manifestants lors des opérations de dispersion des rassemblements, le nombre de morts s’élevant à des milliers, y compris selon des déclarations officielles. Il n’est pas possible d’établir le nombre réel de victimes au moment de la rédaction, compte tenu de l’ampleur sans précédent des tueries de masse depuis le 8 janvier et de la coupure continue d’Internet, qui a gravement entravé les communications avec l’extérieur ainsi que la capacité des organisations de défense des droits humains à recueillir, vérifier et corroborer les informations.
Des vidéos authentifiées et des informations crédibles reçues par nos organisations de la part de personnes se trouvant en Iran — notamment des journalistes, des professionnels de santé, des manifestants, des témoins oculaires et des proches de victimes — font état de pratiques généralisées consistant pour les forces de sécurité à se positionner dans les rues et sur les toits, d’où elles font usage répété de fusils et de fusils de chasse chargés de billes métalliques, visant des manifestants non armés, fréquemment à la tête et au torse. Selon des témoignages directs et des preuves audiovisuelles vérifiées, les établissements de santé sont submergés par l’afflux de blessés, tandis que des familles en détresse recherchent leurs proches disparus parmi des sacs mortuaires à proximité de morgues saturées et ont vu des corps entassés dans des pick-up, des conteneurs de fret ou des entrepôts.
Les éléments recueillis indiquent une escalade coordonnée à l’échelle nationale du recours illégal à la force, aux armes à feu et à d’autres armes prohibées par les forces de sécurité contre des manifestants et des passants majoritairement pacifiques depuis la soirée du 8 janvier, lorsque les manifestations ont pris de l’ampleur dans l’ensemble du pays. Les mécanismes de surveillance des droits humains avaient déjà documenté que, même avant cette intensification de la répression, les forces de sécurité avaient fait un usage illégal de fusils, de fusils de chasse chargés de billes métalliques, de canons à eau, de gaz lacrymogènes, ainsi que de violences physiques, entraînant la mort de dizaines de personnes. Des descentes dans des établissements hospitaliers — impliquant l’utilisation de gaz lacrymogènes, de fusils de chasse et des violences contre des patients, leurs proches et des personnels médicaux, ainsi que l’arrestation de manifestants blessés au sein même des structures de soins — ont également été documentées.
Dans le cadre de cette répression violente, les forces de sécurité ont en outre procédé à l’arrestation arbitraire de milliers de manifestants, y compris des enfants, et soumis nombre d’entre eux à des disparitions forcées et à des détentions au secret. Au regard des pratiques largement documentées lors de précédents mouvements de protestation, nous sommes gravement préoccupés par le risque
élevé de torture et d’autres formes de mauvais traitements, ainsi que d’exécutions arbitraires, auxquels sont exposées les personnes détenues.
Les organisations de la société civile soussignées craignent vivement que les autorités n’aient une nouvelle fois recours à des procès expéditifs ne présentant aucune des garanties d’une procédure judiciaire régulière, ainsi qu’à des exécutions arbitraires, afin d’écraser et de dissuader toute forme de dissidence. Les autorités étatiques ont qualifié les manifestants d’« émeutiers » et de « terroristes », appelant à une réponse sévère des forces de sécurité. Le chef du pouvoir judiciaire,Gholamhossein Mohseni Eje’i, a ordonné aux procureurs provinciaux de ne faire preuve d’« aucune indulgence » envers les manifestants et d’accélérer leurs poursuites. Des responsables ont également appelé à ce que les manifestants soient poursuivis pour des infractions passibles de la peine capitale, notamment pour « inimitié envers Dieu » (moharebeh), faisant craindre que les personnes arbitrairement détenues ne soient condamnées à mort.
Dans une déclaration publiée le 13 janvier, le Haut-Commissaire des Nations unies aux droits de l’homme, Volker Türk, s’est dit « horrifié par la violence croissante exercée par les forces de sécurité contre les manifestants à travers l’Iran », ajoutant que « ce cycle de violence atroce ne peut pas se poursuivre… Les homicides de manifestants pacifiques doivent cesser, et le fait de qualifier les manifestants de “terroristes” afin de justifier la violence exercée à leur encontre est inacceptable ».
