De l’admiration pour le mouvement étudiant à la critique des symboles nationalistes lors de la manifestation de Vidovdan, la couverture médiatique étrangère des événements en Serbie depuis le 1er novembre dernier a connu différentes phases. À en juger par les derniers titres, cependant, l’autocrate Aleksandar Vučić est à court de marge de manœuvre. L’Europe est exhortée à accroître la pression sur son régime à Belgrade.
Parfois critique, parfois indulgente selon les circonstances, telle a été globalement la tonalité de la presse internationale à l’égard du président serbe. Mais à mesure que la répression est devenue plus flagrante et que le recours à la force contre les citoyens s’est généralisé, l’image de Vučić à l’étranger s’est progressivement détériorée.
Le Financial Times note qu’après plus d’une décennie au pouvoir, les dirigeants autoritaires expérimentés se trouvent presque toujours à la croisée des chemins : soit ils renforcent la répression, consolident davantage leur cercle d’alliés oligarques et étouffent les vestiges des médias indépendants, soit ils cèdent aux demandes de réforme de l’opposition.
Le journal ajoute qu’après huit ans à la présidence – et avant cela au poste de Premier ministre – Vučić continue de gouverner selon ce qu’il appelle une forme de « démocratie contrôlée » plutôt que d’autocratie pure et simple.
Il conclut que l’Europe doit intensifier ses pressions sur Vučić afin qu’il agisse de manière responsable et organise des élections véritablement équitables, afin d’éviter un recul démocratique encore plus profond.
« S’ils ne le font pas et que la Serbie continue sur la voie de l’autoritarisme, la responsabilité n’incombera pas seulement à Vučić, mais aussi à ses soutiens occidentaux qui détournent le regard », met en garde le quotidien londonien.
La passivité de l’Europe
Le quotidien français Le Monde a écrit hier qu’après neuf mois de manifestations quasi ininterrompues, le gouvernement serbe n’est toujours pas parvenu à réprimer le mouvement étudiant anti-corruption qui secoue le pays depuis l’effondrement de la verrière de la gare rénovée de Novi Sad, deuxième ville de Serbie, en novembre 2024.
« Au pouvoir depuis 2014, d’abord comme Premier ministre puis comme président, Aleksandar Vučić n’a jamais pris au sérieux les revendications des étudiants en faveur d’un système judiciaire fonctionnel et de l’État de droit. Il a également rejeté leur demande d’élections législatives anticipées. Après avoir minimisé pendant des mois des manifestations entièrement pacifiques, M. Vučić s’est lancé mardi 12 août dans une stratégie d’intimidation inquiétante, déployant des voyous et des hooligans connus pour leurs liens avec de puissants groupes criminels organisés en Serbie afin de provoquer les manifestants », rapporte Le Monde.
Le journal français souligne également la passivité de l’Europe, notant que M. Vučić espère clairement que la violence discréditera les étudiants serbes, en particulier aux yeux de l’UE et de ses dirigeants.
Selon Deutsche Welle, le gouvernement serbe réprime les manifestations avec une extrême sévérité. La journaliste Silke Hane, du portail d’information Tagesschau, affirme que le président Vučić révèle désormais son vrai visage.
« Ces derniers jours, le président serbe Aleksandar Vučić montre son vrai visage. La semaine dernière, il a lâché des voyous masqués sur ce qui était jusqu’alors un mouvement de protestation pacifique. Alors que les partisans du parti attaquaient les manifestants à coups de matraques et de feux d’artifice, la police restait les bras croisés. Des passages à tabac sous la protection de la police », a rapporté le média allemand.
Point d’ébullition
Un autre journal anglais réputé, The Guardian, a rapporté après les manifestations de vendredi que les protestations antigouvernementales en Serbie s’étaient intensifiées, avec des témoignages faisant état de brutalités policières et d’un usage excessif de la force.
« C’était le quatrième jour de troubles dans plusieurs villes du pays, dont Belgrade, où la police a tiré des gaz lacrymogènes sur les manifestants et tenté de séparer les groupes opposés. Des dizaines de personnes ont été blessées lors d’affrontements violents, tandis que des centaines d’autres ont été arrêtées au cours de la semaine dernière, alors que neuf mois de manifestations largement pacifiques contre la corruption et pour la démocratie atteignaient leur point d’ébullition », note l’article.
Décrivant l’atmosphère après les manifestations de mercredi et jeudi dans plusieurs villes serbes, l’Associated Press a écrit que pour la deuxième journée consécutive, des affrontements avaient éclaté entre les manifestants anti-gouvernementaux serbes et les partisans du gouvernement, dans ce qu’elle a qualifié d’« escalade majeure » après plus de neuf mois de manifestations persistantes contre le président « autocratique » Aleksandar Vučić.
Au cours de la même semaine, Reuters a également rapporté que des partisans du SNS à Novi Sad avaient lancé des fusées éclairantes et des pétards sur les manifestants, tandis qu’Al Jazeera a couvert l’utilisation de gaz lacrymogènes par la police à Belgrade. Bloomberg a souligné qu’après des mois de manifestations, les protestations en Serbie ont de nouveau tourné à la violence lorsque les partisans de Vučić se sont affrontés avec les manifestants à Belgrade, Novi Sad et Niš.
Mašina
Revue serbe – Droit du travail, luttes ouvrières, mouvements sociaux
https://blogs.mediapart.fr/masina/blog/270825/revolte-en-serbie-et-passivite-de-leurope-la-situation-serbe-vue-par-les-medias-internationaux