International, Politique et Social

Une nouvelle vague d’émeutes raciales frappe le Royaume-Uni

De nouvelles émeutes raciales déclenchées par la tentative de meurtre d’un homme à Belfast-Nord, en Irlande du Nord

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La saison estivale des émeutes au Royaume-Uni se poursuit à un rythme soutenu, alimentée par la tentative de meurtre d’un Britannique blanc à Belfast, en Irlande du Nord, perpétrée mardi soir par un demandeur d’asile soudanais. L’homme – qui, selon certaines informations, souffrirait de troubles d’apprentissage et qui aurait apparemment aidé son agresseur, récemment installé dans le quartier – a été victime d’une agression atroce, au cours de laquelle il a été poignardé aux yeux, le nez partiellement sectionné et le cou et le visage lacérés à plusieurs reprises. Un habitant du quartier, qui s’est trouvé sur les lieux, a réussi, à l’aide d’un bâton de hurling (un instrument de sport traditionnel irlandais), à empêcher que l’attaque ne débouche sur ce qui aurait certainement été un meurtre.

Bien que l’incident se soit produit à Belfast-Nord, dans un quartier nationaliste (c’est-à-dire catholique ou républicain irlandais), des émeutes ont éclaté mardi soir à Belfast-Est, un quartier loyaliste (protestant ou unioniste britannique). Dans des violences rappelant les émeutes raciales de l’année dernière, des hommes masqués et armés ont pris position aux ronds-points et contrôlé les voitures entrant dans le quartier, à la recherche de personnes d’origine non blanche. Des bus, des voitures et des maisons ont été saccagés et incendiés. Des images troublantes ont montré une famille d’immigré·es avec deux jeunes enfants être évacuée de leur maison mitoyenne et embarquée dans un fourgon de police alors que les flammes ravageaient les maisons voisines.

Selon des informations en provenance de Belfast, les domiciles de personnes non blanches connues auraient été systématiquement visités et attaqués, ce qui laisse supposer que des renseignements avaient été recueillis au préalable. Il ne s’agit pas simplement d’une colère spontanée. Si cette colère n’est pas spontanée, les bandes d’hommes traquant les « Noirs » ont mis en évidence l’atavisme qui est au cœur de tout cela. Dans une ville tristement célèbre pour son histoire de pogroms et de violences sectaires, notamment celle des tristement célèbres « Shankhill Butchers » – un groupe de meurtriers loyalistes affiliés à des groupes paramilitaires, qui traquaient et égorgeaient des catholiques au hasard dans les années 1970 et au début des années 1980 –, il s’agit là d’une répétition effrayante de l’histoire. Des vidéos ont circulé montrant l’agression brutale d’un homme noir, laissé inconscient sur le bord d’une route.

Des manifestations ont eu lieu dans d’autres villes britanniques, notamment à Glasgow, une ville présentant de forts liens sectaires et raciaux parallèles à ceux de Belfast. Un groupe d’hommes masqués, tous vêtus de noir, a défilé dans le centre-ville en criant « Rule Britannia », en brandissant des drapeaux de l’Union et en appelant à la « fin de l’immigration de masse ». Des images ont été diffusées montrant des hommes attaquant au hasard deux jeunes hommes noirs, en criant : « Attrapez ce salaud de Noir ! Donnez-moi un coup de pied à ce salaud de Noir ». À Édimbourg, des manifestations de moindre ampleur ont scandé « Nous voulons retrouver notre pays », brandissant des drapeaux britanniques et des drapeaux écossais (Saltire).

Rupert Lowe, le chef de Restore, le parti politique d’extrême droite britannique qui réclame l’expulsion même des citoyen·nes britanniques naturalisé·es, s’est exprimé sur les réseaux sociaux pour rendre hommage aux « patriotes » – un vocabulaire qui, jusqu’à ces dernières années, ne faisait généralement pas partie du discours au Royaume-Uni.

Alors que les violences se sont largement limitées (en Irlande du Nord et en Écosse) aux communautés loyalistes, à Dublin, en République d’Irlande, des informations font état d’une femme somalienne hospitalisée après s’être fait arracher son hijab et lacérer le visage.

