
Une place pour nous tous, pas de place pour le lobby pro-Netanyahu
L’appel électoral pour les élections d’Octobre d’Avrum Burg, député israélien, ancien membre du Parti travailliste et ancien président du Parlement israélien, désormais élu dans les rangs du mouvement antisioniste Hadash. Cet appel prône l’espoir et les alternatives, contre les peurs et les manipulations. AM
Votez pour l’espoir et le changement, rejetez la peur et la manipulation.
Je ne me souviens pas d’une seule élection israélienne qui n’ait pas été qualifiée de décisive. Pourtant, celle qui aura lieu cet automne est vraiment différente. Cette fois-ci, l’avenir immédiat d’Israël se jouera simultanément en deux endroits : aux urnes ici, chez nous, et lors des élections de mi-mandat américaines. Nous devons donc accorder une attention particulière à la manière dont nous votons et à celles et ceux pour qui nous votons, mais aussi, ce qui est tout aussi important, à celles et ceux que nous devons refuser de soutenir. Ces deux élections s’inscrivent dans le même contexte politique. En Israël, les électeurs et les électrices décideront quelle coalition contrôlera la Knesset et qui dirigera le pays. Aux États-Unis, les électeurs et les électrices détermineront qui contrôlera le Congrès. Ce résultat déterminera dans quelle mesure le gouvernement israélien aura la liberté de poursuivre sa politique imprudente, qui le freinera et quel prix ses politiques continueront d’imposer.
Commençons par chez nous. Toutes les personnes que je rencontre ces jours-ci ont l’intention de voter, mais presque aucune ne se sent en paix avec son choix. Chacune prévoit de soutenir l’option qui lui cause le moins de malaise. Le désespoir que je perçois va bien au-delà de la lassitude face à la guerre, bien au-delà du coût de la vie et du terrible tribut en vies humaines. Il découle du sentiment que le système politique s’est dégradé et a perdu tout contact avec la réalité. Les mêmes politicien·nes usé·es répètent les mêmes slogans éculés. Des partis fatigués rivalisent pour prouver lequel d’entre eux saura gérer le mal existant le plus efficacement, tandis qu’aucun n’offre une véritable vision du bien. La sécurité a cessé d’être l’une des responsabilités essentielles du gouvernement pour devenir le seul langage que la politique sache parler. L’armée est le nouveau Temple. Les partis ultra-orthodoxes sont la mezouza que toute coalition doit embrasser. La guerre est devenue une religion de masse qui emporte presque tout le monde dans son sillage. Quiconque parle de paix est qualifié·e de naïf/naïve. Quiconque réclame l’égalité est taxé de dangereuse/dangereux. Toute proposition de partenariat entre Juifs/Juives et Arabes est traitée comme une trahison.
Ce désespoir dispose d’un instrument politique efficace : le seuil électoral. Presque toutes les conversations sur le fait de voter selon ses valeurs et ses convictions se terminent par la même phrase : « Je voterais , mais je ne veux pas gaspiller mon vote. » Ainsi, une possibilité politique valable se transforme en une prophétie destructrice qui se réalise d’elle-même. Le message échoue non pas parce que le public l’a examiné et rejeté, mais parce que chaque partisan potentiel a déjà décidé qu’ il ne pouvait pas aboutir. Les citoyen·nes entrent dans l’isoloir en tant que sondeurs amateurs et laissent leur conscience politique à l’extérieur. Au lieu de choisir ce qu’elles et ’ils veulent vraiment, elles et ils essaient de deviner ce que tous les autres vont choisir. La crainte du seuil électoral s’est cristallisée en une idée reçue, nous enseignant que voter de manière responsable revient à trahir nos propres convictions.
Parmi tous.tes mes ami·es, je semble être le seul à avoir trouvé une alternative fondée sur l’espoir. Je voterai pour « Une place pour nous tous.tes », avec enthousiasme et joie. C’est cela la révolution, et ce sont ces personnes que nous attendions. « Une place pour nous tous.tes » est un parti né d’un mouvement, qui apporte une réponse à bon nombre des maux dont souffre Israël. C’est bien plus qu’un simple remaniement des sièges sur le pont d’un navire en train de couler. Il propose un tout nouveau mode de fonctionnement pour la politique israélienne. Par son action et son combat, le parti démontre qu’un partenariat civique et humain entre Juifs/Juives et Arabes est une véritable possibilité politique. Il ne s’agit ni d’une alliance de façade, ni d’un programme creux, ni d’une feuille de vigne peu convaincante. Pour nous, l’égalité civique est une véritable sécurité et une bénédiction urgente. La paix est une politique concrète, et non un beau vœu réservé à des jours plus sereins. Face à l’ensemble de la droite sioniste, dans toutes ses nuances de gris et d’obscurité, une véritable alternative a émergé : « Une place pour nous tous.tes ».
