Il n’est pas dans nos habitudes de relayer des publications de responsables politiques, mais nous ferons une exception aujourd’hui. Au moment où toute pensée politique est écrasée sous le poids des ambitions électorales et où toute action est détournée de son objectif, la réaction d’Alexis Corbière est intéressante à plus d’un titre. Le mouvement lycéen est légitime et c’est à la jeunesse de s’auto-organiser. « Toute forme de récupération stoppera l’élargissement du mouvement. » Nous devons soutenir les lycéens en proie aux violences policières.
Nous sommes, à des générations différentes, des militant·es le plus souvent formé·es dans les mobilisations lycéennes et estudiantines. Nous avons appris la démocratie dans les assemblées générales, la solidarité et l’organisation dans les mouvements. Que deviendra cette génération politiquement si elle ne fait que l’expérience de la conflictualité et de la violence, sans pouvoir réfléchir par elle-même ?
Le 6 octobre peut devenir le point de convergence du mouvement lycéen avec les étudiants en lutte et les organisations syndicales des travailleurs de l’Education, les parents, les salariés contre la politique de destruction menée par les différents gouvernements de Macron parachevée par celui de Lecornu. L’unité est possible contre cette politique, chaque force doit pouvoir s’exprimer dans le respect de l’autre. Ce profond mouvement doit pouvoir s’amplifier, s’ouvrir vers d’autres secteurs sinistrés par la politique du gouvernement, s’auto-organiser pour trouver toute son efficacité. Nous serons le 6 octobre dans la rue avec les lycéen.nes.
L’actualité fait que ce mouvement d’ampleur est contemporain de la présentation en Serbie d’une liste « Les étudiants veulent ». En Serbie, depuis deux ans, les facultés sont bloquées, les manifestations se sont multipliées, mais les étudiants se sont toujours réunis pour décider par eux-mêmes. Ils ont organisé des rencontres avec la population pour soulever les questions politiques cachées sous le jeu institutionnel. Ils ont débattu et multiplié les ouvertures vers les autres secteurs du travail, sans jamais se soumettre à un leader ou sombrer dans le populisme. Aujourd’hui, le mouvement étudiant, par ses porte-paroles, est la voix des victimes du pouvoir autoritaire et néolibéral. La lutte prend de l’ampleur grâce à l’organisation démocratique du mouvement. ML
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Une nouvelle fois ce matin, j’étais aux côtés des lycéens de Montreuil et Bagnolet mobilisés pour de meilleures conditions d’études.
Commençons par l’essentiel : la jeunesse a raison de se mobiliser, le mouvement qui débute est légitime. Il faut le soutenir, l’aider, le comprendre et lui répondre vraiment et énergiquement.
Élu du 93, je sais que dans mon département 28% de la population vit sous le seuil de pauvreté et 38% de sa jeunesse. C’est aussi le département le plus jeune de France. Et pourtant, alors qu’il faudrait « mettre le paquet » dans l’éducation, on voit l’inverse. Cette rentrée encore les élèves sont 35 en Terminale, seulement 22% des postes de médecins scolaires sont pourvus, la moitié des heures d’Aesh sont débloqués, le remplacement de professeurs absents est défaillant de l’aveu même du recteur dans certaine discipline, les emplois du temps sont épuisants, système parcoursup doit cesser, etc, etc.
Dans mon département 823 élèves n’avaient pas de place post bac à la rentrée.
Alors oui, ce mouvement est légitime.
Mais, c’est à la jeunesse de s’auto-organiser , démocratiquement, librement , avec ses mots d’ordre et ses modes d’action. Toute forme de « récupération » stoppera l’élargissement du mouvement.
Aussi, à la place qui est la mienne , c’est à dire celle d’un militant de 58 ans, sans regard « paternaliste », sans donner de leçon, je pense utile que des assemblées générales (AG) de lycéens se réunissent, discutent et organisent le mouvement et son calendrier d’action, ses mots d’ordres. Les chefs d’établissements doivent proposer des salles pour cela. C’est le rôle des éducateurs d’accompagner ce mouvement. La jeunesse n’est pas notre problème, elle est la solution, l’avenir, le futur.
