International, Politique et Social

6 octobre (en cours)

Tous instruits !

Lettre de REGARDS
par Pablo Pillaud-Vivien

Ce mardi 6 octobre, les lycéens et les étudiants se mobilisent avec une revendication devenue insurrectionnelle : pouvoir étudier et avoir un futur.

Un spectre hante le gouvernement, celui de la convergence des revendications, des luttes, des inquiétudes et des espoirs.
Ce mardi, lycéens et étudiants se sont donnés rendez-vous pour dénoncer leurs situations concrètes, dire leur mal-être et leurs angoisses. Ils sont compris par leurs parents qui s’inquiètent, avec eux, du présent et du futur.
  Il y a dans ce mouvement de colère quelque chose de banal devenu extraordinaire. On parle de jeunes qui ne refusent pas l’école, mais qui demandent davantage d’école.
Qui ne veulent pas sortir du système éducatif, mais y rester.
Qui ne réclament pas moins de savoir, mais davantage. Ils veulent pouvoir s’instruire : voilà le sujet.
Ils n’ont pour l’instant obtenu qu’une répression insensée : jamais, depuis la guerre d’Algérie, la police n’avait mis autant de monde en garde à vue en une seule journée.
Et pourtant, depuis ces années, la France remuante en a vu d’autres, comme en 68…
Parcoursup cristallise les angoisses. Lycéens et étudiants demandent son abandon. Les algorithmes froids et absurdes sont mis en cause.
Mais la raison profonde de cette machine infernale doit être comprise. La France a choisi de conduire une classe d’âge au bac et, en 2026, 79% des jeunes l’obtiennent. Elle valorise l’école depuis toujours. Mais elle n’a pas prévu les places à l’université et encore moins les boulots qui vont avec ces formations dispensées.
La société n’est pas du tout faite pour cette population formée, davantage autonome et libre.
Donc le malthusianisme devient politique. Il faut éliminer, décourager, rejeter.
Faut-il considérer que l’ambition de notre société est de former le plus loin possible ?
Il faut revenir aux fondamentaux : depuis quand l’université est-elle l’auxiliaire du marché du travail ?
Certes le diplôme protège et ouvre davantage l’accès à l’emploi. Mais s’instruire ne sert pas seulement à devenir employable. Cela sert à quelque chose de moins comptabilisable : comprendre le monde dans lequel on vit, pouvoir y agir et pas seulement y occuper une place. Les lycéens ne demandent pas une vie débarrassée de l’effort. Ils demandent qu’on donne du sens à ces efforts et qu’on leur en donne les moyens.
C’est là que l’ambition portée par la jeunesse rencontre celle de toute la société. Un projet qui ne vise qu’à l’ascension sociale, à la conquête des postes, à la sélection des meilleurs et à de hauts revenus ne peut pas faire le compte. Nos enfants et nous-mêmes voulons davantage.
Nous voulons être heureux et nous savons que quelque chose ne tourne pas rond dans ce monde étriqué et borné.
Les dirigeants actuels savent que ce qui est remis en cause dans ce mouvement est un ordre réduit à la compétitivité générale.
Le seul projet qui vaille est celui d’un monde basé sur du sens et qui offre une place pour chacune et chacun. Les jeunes se lèvent.

 Pablo Pillaud-Vivien

Stop à la répression des jeunes : l’école n’est pas un champ de bataille

Communiqué commun appelant à participer aux mobilisations en soutien aux mouvements de la jeunesse le mardi 6 octobre 2026, partout en France et notamment à 14h, place de la République, à Paris.

La société civile agit en protection des mouvements de la jeunesse

La répression policière qui s’abat sur les lycées a franchi un seuil critique.

Nous sommes toutes et tous choqués d’une telle répression qui brise des vies : un lycéen a eu la mâchoire fracturée à Saint-Ouen-l’Aumône par un tir tendu au lance grenade ; un autre a perdu un œil à Tours sous l’impact d’un tir de LBD. Leur crime ? Avoir demandé, avec leurs camarades, des conditions décentes d’éducation. Nous ne pouvons attendre que d’autres jeunes soient mutilés pour agir.

Les témoignages se multiplient : de mineur-e-s, parfois très jeunes, matraqués et gazés, d’exactions brutales commises par les forces de l’ordre à leur encontre. Nous assistons, révoltés, à des scènes d’une violence inouïe : l’État déploie des armes de guerre contre des mineur-e-s, des équipements prétendument « sublétaux » mais qui fracassent, éborgnent et mutilent à vie. Le gouvernement organise des arrestations d’une ampleur inédite : en moins d’une semaine, 5 000 interpellations dont 2 000 pour la seule journée de jeudi 1er octobre 2026.