Les violences collectives se sont poursuivies pour une deuxième nuit en Irlande du Nord le mercredi 10 juin. Une explosion a frappé un hôtel accueillant des demandeurs/demandeuses d’asile à Belfast avant que 200 émeutiers ne se mettent à le prendre d’assaut. Des cocktails Molotov, des feux d’artifice, des briques, des poubelles, des incendies, des chiens policiers et des canons à eau ont tous été utilisés. Tous les transports publics en Irlande du Nord devaient être suspendus à partir de 18 h en raison des manifestations attendues.

Le reste du Royaume-Uni et de l’Irlande retient son souffle, en particulier les communautés de migrant·es et les personnes de couleur, alors que le « génie » de la question raciale semble bel et bien être sorti de sa lampe.

Seamus Connolly, 11 juin 2026
Auteur spécialisé dans l’humanisme et le marxisme.
https://imhojournal.org/articles/new-wave-of-race-riots-hits-uk/
Traduit par DE

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Pogroms racistes à Belfast :
condamnation unanime des républicains irlandais

La presse s’est fait l’écho des émeutes racistes de Belfast ces derniers jours, à la suite de l’agression d’un homme d’une quarantaine d’années par un migrant soudanais qui a tenté de l’égorger.

Les médias mainstream et les militants de gauche français ont beaucoup insisté sur le rôle d’Elon Musk et de Tommy Robinson (agitateur numérique fasciste britannique), qui auraient soufflé sur les braises et poussé à l’émeute. Sans nier leurs responsabilités, il convient de rappeler le contexte spatial des émeutes et leur cadre politico-culturel.

L’agression a eu lieu dans le quartier de Girdwood/New Lodge, au nord de Belfast. C’est une zone d’interface entre quartiers républicains irlandais et quartiers fidèles à la Couronne britannique, à quelques centaines de mètres d’un quartier clairement loyaliste/unioniste.

L’homme agressé a été secouru par un autre homme portant un patronyme gaélique ; il a neutralisé l’agresseur avec une crosse de hurling.

Mais les émeutes ont toutes eu lieu dans des quartiers fidèles à la Couronne britannique, notamment à Sandy Row et Shankill Road. Ce sont des lieux où les groupes paramilitaires pro-britanniques exercent une grande influence culturelle et politisent encore beaucoup de jeunes sur des bases racistes, colonialistes et suprémacistes. Ce sont des quartiers glorifiant l’occupation militaire britannique en Irlande du Nord, où les escadrons de la mort paramilitaires unionistes sont encensés, où les drapeaux israéliens sont déployés et où l’on peut lire sur les murs « Kill All Taigs », c’est-à-dire : « Tuez tous les catholiques ».

C’est dans ce secteur qu’a sévi notamment un gang appelé les « Shankill Butchers » (« les Bouchers de Shankill »). Ce groupe paramilitaire enlevait des catholiques au hasard, les torturait et les égorgeait avec des couteaux de boucher. Il y eut 23 victimes. Ses membres furent pris pour cible par l’IRA avant d’être condamnés à la fin des années 1970. Aujourd’hui encore, certains secteurs du loyalisme/unionisme, parmi les mêmes qui poussent aux émeutes suite à cette agression et ciblent des migrants, célèbrent les membres de ce gang de tueurs.

Ces émeutes pogromistes ont pris pour cibles des réfugiés et leurs familles, essentiellement dans les quartiers loyalistes. Des maisons ont été détruites, entièrement brûlées, des familles évacuées… Les réseaux sociaux et les murs se sont constellés de slogans contre l’islam.

Les adresses des maisons accueillant des migrants et des réfugiés ont circulé, invitant à les prendre pour cible, tout comme des lieux d’accueil collectifs pour les demandeurs d’asile.

C’est un pogrom brutal, comme ceux que subissaient les Juifs de la zone de résidence de l’ancien Empire tsariste. Comme ceux que subirent les catholiques irlandais en 1969 de la part du même secteur politique loyaliste.

De la même manière que le Bund, grand parti socialiste révolutionnaire juif trans-étatique, émergea comme force d’autodéfense à l’orée du XXe siècle dans le Yiddishland d’Europe orientale, le républicanisme armé de la seconde moitié du XXe siècle (IRA, INLA…) se régénéra en se posant comme défenseur des quartiers catholiques à partir de 1969.