Tragiquement pour le peuple iranien, cette dernière vague de massacres constitue l’aboutissement d’un schéma ancien et récurrent de répressions meurtrières contre des manifestations à l’échelle nationale, notamment lors des manifestations de novembre 2019 et du soulèvement « Femme, Vie, Liberté » de septembre à décembre 2022. Les enquêtes approfondies menées sur ce dernier ont conduit la Mission internationale indépendante d’établissement des faits sur la République islamique d’Iran à conclure que les autorités iraniennes avaient commis des crimes contre l’humanité, notamment le meurtre, l’emprisonnement, la torture, le viol et d’autres formes de violences sexuelles, la persécution, la disparition forcée et d’autres actes inhumains.
Nous exhortons les États membres des Nations unies à reconnaître que la commission répétée de violations graves des droits humains et de crimes au regard du droit international, y compris lors de vagues successives de manifestations en Iran, a été rendue possible par l’impunité enracinée et systémique dont bénéficient les responsables de ces crimes. L’absence de responsabilité pénale a encouragé les responsables iraniens à persister dans leurs agissements criminels et à recourir délibérément à des massacres de manifestants réclamant le respect des droits humains et de la dignité.
Dans ce contexte, le Conseil doit désormais agir de manière décisive en convoquant une session extraordinaire d’urgence et en adoptant une résolution forte, adressant un message sans équivoque aux autorités iraniennes : la spirale de violences et d’impunité doit cesser. Par le biais de cette session extraordinaire, le Conseil des droits de l’homme devrait veiller à ce que la vérité concernant ces graves violations des droits humains et ces crimes au regard du droit international soit établie et que les preuves soient préservées, en demandant à la Mission d’établissement des faits de mener une enquête urgente, en lui garantissant les ressources nécessaires à l’accomplissement de son mandat, et en lui demandant de formuler des recommandations sur des voies concrètes permettant de poursuivre une justice globale et de mettre fin à l’impunité qui alimente la politique étatique de répression meurtrière.
Le Conseil doit également réaffirmer les droits des personnes en Iran aux libertés d’opinion, d’expression, d’association et de réunion pacifique, ainsi que leur droit de participer librement et sur un pied d’égalité à la vie politique et publique de leur pays.
À cette fin, nous appelons le Conseil à :
- Prolonger le mandat de la Mission internationale indépendante d’établissement des faits sur la République islamique d’Iran, afin de permettre la poursuite des enquêtes sur la vague actuelle de répression meurtrière, et renouveler le mandat du Rapporteur spécial sur la situation des droits humains en Iran, dont le rôle demeure essentiel pour dialoguer avec les autorités de l’État, notamment sur les cas urgents de personnes exposées au risque d’exécution, de torture et d’autres violations graves des droits humains, et pour servir de voix visible en faveur de la promotion et de la protection des droits humains pour toutes et tous en Iran ;
- Demander à la Mission de mener une enquête urgente, conformément à son mandat, sur les violations commises dans le cadre de la vague actuelle de répression des manifestations, et de présenter ses conclusions dans une mise à jour orale lors de la 62e session, ainsi que dans un rapport complet lors de la 63e session du Conseil des droits de l’homme, lequel devrait également inclure des recommandations en faveur d’une approche globale de la justicevisant à rompre le cycle de l’impunité ;
- Veiller à ce que la Mission dispose de ressources supplémentaires appropriées pour s’acquitter pleinement de son mandat, y compris pour les obligations de rapport additionnelles demandées ;
- Renforcer le dialogue interactif conjoint avec la Mission et le Rapporteur spécial prévu lors de la 61e session du Conseil des droits de l’homme, afin de permettre la participation d’autres parties prenantes, notamment des survivants et des défenseurs iraniens des droits humains.Nous vous remercions de l’attention que vous porterez à ces questions urgentes et nous tenons à la disposition de votre délégation pour fournir toute information complémentaire qui pourrait être requise.