C’est une négation pure et simple du droit fondamental de la jeunesse à la liberté d’expression, à protester et à s’organiser à cette fin, et ce alors qu’elle le fait pour demander des conditions dignes pour apprendre et disposer d’un avenir. Lycéen-ne-s et étudiant-e-s doivent pouvoir se mobiliser et manifester sans craindre pour leur sécurité.

En appliquant des doctrines délétères exposées dans son « Guide opérationnel des violences urbaines » (Govu), le gouvernement fait le choix grave d’assimiler les jeunes à des ennemis intérieurs à neutraliser par des armes de guerre. Et on ne peut réduire un mouvement social à ses débordements.

Loin d’assurer l’apaisement, la logique répressive participe à l’augmentation des tensions et transforme les abords des établissements scolaires en zones d’affrontement, ce qui met aussi en danger le personnel éducatif.

Le droit de s’exprimer et de se réunir convoque des libertés fondamentales garanties par notre Constitution, par la Convention européenne des droits de l’Homme et des libertés fondamentales et par la Convention internationale des droits de l’enfant de l’Onu. Il nous incombe de les défendre et de nous opposer à cet usage disproportionné et arbitraire de la force.

Nous, signataires, sommes du côté de la mobilisation légitime de la jeunesse de notre pays pour son avenir, et non de celui des LBD, des grenades, des matraques et des arrestations de masse.

Nous exigeons de l’Assemblée nationale et du gouvernement :

  • la mise en place prioritaire d’un dialogue avec les jeunes mobilisés ;
  • le traitement systématique des enfants pour ce qu’ils sont, des personnes à protéger comme le stipule la Convention internationale des droits de l’enfant (Cide) ;
  • l’application d’une politique de désescalade des tensions ;
  • l’abolition définitive des pratiques de maintien de l’ordre liberticides, matérialisées notamment par l’instruction ministérielle sur les violences urbaines (le Govu qui doit être abrogé) : le retrait immédiat des unités de la BAC et de toutes celles non formées à la gestion des rassemblements, des brigades équestres et des unités cynophiles ; l’interdiction stricte de l’usage des armes de guerre sur les manifestations, du gaz lacrymogène de façon indifférenciée, ainsi que l’arrêt des interpellations massives et de la criminalisation de la jeunesse ;
  • une réelle prise en compte de la parole des jeunes par la recherche de la démocratie éducative pour construire les politiques publiques.

L’État doit recréer de toute urgence les conditions permettant la libre expression civique des jeunes, ce d’autant plus que leur revendication d’un service public d’égale qualité pour toutes et tous est totalement légitime et nous la soutenons.

Aucun jeune ne doit risquer son intégrité physique ou sa liberté lorsqu’il fait entendre sa voix.

Stoppons l’escalade. Protégeons la jeunesse.

Nos organisations vont saisir le Défenseur des droits et les Rapporteurs spéciaux de l’Onu des violences commises par les forces de l’ordre et des ordres donnés.

Elles prient instamment le Contrôleur général des lieux de privation de liberté (CGLPL) de bien vouloir contrôler les dossiers des gardes à vue et les conditions de traitement des personnes, comme ce fut le cas en 2023 lors des manifestations « retraite ».

Elles organisent ou soutiennent les mobilisations des lycéen-ne-s et étudiant-e-s, mardi 6 octobre 2026, notamment à Paris 14h, place de la République. 

Paris, le 5 octobre 2026

Signataires : CGT (Confédération générale du travail), Fédération des associations générales étudiantes (Fage), Fédération des conseils de parents d’élèves (FCPE), LDH (Ligue des droits de l’Homme/droits humais), Mrap (Mouvement contre le racisme et pour l’amitié entre les peuples), SNPES-PJJ/FSU (Syndicat national des personnels de l’Education et du Social), Union étudiante, Union syndicale lycéenne (USL), Union nationale des étudiants de France (Unef), Union syndicale Solidaires, SOS Racisme

TÉLÉCHARGER LE COMMUNIQUÉ COMMUN EN PDF

Empêchons la police de mutiler les jeunes !  Pétition 6 octobre 2026  

Attac, par la voix de son porte-parole Raphaël Pradeau, professeur et parent d’un lycéen, lance une pétition sur la plateforme de l’Assemblée nationale qui a déjà recueilli plus de 20 000 signatures en quelques heures.