Les quartiers républicains, notamment les plus défavorisés, ne sont pas imperméables à la vague réactionnaire. Mais les organisations républicaines irlandaises légales et publiques ont toutes su réagir en condamnant la violence pogromiste.

Le Sinn Féin, parti désormais institutionnalisé issu de l’IRA provisoire, principale force armée républicaine à partir de 1969, a refusé le discours raciste culpabilisant l’ensemble des migrants pour l’attaque ayant provoqué les émeutes. La jeune maire Sinn Féin de Belfast, Róis-Máire Donnelly, première magistrate gaélophone de la cité, a d’ailleurs fait l’objet de menaces de mort émanant vraisemblablement de secteurs du loyalisme. Son crime ? Avoir qualifié ces émeutes de racistes.

L’ensemble du républicanisme critique vis-à-vis du Sinn Féin (IRSP, Éirígí, Saoradh, Republican Network for Unity, Anti-Imperialist Action Ireland, Lasair Dhearg…) a fait front contre la déferlante raciste. Toutes les déclarations soulignent la duplicité des groupes loyalistes impliqués dans les émeutes racistes, prenant prétexte de la nationalité de l’agresseur, et mettent en garde ceux qui, dans leurs quartiers, pourraient vouloir s’y joindre.

Ces organisations ont su dépasser leurs clivages pour patrouiller ensemble dans les quartiers républicains de Belfast et dissuader les jeunes prolétaires de céder à la tentation émeutière. Les militants fascistes présents dans les quartiers catholiques ont été mis en garde solennellement. Les groupes s’inscrivant dans la tradition de l’autodéfense se sont déployés pour protéger les cibles potentielles.

Le Mouvement socialiste républicain a reçu des informations faisant état d’hommes masqués faisant du porte-à-porte pour tenter d’intimider les migrant·es afin qu’elles et ils quittent les quartiers populaires nationalistes.
Soyons tout à fait clair·es : cela ne sera pas toléré. Le Mouvement socialiste républicain est sur le terrain, et toute tentative de harceler, de menacer ou de forcer nos voisins à quitter leurs foyers et leurs communautés se heurtera à une résistance et sera bloquée à chaque étape. Les communautés ouvrières appartiennent aux personnes qui y vivent, et non à des bandes de lâches.
En défense de la classe ouvrière !

Message de l’organisation de Jeunesse de IRSP

Des républicains d’Ardoyne, quartier très proche de Glenbryn, enclave loyaliste, ont collecté de l’argent pour les victimes racisées des émeutes et ont déclaré pouvoir les accueillir dans les quartiers républicains.

La famille de l’homme grièvement blessé par le réfugié soudanais a également condamné sans équivoque la violence raciste. L’homme qui l’a secouru et qui porte un nom gaélique a lui aussi condamné le recours à l’émeute ainsi que la destruction de biens privés appartenant à des migrants ou à des personnes racisées.

CATU (Community Action Tenants Union), le syndicat des locataires actif des deux côtés de la frontière, a également condamné clairement le caractère raciste des émeutes et invité à l’autodéfense communautaire ainsi qu’à la solidarité de voisinage avec les immigrés pris pour cible. Sans oublier de rappeler que la crise du logement n’est pas le fait des immigrés. Les groupes communautaires et antiracistes, animés par divers secteurs socialistes et républicains, ont participé à l’aide aux personnes déplacées après les attaques contre les logements.

La capacité des républicains et des socialistes à faire front, à descendre dans la rue et à occuper l’espace public a contenu, dans une certaine mesure, la contamination fasciste de quartiers prolétaires. Leur capacité d’autodéfense a clairement été évoquée et assumée. Plutôt qu’un appel à faire confiance à la justice et à la police, ils se sont appuyés sur leur capacité à s’auto-organiser.