Notre jeunesse est intelligente, ayons confiance en elle. Elle veut prendre la parole. Écoutons la.
Ceci dit, je lance l’alerte à ma modeste place, comme un ancien militant lycéen et étudiant des années 80 et 90 qui a vu par le passé les mêmes techniques de combat contre la jeunesse. La ruse macroniste qui se déploie depuis 10 jours est grossière, petite, et assez classique.
Le gouvernent actuel, affolé et en décomposition, son ministre de l’éducation nationale et le ministre de l’intérieur en premier chef veulent « effacer » le débat de fond et l’enfermer dans un débat médiatique sur « la violence ».. aussi ils « chauffent et provoquent » en permanence, parle « d’émeutes urbaines » plutôt que faire preuve d’écoute et bienveillance.. ils prétendent éteindre les feux de poubelles ? En réalité , ils sont eux mêmes les allumettes au dessus d’un baril de poudre social.
Sur les chaînes d’information le débat devient caricatural.
« Etes-vous pour ou contre les images de violences qui tournent en boucle » « condamnez vous la violence » « pensez vous que la violence est légitime » bla bla bla ? Cela semble les uniques questions posées sur les plateaux TV.
Il faut sortir de ce piège au plus vite et parler de la dégradation bien réelle de l’école publique. Ceux qui alimentent la violence aident à la manœuvre.
Nous vivons aujourd’hui dans une société de « séparatisme scolaire ». Les établissements publics ne sont plus les mêmes selon les quartiers , l’école privée fait une concurrence déloyale avec l’argent public, le métier d’enseignant est méprisé et mal rémunéré, etc.
La crise de l’école n’est pas quelques incidents sporadiques , c’est une lente et profonde dégradation d’un service public fondateur. Et celui qui supprime 4000 postes d’enseignants cette rentrée et bien plus violent que l’adolescent qui brûle une poubelle.
Je forme donc le vœu que la jeunesse de France déjoue avec éclat ce traquenard et fasse tout pour que ses formes d’actions soient à vocation majoritaire, pacifique, non-violente, inclusive, entraînante.
Toutes formes de brutalités et de violences et notamment de fonctionnaires de police, formés normalement pour faire face à des situations de tensions, est intolérable et ajoutera de la provocation à une situation déjà tendue. Les images que l’on a vu à Tours ou en région parisienne, de jeunes au visage ensanglanté, déshonore les policiers qui ont commis ces actes. Rien ne les justifie. Je dis bien rien.
Je sais que le métier de policier est difficile, épuisant. Je sais qu’ils subissent des violences elles aussi intolérables, ils sont aussi des travailleurs et des fonctionnaires qui doivent être respectés, mais je ne met pas que un même plan des professionnels du maintien de l’ordre et des jeunes exaltés par une mobilisation qui est peut être leur première expérience d’action collective. Les policiers doivent être exemplaires, en particulier face à des jeunes gens. C’est leur honneur professionnel de rester exemplaire en toutes circonstances. Sinon, qu’ils fassent autre chose. Car le fossé se creuse. Depuis trop longtemps, une partie importante de la jeunesse voit la police comme hostile .
Ceci dit, si ma parole intéresse ceux qui pourraient le commettre, je demande à ce qu’aucune violence ne soit faite contre les policiers. Ceux qui se mobilisent pour la justice sociale doivent aussi être moralement irréprochables. Et enfin, soyons un peu subtil, la confrontation avec la police n’est pas un chemin mobilisateur. C’est une impasse. Elle réduit le mouvement , elle le rabougri, elle ne l’élargit pas. Cette violence est le rêve de ceux qui veulent étouffer la mobilisation lycéenne. Ne les aidons pas. Notre force , c’est notre nombre.
Des forces réactionnaires, politiciennes et manœuvrières veulent salir notre jeunesse populaire. Mais, je suis convaincu que son vrai visage va s’imposer encore plus fort dans les jours qui viennent : générosité, fraternité, amour de l’égalité , curiosité intellectuelle, volonté de savoir…
Lucide et déterminée .. en avant la jeunesse !!
2 octobre 2026