- Veuillez agréer, Vos Excellences, l’expression de notre très haute considération. Sincèrement,
- 1. Abdorrahman Boroumand Center for Human Rights in Iran
- 2. Ahwaz Human Rights Organisation (AHRO)
3. All Human Rights for All in Iran
4. Amnesty International5. ARTICLE 19
6. Association for the human rights of the Azerbaijani people in Iran – AHRAZ 7. Baloch Activists Campaign
8. Balochistan Human Rights Group
9. Cairo Institute for Human Rights Studies (CIHRS)
10. Center for Human Rights in Iran (CHRI)
11. The Centre for Supporters of Human Rights (CSHR)
کانون مدافعان حقوق بش(( Defenders of Human Rights Center .12
13. Education International
14. Global Centre for the Responsibility to Protect (GCR2P)
15. Global Human Rights Defence
16. Hawaii Institute for Human Rights
17. Hengaw
18. Human Rights Watch
19. Humanists International
20. Impact Iran
21. International Bar Association’s Human Rights Institute (IBAHRI)
22. International Educational Development (IED)
23. International Federation for Human Rights (FIDH)
24. International Practice of Human Rights (IPHR)
25. International Service for Human Rights (ISHR)
26. Iran Human Rights
27. Iran Human Rights Documentation Center
28. Justice for Iran
29. Kurdistan Human Rights Association-Geneva (KMMK-G)
30. Kurdistan Human Rights Network
31. Kurdpa Human Rights Organization
32. Miaan Group
33. Minority Rights Group
34. Mouvement contre le racisme et pour l’amitié entre les peuples (MRAP) 35. Outright International
36. PEN America
37. Physicians for Human Rights
38. Rasank
39. Rights Realization Centre
40. Siamak Pourzand Foundation
41. The Advocates for Human Rights
42. Together Against the Death Penalty (ECPM)
43. United for Iran
44. Unrepresented Nations and Peoples Organization (UNPO)
45. World Organisation against Torture (OMCT)
46. 6Rang (Iranian LGBT+ Network)
Your Excellencies,
We, the undersigned civil society organizations, urge the UN Human Rights Council to urgently convene a special session to address an unprecedented escalation in mass unlawful killings of protesters,amidst an ongoing internet shutdown imposed since 8 January to conceal grave human rights violations and crimes under international law by Iranian authorities.
Since 28 December 2025, an escalating campaign of lethal repression aimed at crushing a mostly peaceful uprising has led to the massacres of protesters during protest dispersals, with the death toll rising to thousands, including by official admission. Establishing the real death toll is not possible at the time of writing, given the unprecedented scale of mass killings since 8 January and amidst an ongoing internet blackout, which has severely impeded communication with the outside world and the ability of human rights organizations to gather and corroborate information.
Verified videos and credible information received by our organizations from individuals in Iran, including journalists, medical workers, protesters, eyewitnesses and victims’ relatives, reveal widespread patterns of security forces positioned on the streets and rooftops, repeatedly firing rifles and shotguns loaded with metal pellets, targeting unarmed protesters frequently in their heads and torsos. According to eyewitness accounts and verified audiovisual evidence, medical facilities are overwhelmed with the injured while distraught families have been searching for their missing loved ones among body bags near overflowing morgues and witnessed bodies piled up in pick-up trucks, freight containers or warehouses.
The evidence gathered indicates a coordinated nationwide escalation in the security forces’ unlawful use of force, firearms and other prohibited weapons against mostly peaceful protesters and bystanders since the evening of 8 January when protests grew in size nationwide. Human rights monitors previously documented that even before the escalating repression on 8 January, security forces unlawfully used rifles, shotguns loaded with metal pellets, water cannon, tear gas, as well as physical beatings, killing dozens. Raids on hospitals, involving the use of tear gas, shotguns and beatings of patients, their relatives and medical workers and arrests of injured protesters in medical facilities have also been documented.
As part of their violent crackdown, security forces have also arbitrarily arrested thousands of protesters, including children, and subjected many to enforced disappearance and incommunicado detention. Given well-documented patterns during previous protests, we are gravely concerned that detainees are at grave risk of torture and other ill-treatment as well as arbitrary executions.
The undersigned civil society organizations are gravely concerned that authorities will once again resort to swift trials that bear no resemblance to judicial proceedings and arbitrary executions to crush and deter dissent. State authorities have labelled demonstrators as “rioters” and “terrorists”, calling for a harsh response by the security forces. The Head of the Judiciary, Gholamhossein Mohseni Eje’i, has ordered provincial prosecutors to show “no leniency” to protesters and expedite their trials. Officials have also called for protesters to face capital offences, including “enmity against God” (moharabeh), raising fears that those arbitrarily detained may face the death penalty.
In a statement from 13 January, High Commissioner Volker Türk said he was “horrified by the mounting violence directed by security forces at protesters across Iran”, adding “this cycle of horrific violence cannot continue… The killing of peaceful demonstrators must stop, and the labelling of protesters as ‘terrorists’ to justify violence against them is unacceptable”.
Tragically for the people of Iran, the latest wave of massacres is the culmination of a longstanding pattern of lethal crackdowns on nationwide protests, including during the November 2019 protests and the Woman Life Freedom uprising of September-December 2022. In-depth investigations of the latter led the Independent International Fact-Finding Mission on the Islamic Republic of Iran to conclude that Iranian authorities committed the crimes against humanity of murder, imprisonment, torture, rape and other forms of sexual violence, persecution, enforced disappearance and other inhumane acts.