L’extrême droite commence toujours par la même question : qui est l’ennemi, et que sommes-nous autorisés à lui faire ? Les vestiges désorientés de la soi-disant gauche ont perdu leurs repères politiques et cherchent refuge dans un sionisme défini par son opposition à tous les Arabes. « Une place pour nous tous.tes » part d’une question différente : qu’est-ce qui est bon pour tout le monde, et quel type de société voulons-nous construire pour y parvenir ? Tout le monde signifie tout le monde, sans discrimination, exclusion ni exception. Il s’agit d’une vision du monde, et non d’une liste politique sectaire. Nous ne demandons pas aux Juifs/Juives de renoncer à leur judéité ni aux Palestinien·nes de renoncer à leur identité palestinienne. Nous offrons aux deux peuples la possibilité de reconnaître l’identité de l’autre sans effacer la leur. Entre le Jourdain et la mer vivent deux communautés nationales, composées d’êtres humains dont les destins sont liés. Nous pouvons continuer à gérer cette relation par le racisme et la violence jusqu’à ce que nous nous détruisions mutuellement. Nous pouvons continuer à la nier et à détourner le regard. Ou bien nous pouvons commencer à construire une vie commune fondée sur les droits, la liberté, l’égalité, l’espoir, la responsabilité et le consentement. Cela vaut la peine de voter pour cela.
La même politique d’intimidation est à l’œuvre de l’autre côté de l’océan. En Israël, on met en garde les électeurs et les électrices contre le fait de soutenir le parti auquel elles et ils croient, sous prétexte que leur vote risquerait d’être perdu. Aux États-Unis, les électeurs et les électrices sont dissuadées de voter pour tout·e candidat·e que l’AIPAC [American Israel Public Affairs Committee, lobby créé en 1963 aux États-Unis visant à soutenir politiquement Israël – NdT] a refusé de soutenir. Sous le couvert d’un discours pieux et bien intentionné, l’AIPAC insiste sur le fait que la sécurité d’Israël est sa seule raison d’être et que tout moyen utilisé pour la défendre est donc justifié. Dans les faits, l’AIPAC est l’un des dangers cachés les plus graves auxquels sont confrontés Israël et les Israélien·nes, les Juifs/Juives du monde entier, ainsi que le judaïsme lui-même. Presque personne n’ose le dire. Il serait difficile de citer un seul acte d’imprudence [recklessness]de la part d’Israël, ou un seul acte de cruauté commis par un gouvernement israélien de droite ces dernières années, que l’AIPAC n’ait pas approuvé et soutenu. Dans les deux pays, une force extérieure supplante la conscience civique de l’électeur/électrice. Elle le fait au nom d’une notion manipulatrice de responsabilité dont le véritable sens est simple : votez contre vos propres valeurs.
Les citoyen·nes étasunien·nes ont naturellement un programme politique étasunien. Elles et ils votent sur l’économie et la santé, l’avortement et l’immigration, l’éducation et le climat. Israël ne devrait pas être au cœur de leur choix électoral. Mais celles et ceux qui se soucient du bien-être d’Israël devraient se poser une question fondamentale : quel Israël souhaitent-iels renforcer ? L’Israël méphistophélique de Netanyahou, avec lui à sa tête en tant que grand prêtre de la secte de l’AIPAC ? L’Israël de l’occupation, des colonies, de la violence et de la guerre sans fin ? Ou l’Israël qui peut encore choisir l’égalité, la paix et une vie en commun ? Soutenir cet autre Israël exige un geste civique simple : refuser de soutenir tout·e candidat·e ayant accepté ne serait-ce qu’un centime de cette organisation extrême et dangereuse. Lors des élections de mi-mandat, votez pour des candidat·es dont les valeurs et la conduite servent la cause d’un lieu pour tous.tes, là-bas comme ici.
