Idées et Sociétés, International

La parole aux soldates ukrainiennes

L’association féministe des combattantes et anciennes combattantes Veteranka a publié le 17 juillet des témoignages de soldates sur la situation politique actuelle en Ukraine. PLT

 Que pensent les femmes militaires de ces changements au sein du gouvernement ?

« Nous, celles qui avons participé aux combats et servi dans l’armée, sommes une minorité absolue. Une minorité à tel point que les responsables politiques ne tiennent même plus compte de nous. Ils s’appuient simplement sur nos épaules et, de là, racontent n’importe quoi à la majorité, qui vit aux dépens de notre sacrifice dans l’illusion de la paix. C’est le paradoxe central de la démocratie en temps de guerre, dont je parle dans mon livre : ceux qui paient le prix le plus fort et dont le service est déterminant pour tous ont le moins de droits et ne sont pas pris en compte par les responsables politiques. Et aujourd’hui, je constate que ce système est allé si loin dans son mépris des militaires et de leurs familles qu’il ne juge même plus nécessaire de feindre que notre sort ne lui est pas indifférent »,

— Yaryna Chornoguz, marine, opératrice de drones d’attaque, membre du mouvement VETERANKA.

« Pour la première fois en plus de quatre ans de service militaire, j’ai eu peur des changements de personnel, lorsque le commandant en chef a été remplacé. La deuxième fois, c’est maintenant. Et pendant que j’effectue ma mission de combat, sortez dans la rue avec une pancarte en soutien à Fedorov »,

Daria « Gilka », officière de la Garde nationale ukrainienne.

 « Pour de nombreux militaires, soutenir les manifestations peut leur coûter leur poste. Leur grade. Des blâmes. Des perspectives d’avenir compromises. Ou simplement un « entretien préalable », pour que la personne n’oublie pas où elle se trouve et qui elle sert. Et c’est précisément là le plus grand problème. Car l’armée ne défend pas seulement le territoire. Elle défend l’État, dans lequel les citoyens ont le droit d’avoir leur propre opinion. Si un militaire, qui risque chaque jour sa vie pour cet État, commence à avoir peur d’exprimer sa position citoyenne, ce n’est pas le problème d’un individu isolé. C’est le problème de l’État lui-même ».

Alina Mikhaïlova, chef du service médical de la 59e brigade d’infanterie, commandante de la mission « Ulf ».

 D’après l’expérience de notre mouvement, nous savons à quel point il est difficile pour les militaires de défendre leurs droits au sein de l’armée, de porter leurs problèmes sur la place publique ou de mettre en œuvre des innovations. À chaque fois, cela suscite une résistance encore plus forte de la part d’un système qui refuse de changer.

Nous avons à plusieurs reprises fait appel à la médiatrice militaire ou à d’autres instances gouvernementales et législatives afin d’aider nos sœurs dans des situations difficiles. Et presque à chaque fois, la personne qui demandait de l’aide subissait par la suite un traitement brutal de la part du commandement, se voyait confier une mission dangereuse ou, au contraire, se voyait interdire de participer à des opérations de combat.

C’est précisément pour cette raison qu’à l’heure actuelle, si peu de militaires se sont exprimés sur la situation actuelle au sein du gouvernement et sur les changements au sein du ministère de la Défense et du ministère des Anciens combattants : participer à une manifestation ou prendre position publiquement peut entraîner un blâme ou fermer des portes à l’avenir.

Veteranka