We urge UN member states to acknowledge that the repeated commission of grave human rights violations and crimes under international law, including during successive waves of protests in Iran, has been made possible by the entrenched and systemic impunity for those responsible for these crimes. The lack of criminal accountability has emboldened Iranian officials to persist in their criminal conduct and deliberately turn to mass killings of protesters demanding human rights and dignity.
In this context, the Council must now act decisively by convening a special session and adopting a strong resolution that signals unequivocally to Iranian authorities that the spiral of bloodshed and impunity must end. Through the special session, the HRC should ensure that the truth about these grave human rights violations and crimes under international law is established and evidence preserved, requesting the Fact-Finding Mission to carry out an urgent inquiry and ensuring it has the resources to carry out its investigations, and request that they submit recommendations on concrete avenues to pursuing comprehensive justice and ending the impunity that is driving the state policy of lethal repression.
The Council must also affirm the rights of people in Iran to freedoms of opinion, expression, association and peaceful assembly as well as their right to freely and equally participate in the political and public life of their country.To this end, we call on the Council to:
– Extend the mandate of the Independent International Fact-Finding Mission on theIslamic Republic of Iran (FFMI) to enable continued investigations into the ongoingwave of lethal repression, and renew the mandate of the Special Rapporteur onhuman rights in Iran, whose role remains vital for engaging with state authorities,including on urgent cases of individuals at risk of executions, torture and otherserious human rights violations, and for serving as a visible voice for the promotionand protection of human rights for all in Iran;
– Request the FFMI to conduct an urgent inquiry, consistent with its mandate, intoviolations committed in the context of the current wave of protest repression, and topresent its findings in an oral update at the 62nd session, and a comprehensive reportat the 63rd session of the UN Human Rights Council, which should also includerecommendations for a comprehensive approach for justice to break the cycle ofimpunity;
– Ensure that the FFMI be provided with appropriate additional resources to fulfil itsmandate, including the additional reporting requested;
– Enhance the joint interactive dialogue with the FFMI and the Special Rapporteurscheduled for the 61st session of the UN Human Rights Council, to allow for theparticipation of other stakeholders including survivors and Iranian human rightsdefenders.We thank you for your attention to these pressing issues and stand ready to provide your delegation with further information as required.
Sincerely,
1. Abdorrahman Boroumand Center for Human Rights in Iran, 2. Ahwaz Human Rights Organisation (AHRO), 3. All Human Rights for All in Iran, 4. Amnesty International, 5. ARTICLE 19, 6. Association for the human rights of the Azerbaijani people in Iran – AHRAZ, 7. Baloch Activists Campaign, 8. Balochistan Human Rights Group, 9. Cairo Institute for Human Rights Studies (CIHRS), 10. Center for Human Rights in Iran (CHRI), 11. The Centre for Supporters of Human Rights (CSHR), 12. Defenders of Human Rights Center ((کانون مدافعان حقوق بش13. Education International, 14. Global Centre for the Responsibility to Protect (GCR2P), 15. Global Human Rights Defence, 16. Hawaii Institute for Human Rights, 17. Hengaw, 18. Human Rights Watch, 19. Humanists International, 20. Impact Iran, 21. International Bar Association’s Human Rights Institute (IBAHRI), 22. International Educational Development (IED), 23. International Federation for Human Rights (FIDH), 24. International Practice of Human Rights (IPHR), 25. International Service for Human Rights (ISHR), 26. Iran Human Rights, 27. Iran Human Rights Documentation Center, 28. Justice for Iran, 29. Kurdistan Human Rights Association-Geneva (KMMK-G), 30. Kurdistan Human Rights Network, 31. Kurdpa Human Rights Organization, 32. Miaan Group, 33. Minority Rights Group, 34. Mouvement contre le racisme et pour l’amitié entre les peuples (MRAP), 35. Outright International, 36. PEN America, 37. Physicians for Human Rights, 38. Rasank, 39. Rights Realization Centre, 40. Siamak Pourzand Foundation, 41. The Advocates for Human Rights, 42. Together Against the Death Penalty (ECPM), 43. United for Iran, 44. Unrepresented Nations and Peoples Organization (UNPO), 45. World Organisation against Torture (OMCT), 46. 6Rang (Iranian LGBT+ Network)
