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Postes supprimés, moyens en baisse : l’écologie sacrifiée par le budget 2027

Rassemblement 19h 30 devant Bercy le 15/9 NdRéseau

Postes supprimés, moyens en baisse : l'écologie sacrifiée par le budget 2027

Agences de l’eau, OFB, parcs nationaux, Ademe : le projet de budget 2027 prévoit de nouvelles suppressions de postes dans l’écologie. Le 15 septembre devant Bercy, une quarantaine d’organisations réclameront des moyens « à la hauteur de l’urgence climatique ».

Le lieu est bien choisi. Mardi 15 septembre à 19 h 30, c’est devant Bercy qu’une quarantaine d’organisations, de France Nature Environnement à Greenpeace, de la Ligue des droits de l’Homme à Solidaires, en passant par des syndicats de pompiers et d’infirmiers, appellent à se rassembler. Motif : après un été de canicules, d’incendies et de sécheresse, réclamer des moyens enfin « à la hauteur de l’urgence climatique ». C’est précisément au ministère de l’Économie et des finances que se négocient ces moyens. Et que l’environnement semble, une nouvelle fois, servir de variable d’ajustement.

Car s’il fallait encore une preuve du peu de cas que la macronie fait de l’urgence écologique, elle se niche dans les arbitrages du budget 2027. Après un été où l’on a manqué d’eau, vu des forêts brûler et compté les morts de la chaleur, l’État s’apprête à supprimer des postes chez celles et ceux qui doivent précisément anticiper, protéger, contrôler, réparer. Davantage de catas, moins de bras : la nouvelle doctrine française d’adaptation au changement climatique ?

Les effectifs fondent

Le 9 septembre à Orléans, Monique Barbut semblait pourtant avoir tiré une autre conclusion. La ministre de la Transition écologique rappelait que 64 000 personnes dépendaient encore de bouteilles ou de camions-citernes pour boire et que 6,4 millions vivaient dans des secteurs où la ressource en eau restait en vigilance. « Nous devons commencer à tirer les leçons de cet épisode pour mieux nous préparer aux sécheresses à venir », déclarait-elle. Le gouvernement promet d’accélérer son Plan national d’adaptation et lance une douzaine de groupes de travail, dont un sur l’eau. Mais pendant que les groupes phosphorent, les effectifs fondent.

Selon les informations du média Contexte, 15 postes doivent disparaître en 2027 dans les 6 agences de l’eau, puis 20 en 2028 et encore 20 en 2029 : 55 emplois en trois ans sur environ 1 500. En 2023, après une autre sécheresse historique, Emmanuel Macron avait pourtant accordé 66 postes pour appliquer son plan eau. Depuis, 12 ont été supprimés en 2025, 13 en 2026. À ce rythme, les agences reviendront à leurs effectifs d’avant le plan eau…

« Les activités de défense de l’environnement dans les établissements publics sont en péril, mal payées, mal dotées pour certaines et de plus en plus difficiles à mener dans de bonnes conditions. On demande que le gouvernement cesse de déshabiller le service public de l’environnement », résume Delphine Jacono, secrétaire de la branche eau et milieux aquatiques du SNE-FSU et représentante à l’Agence de l’eau Seine-Normandie.

Des activités « en péril », « mal payées » et « mal dotées »

Même traitement pour les espaces protégés. Au total, 10 postes devraient disparaître dans les 11 parcs nationaux, qui comptent 812 emplois permanents, alors qu’un récent rapport de l’inspection du ministère recommandait au contraire d’en créer une vingtaine pour leur permettre d’assurer correctement leurs missions. L’Office français de la biodiversité (OFB) devrait perdre 24 postes. L’Agence de la transition écologique (Ademe) est également appelée à réduire ses effectifs, dans des proportions encore inconnues.

« Nous ne comptons pas nos heures, supplémentaires ou non, car ces dernières ne sont pas payées, alerte Sandrine Descaves, cosecrétaire de la branche espaces protégés du SNE-FSU et agente du Parc national des Cévennes. Un ou deux postes en moins, cela semble peu, mais quand il s’agit de concilier et d’intégrer les enjeux de l’écologie auprès des acteurs (élus, associations, agriculteurs…), c’est énorme de perdre un agent. Expliquer, faciliter, éduquer… cela prend du temps. » Au moment où les conflits s’électrisent sur le terrain, le rôle des agents publics devient un sacerdoce.

Une doctrine libérale

Et les postes ne sont pas seuls dans le viseur. Une bataille beaucoup plus technique, mais éloquente, se joue autour du « quasi-statut » des contractuels de l’environnement.

Faute d’avoir constitué une véritable filière de fonctionnaires pour tous ces métiers spécialisés (qui aurait pu prédire leur nécessité…), l’État emploie depuis des décennies des contractuels dans les parcs, l’OFB ou les agences de l’eau. Le quasi-statut leur assure un cadre collectif de travail, de carrière et de mobilité. Or, Bercy conditionne désormais sa revalorisation (« qui n’a pas eu lieu depuis plus de dix ans », selon Delphine Jacono) à l’arrêt des recrutements sous ce régime à partir de 2028. Autrement dit : mieux rémunérer certains en échange de l’extinction progressive de leur statut. Le SNE-FSU alerte sur le « risque de perdre, avec eux, compétences et expertises accumulées ».

Le calendrier donne au grand écart une saveur particulière. En juillet, après l’adoption de la loi d’urgence agricole qu’elle combattait, Monique Barbut avait annoncé sa démission, avant d’effectuer — quelques heures plus tard — un spectaculaire double axel et de rester au gouvernement. Emmanuel Macron l’avait alors « assurée de son soutien » et elle expliquait rester avec la « garantie de pouvoir agir ». Contacté par Reporterre sur la nature exacte de ces garanties, le ministère n’a pas répondu.

Quelques semaines plus tard, l’adaptation est donc prioritaire, la biodiversité doit être protégée, les sécheresses anticipées et les territoires accompagnés. Mais celles et ceux qui doivent accomplir le travail seront moins nombreux, et certains voient désormais leur cadre d’emploi promis à l’extinction. À force, une vraie doctrine libérale se dessine : constater l’accélération de la crise écologique, multiplier les plans pour y répondre, puis retirer des postes à celles et ceux qui doivent les appliquer.

https://reporterre.net/Le-gouvernement-sabre-dans-les-effectifs-de-l-ecologie-malgre-cet-ete-de-chaos
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