L’objectif ? Obtenir l’interdiction des armes mutilantes et des techniques d’immobilisation létales lors des manifestations lycéennes, qui serait un point d’appui pour une interdiction plus large.

Depuis le début du mouvement de la jeunesse, la réponse du gouvernement est marquée par une répression extrêmement violente : interpellations massives, gazages, coups de matraque, tirs de grenades lacrymogènes à bout portant, usage de LBD et de tasers contre des jeunes dont l’immense majorité sont mineur·es. Plus de 5 000 personnes, principalement des mineur·es, ont déjà été interpellées, signe d’un niveau de répression sans précédent.

Cette répression a déjà eu des conséquences dramatiques. À Tours, un lycéen de 16 ans a perdu l’usage d’un œil après un tir de LBD à bout portant. À Lens, un jeune de 15 ans a perdu une main après l’explosion d’une grenade de désencerclement. Pour Attac, cette réponse sécuritaire est inacceptable. Des jeunes qui revendiquent davantage de professeur·es, des établissements dignes et de meilleures conditions d’études doivent pouvoir exprimer leur colère sans risquer d’être blessé·es ou mutilé·es.

Je signe la pétition

Ces violences ne sont pas des faits isolés. Amnesty International a dénoncé dès le 2 octobre un usage disproportionné de la force contre les mobilisations lycéennes et demandé la suspension des LBD. Ces alertes rejoignent celles, répétées, de l’ancienne Défenseure des droits Claire Hédon et de plusieurs instances de l’ONU sur l’usage en France d’armes de maintien de l’ordre susceptibles de provoquer des blessures graves.

Le gouvernement répond par la répression à une jeunesse qui subit pourtant depuis des années la dégradation du service public de l’éducation. Le projet de budget 2027 poursuit cette politique d’austérité. Attac réaffirme son soutien total au mouvement lycéen et étudiant, exige la fin immédiate des violences policières et défend un autre budget de justice sociale et écologique permettant de répondre à leurs revendications.

Cette pétition demande notamment l’interdiction des LBD 40, des grenades explosives et de désencerclement, des pistolets à impulsion électrique, ainsi que des techniques d’immobilisation présentant un risque d’asphyxie. Faire interdire ces armes lors des mobilisations lycéennes serait une première victoire et un point d’appui pour obtenir leur interdiction généralisée.

Pour Raphaël Pradeau, porte-parole d’Attac, « nous ne pouvons pas attendre que de nouveaux drames se produisent. Il est urgent de protéger nos enfants, nos élèves et leur droit à manifester et à exprimer leurs revendications ».

Signez et partagez massivement cette pétition.
Des moyens pour étudier, pas des armes pour réprimer !

Je signe la pétition

Solidarité des étudiants Serbe en lutte cf https://www.reseau-bastille.org/2026/10/01/serbie-a-lapproche-des-elections-une-presence-inattendue/

6 octobre – 9h30 : Des lycéens serbes ont exprimé leur solidarité avec leurs camarades mobilisés en France contre les classes surchargées, le manque d’enseignants et la dégradation des conditions d’apprentissage. Face aux violences policières, ils rappellent que la voix des jeunes doit être entendue et leur sécurité protégée.

« Même si nous parlons une autre langue, nous connaissons les revendications et nous avons déjà appris que la solidarité ne connaît pas de frontières. 

Dans toute la France , des lycéens bloquent leurs établissements et manifestent contre les classes surchargées, le manque d’enseignants et les mauvaises conditions d’apprentissage. Ils réclament une éducation dans laquelle leurs besoins et leur voix comptent. Leurs revendications sont également soutenues par les syndicats enseignants, qui appellent les personnels à se tenir aux côtés des élèves.

Sur les photos, nos camarades de Bordeaux. Leur combat se déroule loin de nos établissements, mais nous savons combien de courage il faut pour s’organiser, faire entendre sa voix et tenir bon avec les autres.

Nous savons aussi ce que cela signifie lorsque des amis, des enseignants et des parents se tiennent à vos côtés. Lorsque vous savez que vous n’êtes pas seul·e.

Alors que nous parviennent également de France des informations faisant état de violences policières et d’élèves blessés, nous affirmons que la voix des jeunes doit être entendue et que leur sécurité doit être protégée.

Depuis la , nous adressons notre solidarité à toutes celles et ceux qui se battent pour une éducation meilleure et plus juste. Nos salles de classe sont différentes, mais nous avons de nombreuses raisons d’être solidaires les uns des autres. »

Transmis par JS