Je ne me suis rendu qu’une seule fois dans les locaux de l’AIPAC. Une grande affiche était accrochée au mur : « Massada, une mémoire vivante ». Cette image résume la raison d’être la plus profonde de l’AIPAC : veiller à ce qu’Israël reste Massada pour toujours. Le véritable Massada n’était pas une histoire d’héroïsme. C’était une chronique du fanatisme, l’histoire d’une forteresse isolée dont les habitant·es avaient perdu la capacité d’envisager une autre issue que la mort. Lorsque Massada devient votre mémoire vivante, chaque désaccord est un siège, chaque compromis est une capitulation, et chaque critique est une trahison. La solution privilégiée par le judaïsme de Massada est le suicide collectif. Telle est l’imaginaire politique que l’AIPAC finance et promeut : Israël comme une forteresse assiégée en permanence, le judaïsme comme un état d’urgence sans fin, et une force militaire écrasante comme seule réponse que l’histoire autorise. Le peuple juif semble désormais divisé entre trois entités politiques : l’État d’Israël, les États-Unis, qui abritent la plus grande communauté juive hors d’Israël, et l’État de l’AIPAC. Cette entité insaisissable et sans frontières, dotée d’une immense richesse et d’une influence politique quasi magique, s’exprime au nom d’Israël sans aucune autorité officielle ni mandat moral. Elle réduit le judaïsme américain à un simple bras armé d’un État étranger, fait naître le spectre même de la double allégeance qui hante les Juifs/Juives depuis des générations, et donne vie à toutes les théories du complot délirantes concernant les Juifs/Juives, l’argent et le pouvoir.
Le prix de cette influence ne se mesure pas uniquement en termes financiers, même si les sommes en jeu sont colossales. Sur l’ensemble de la scène politique américaine, leur argent corrompt le marché des idées. Les candidat·es ont peur d’aborder les questions les plus épineuses. L’aide étasunienne favorise-t-elle la paix ou fait-elle obstacle à celle-ci ? Pourquoi l’argent, les armes et la protection diplomatique des États-Unis soutiennent-elles cette odieuse politique de colonisation ? Ce sont les Israélien·nes qui paient le prix le plus lourd pour le pouvoir occulte de l’AIPAC. L’AIPAC finance la politique de guerre, mais ce sont nos enfants qui meurent et ce sont nos maisons qui sont détruites.
La lutte contre l’AIPAC est aussi une lutte pour le droit des Juifs/Juives étasunien·nes à se libérer du carcan que leur imposent l’AIPAC et le reste de l’establishment juif. Ensemble, ces institutions ont transformé les Juifs/Juives étasunien·nes en fonds d’urgence et en force de réserve au service de tous les caprices de tous les gouvernements israéliens. La communauté juive étasunienne est bien plus riche et diversifiée que cela. Elle comprend des voix religieuses et laïques, des personnes qui aiment Israël et d’autres qui le critiquent, souvent les mêmes personnes à la fois. Mais les fidèles de l’AIPAC ne comprennent pas cet amour, car elles et ils vénèrent le dieu de la guerre. L’heure est venue d’écarter Netanyahou, Ben Gvir et l’AIPAC de tous les aspects de nos vies.
Les deux élections de 2026 posent la même question à tous ceux et à toutes celles qui se soucient de l’avenir d’Israël et du peuple juif. Allons-nous continuer à faire nos choix par peur, ou allons-nous enfin voter en fonction de notre conscience et de notre sens des responsabilités ? En Israël, la responsabilité signifie confier le pouvoir politique à celles et ceux qui prônent le partenariat, la justice pour tous.tes, l’égalité et la paix. Aux États-Unis, cela signifie chasser l’AIPAC de tous les espaces politiques, briser les chaînes de la victimisation et libérer le grand esprit de la communauté juive étasunienne. Partout, le judaïsme a besoin de cet esprit pour contrebalancer l’aveuglement qui s’est emparé d’Israël et d’une partie du peuple juif.
Cet automne, nous devons voter pour le salut. Nous devons sauver Israël de la secte raciste qui en a pris le contrôle, et sauver la communauté juive étasunienne des réseaux financiers, de la paranoïa et de l’addiction à la guerre. En Israël, nous devons faire place à un avenir commun pour tous.tes. Aux États-Unis, la sphère publique doit être débarrassée de celles et ceux qui prospèrent en la fermant aux autres. Une place pour nous tous.tes. Pas de place pour l’AIPAC.
Avrum Burg, 13 aout 2026
https://avrumburg.substack.com/p/a-place-for-us-all-no-place-for-aipac
Traduit par DE
