Ceux et celles qui se disent « pacifistes » et se battent depuis plus de quatre ans pour que les Ukrainiens ne reçoivent pas d’armes, devraient maintenant exulter car ils viennent de faire un adepte de choix : le président des Etats-Unis Donald Trump vient de refuser catégoriquement tant de donner aux Ukrainiens des missiles Patriot, que de leur fournir la technologie pour qu’ils les fabriquent eux-mêmes. Et c’est ainsi que jour après jour pleuvent actuellement sur les grandes et les moins grandes villes ukrainiennes et leurs civils sans défense les missiles balistiques russes qui ont déjà fait des milliers de morts et d’estropiés, ce qui ne peut évidemment que nous rapprocher …de la paix.
Et pourtant, les Ukrainiens et les Ukrainiennes non seulement résistent mais passent aussi à la contre-attaque ! Et cela bien qu’ils soient pris en sandwich entre un ennemi impérialiste et colonialiste tout puissant et barbare, qui frappe systématiquement les civils, et un gouvernement ukrainien néolibéral au service exclusif des oligarques et de ses « amis » occidentaux. Et s’ils résistent et contre-attaquent c’est parce qu’ils ne font plus confiance qu’à eux-mêmes, parce qu’ils mènent une guerre authentiquement populaire. Comme par exemple maintenant, quand « l’essentiel de leur innovation » dans la production de drones qui leur permettent de frapper très loin et très fort à l’intérieur de la Russie, « se fait non pas en Occident ni dans les sociétés d’armement privées des oligarques de Kyiv, mais dans des ateliers, garages et cuisines financés par des familles, des bénévoles et de petits réseaux de donateurs, dont le collectif anarchiste Solidarity Collectives » [1]
Mais le prix à payer est énorme. La guerre en Ukraine, qui dure déjà plus que la Deuxième Guerre mondiale (!) et qui a fait plus de 2 millions de morts et blessés (!), a couté aux seuls Ukrainiens (militaires et civils) entre 525 000 et 625 000 victimes, dont entre 125 000 et 150 000 morts [2]. Et il est à souligner que pendant que les riches échappent à leur service militaire moyennant des pots de vin payés aux responsables corrompus, ce sont ceux d’en bas, les pauvres, les ouvriers, les employés, les paysans qui versent leur sang en faisant la guerre en première ligne, souvent sans discontinuer depuis 2, 3 ou même 4 ans C’est ainsi par exemple, que les cheminots Ukrainiens, visés en toute priorité par l’ennemi russe, comptent plus de 1 300 morts et environ 3 000 blessés depuis le début de la guerre…
Le bain de sang, qui dépasse déjà celui de Stalingrad (!), est si effroyable que même le porte-parole du Kremlin, très fumeux dans ses déclarations, Dimitri Pescov a dû admettre – enfin que « Tout a commencé comme une opération militaire spéciale. Cela continue comme une guerre ». En effet, avoir plus de 450 000 militaires morts et presque 1 million blessés et disparus depuis le début de la guerre, et surtout avoir dernièrement, près de 30 000 militaires russes tués et blessés chaque mois, et continuer de parler d’une simple « opération militaire spéciale » serait plus qu’un euphémisme, il serait un aveu d’impuissance. D’ailleurs, c’est exactement parce qu’il y a cette impuissance russe que la guerre, qui devait se conclure en quelques jours par l’entrée triomphale de l’armée russe à Kyiv, dure déjà plus de quatre ans et demi. Et c’est aussi à cause de cette même impuissance russe, que le régime de Poutine est obligé de quémander l’aide du tragi-comique dictateur (héréditaire) Nord-Coréen, lequel envoie par dizaines de milliers ses pauvres compatriotes sur le front de guerre en Ukraine, pour qu’ils servent de chair à canon de son ami et complice Vladimir Poutine.
Mais, il y a pire quand les agents de Poutine piègent des milliers de jeunes africains, arabes, asiatiques ou latino-américains qui cherchent désespérément du travail, pour les envoyer, contre leur gré, au front et à une mort presque certaine. C’est ainsi qu’attirés par des fausses promesses d’emplois aux salaires mirobolants ou des bourses d’étude, plus de 1 400 jeunes africains de 35 pays, surtout des Égyptiens (361), des Camerounais (335), des Ghanéens (234) et des Sud-Africains, comme des milliers des Syriens, Yéménites, Irakiens, Cubains ou Népalais (qui sont au moins 15 000), ont été enrôlés de force et envoyés au front, et à la mort, après avoir signé des contrats en russe, dont ils ne comprenaient pas un seul mot [3].
Les témoignages des quelques chanceux qui ont pu rentrer dans leurs pays ont provoqué un tollé d’indignation dans la plupart des pays africains, lesquels jusqu’à alors sympathisaient avec la Russie. Dénonçant non seulement le fait que les Russes avaient confisqué leurs passeports et les gardaient pratiquement prisonniers, mais aussi qu’ils les maltraitaient et faisaient preuve d’un racisme anti-noir violent et humiliant, les « évadés » ont ému et choqué les opinions publics et même les autorités de leurs pays qui exigent de la Russie que leurs ressortissants, ainsi que les corps des morts, soient tout de suite rapatriés.