En Bretagne, deux pôles de l’extrémisme de droite entretiennent des connexions assumées avec Sandy Row et Shankill Road : le micro-comité de rédaction du site Breizh Info et le groupe vannetais An Tour Tan. Le hooliganisme viriliste de la base sociale du loyalisme les fascine. Ces deux groupes, interfaces en Bretagne des mouvements identitaires français, ont mobilisé à Callac en 2022, aux côtés du groupe zemmouriste Reconquête et de Gilbert Collard, vieille figure du Rassemblement national, pour s’opposer à la création d’un projet d’accueil de réfugiés.

Il est bon de rappeler que, sous leur vernis bretonniste, celtophile et très vaguement régionaliste, ces groupes passent leurs vacances dans les quartiers où vivent les pogromistes de Shankill Road et qu’ils justifient les violences qu’ils souhaitent importer ici.

Ce qu’ils racontent sur l’unification de l’Irlande et de différentes communautés autour d’un rejet de l’islam et des migrants est une fable. Si des manifestations racistes ont eu lieu à Dublin à la suite de l’agression qui a provoqué les émeutes à Belfast, elles sont restées d’une intensité relativement faible.

À une toute petite échelle, ils cherchent à reproduire ici la confusion qui pourrait amener certains patriotes irlandais à considérer l’arrivée de migrants comme un danger plus grand que l’impérialisme britannique, à juger l’occupation militaire des six comtés moins grave pour la souveraineté irlandaise que les mouvements de population provoqués par le pillage de la planète, et à accepter de se plier à l’agenda politique de groupes racistes issus précisément de secteurs pro-impérialistes justifiant depuis toujours la partition de l’Irlande et la destruction de son identité gaélique.

« Let no Irishman throw a stone at the foreigner ; he may hit his own clansman » (« Qu’aucun Irlandais ne jette une pierre à l’étranger ; il pourrait atteindre l’un des siens »). Telle est la parole attribuée à James Connolly, dirigeant socialiste et républicain, co-organisateur de l’insurrection de 1916.

Par romantisme, mimétisme, simplisme, interceltisme ou panceltisme, beaucoup de Bretons favorables au droit du peuple breton à décider de son destin ont cherché en Irlande une inspiration susceptible de légitimer leurs combats. La réalité met souvent à mal ces parallèles maladroits.

Depuis quelque temps, on sent bien que la tentation xénophobe gagne du terrain en Bretagne, y compris dans des milieux traditionnellement plutôt rétifs à cette déchéance intellectuelle.

À ceux qui, en Bretagne, se passionnent pour l’histoire — parfois au risque de la mythifier — nous proposons de se renseigner sur la manière dont les migrants bretons se rendant au Havre ou à Saint-Denis étaient traités entre 1860 et 1950 : stigmatisés, mal logés, méprisés et souvent présentés comme un problème social par une partie de la presse réactionnaire de l’époque.

Ils découvriront alors que, pour une fois, les paroles de James Connolly trouvent une résonance particulière dans notre propre histoire :

« Qu’aucun Irlandais ne jette une pierre à l’étranger ;
il pourrait atteindre l’un des siens. 
»

L’histoire de l’émigration bretonne rappelle en effet que les populations qui quittent leur terre pour chercher du travail ou simplement vivre en sécurité ont souvent été accueillies par la suspicion, la discrimination et le rejet. Cette mémoire devrait nous inviter à la prudence lorsque nous portons un jugement sur ceux qui empruntent aujourd’hui des chemins semblables.

Sans nier les difficultés sociales, économiques ou culturelles que peuvent susciter les phénomènes migratoires, il convient de rappeler que la stigmatisation collective d’une population en raison de son origine n’a jamais constitué une réponse politique émancipatrice.

Les événements de Belfast montrent au contraire à quel point la colère sociale peut être détournée vers des boucs émissaires lorsque des forces politiques et idéologiques choisissent d’alimenter les peurs plutôt que de s’attaquer aux causes profondes des inégalités. Elles servent les intérêts des puissants, des états impérialistes.

Que l’on partage ou non les analyses du mouvement républicain irlandais, un fait demeure : face aux violences visant des migrants et leurs familles, l’ensemble des organisations républicaines citées dans cet article a choisi de condamner les attaques et de défendre les personnes prises pour cible plutôt que d’alimenter la logique de représailles. Sans avoir le monopole de la lutte antiraciste, elles restent et de loin les plus présentes dans la rue dans ces moments critiques.