Le fait est que les problèmes et les contre-performances de Poutine commencent à faire légion, et qu’il parait de plus en plus piégé dans une guerre qu’il a voulue et qu’il a conduit personnellement dès le premier jour. Exactement comme son ami Trump qui est aussi piégé dans sa guerre contre l’Iran. Tous les deux sont terriblement enlisés dans leurs bourbiers respectifs et, malgré leur machiavélisme, ils paraissent de plus en plus incapables de trouver une voie de sortie. Sauf que Poutine, qui a toujours brillé par son cynisme sans bornes, semble avoir, depuis un certain temps, quelques « idées » qui pourraient ne plus laisser indifférent le président américain. Comme par exemple, celle d’un deal donnant-donnant, lequel faciliterait la sortie de Trump des impasses de sa guerre contre l’Iran en échange d’un lâchage total de l’Ukraine par Trump !
Évidemment, on n’est pas dans le secret du patron de la CIA John Ratcliffe pour savoir si son très spectaculaires voyage « de routine » à Moscou a eu quelque chose à faire avec cette « idée » de M. Poutine. Par contre, nous savons bien qu’en Mars passé, les médias internationaux ont commenté la révélation de Politico, selon laquelle le négociateur du Kremlin Kirill Dmitriev avait proposé aux négociateurs américains Steve Wittkoff et Jared Kushner le deal suivant, au cours de leur rencontre a Miami : que « le Kremlin cesserait de partager des renseignements avec l’Iran, tels que les coordonnées précises des ressources militaires américaines au Moyen-Orient, si Washington cessait de fournir à l’Ukraine des renseignements sur la Russie » [4].
Celle-ci n’a pas été la première fois que Poutine a proposé à Trump un tel deal. C’est ainsi que commentant l’opération militaire américaine au Venezuela qui a abouti à l’enlèvement de son président Nicolas Maduro, nous nous sommes souvenus d’un autre « deal » du même genre proposé à Trump par le Kremlin. Voici ce qu’on écrivait en janvier 2026 : « Témoignant en 2019 devant le congrès américain, celle qui était alors conseillère principale de Trump pour la Russie et l’Europe Fiona Hill avait fait état des « suggestions » des milieux liés au Kremlin concernant une éventuelle acceptation par Moscou de l’occupation du Venezuela par les Etats-Unis en échange de l’acceptation par Washington de l’occupation de l’Ukraine par la Russie ». Et on concluait ainsi : « Revenant il y a quelques jours sur son témoignage de 2019, Mme Hill a déclaré que le manque de réactions et la relative passivité montrée par le Kremlin face à la récente opération militaire américaine au Venezuela et au pillage de ses hydrocarbures qui a suivi, feraient penser à une possible mise à jour de cet « échange » suggéré par Moscou en 2019 et rejeté alors par Trump » [5].
Tant en 2019 qu’en mars 2026 Trump a rejeté les propositions et les « suggestions » russes. Mais, maintenant la situation est très différente : d’un côté, Poutine risque d’être bien plus pressant car les frappes des Ukrainiens font très mal à l’économie russe, font ressentir pour la première fois la guerre aux populations des grandes villes russes, déstabilisent le pouvoir et rendent la guerre de plus en plus impopulaire. De l’autre côté, Trump cherche désespérément, et ne trouve pas, une sortie du bourbier iranien, son autoritarisme brutal et vulgaire ne fascine plus et fait de moins en moins peur, sa popularité est en chute libre et les résultats des élections de mi-mandat s’annoncent catastrophiques.
Alors, pratiquement tout semble plaider en faveur d’un deal donnant-donnant de ces deux compères qui ont d’ailleurs un lourd passé de choix tactiques cyniques et immoraux qui servent exclusivement leur intérêt personnel. Mais, attention : même si un tel « deal » voit le jour, son application sera plus que problématique. On peut être sûrs que, malgré son épuisement après plus de quatre années d’une guerre horrible et féroce, le peuple ukrainien qui a déjà tant souffert et tant saigné, fera tout pour le rendre inopérant…
Yorgos Mitralias
Transmis par l’auteur le 30 août 2026 à Entre les lignes entre les mots
Notes
[1] Voir l’excellent article d’Adam Novak L’économie politique de la guerre en Ukraine et la politique d’une mauvaise paix qui se profile Résistance, néolibéralisme et la bataille de l’après-guerre, quatre ans plus tard : https://inprecor.fr/leconomie-politique-de-la-guerre-en-ukraine-et-la-politique-dune-mauvaise-paix-qui-se-profile
[2] Bloodier than Stalingrad: Number of casualties in Russia’s war on Ukraine reaches million :
https://edition.cnn.com/2026/07/02/world/russia-war-casualities-ukraine-2-million-intl
[3] La Russie enrôle des Yéménites, Syriens, Égyptiens, Irakiens pour combattre en Ukraine :
https://www.radiofrance.fr/franceculture/podcasts/la-revue-de-presse-internationale/la-revue-de-presse-internationale-emission-du-jeudi-15-janvier-2026-3661310
[4] Putin offers to stop sharing intel with Iran if US cuts off Ukraine :
https://www.politico.eu/article/putin-offers-stop-intel-iran-condition-us-cuts-off-ukraine/
[5] Trump au Groenland: colonialisme à l’ancienne et accélération de la catastrophe climatique! :
https://blogs.mediapart.fr/yorgos-mitralias/blog/160126/trump-au-groenland-colonialisme-lancienne-et-acceleration-de-la-crise-climatique
