Posted by Daniel Tanuro | 07/04/2026 |

La chute de Trump a-t-elle commencé ? Ou sommes-nous au contraire a la veille de son saut dans la dictature totale? Il est trop tôt pour prédire l’issue. Mais une chose semble certaine: en déclenchant sa guerre contre l’Iran avec Netanyahu, en sous-estimant l’adversaire, en crachant sur ses alliés impérialistes et autres avec mépris (« le prince héritier d’Arabe saoudite me baise le cul »), l’aspirant dictateur s’est mis lui-même dans une situation extrêmement difficile, dont on voit mal comment il peut sortir sans subir une défaite plus ou moins humiliante… Sauf à « déchaîner l’enfer », comme il dit… contre le peuple iranien qu’il prétendait libérer… et contre les mobilisations populaires aux USA.
« Allez ouvrir Hormuz vous-memes, bande de lâches, les USA n’en ont pas besoin et ont fait le gros du boulot »: voila ce que Trump a dit en substance a ses « alliés ». Eh bien, ouvrir Hormuz, c’est en effet ce que font le Japon, la France, les Philippines, la Grande-Bretagne… Pas en bombardant l’Iran, pas en menaçant de ramener les Iraniens « à l’âge de pierre auquel ils appartiennent » (!!!). En négociant avec les mollahs, dont le régime sanglant- c’est un comble – est en train de sortir renforcé de l’épreuve censée « l’obliterer ». Renforcé à l’extérieur (le contrôle sur le détroit lui est reconnu de facto) et à l’intérieur (l’agression sauvage de Trump-Netanyahu fait serrer les rangs autour de l’aile ultra). La Grande-Bretagne convie 35 pays a une réunion pour une solution diplomatique. Les monarchies du Golfe font marche arrière après le rejet par le conseil de sécurité de leur résolution, qui ouvrait la voie à une solution militaire. Dorénavant, elles demandent à normaliser leurs relations avec Téhéran…
Le sol semble se dérober sous les pieds de Donald J.Trump. Deux jets US ont été abattus, ruinant toutes ses rodomontades sur la « victoire écrasante » de son armée – « la plus forte du monde, et de loin ». Si les pilotes n’avaient pas été récupérés, l’humiliation aurait été totale. Les éructations du secrétaire à la guerre, Hegseth, qui invoque Jésus Christ en conférence de presse, ne parviennent pas à dissimuler l’échec de « Epic Fury ». Dans ce contexte militaire et diplomatique, il devient politiquement de plus en plus difficile à Trump de mettre à exécution ses promesses de guerre totale pour « décapiter, annihiler l’Iran ». Pourtant, il risque bien de franchir le pas.
Chaque jour qui passe montre plus clairement que les ultimatums successifs de Trump sont l’expression de son impuissance. Ses menaces de détruire tous les ponts et toutes les centrales électriques iraniennes – un crime de guerre – et ses insultes (« bâtards, ouvrez ce detroit ») expriment sa rage de s’être mis lui-même dans une impasse. S’il mettait ses menaces à exécution, ce serait au prix d’une perte de crédibilité et d’influence catastrophique pour l’impérialisme US. De plus, dans ce cas, Trump devrait agir très vite, avant d’être contourné et isolé plus gravement encore par une alliance « alterimpérialiste » des « pays moyens » contestant le leadership US, sur le modèle proposé à Davos par Carney et soutenu par Macron en Corée récemment.
L’alternative – reculer, chercher un « deal », miser sur l’aide de la Chine, du Pakistan, de l’Egypte et de la Turquie pour se sortir du mauvais pas sans perdre totalement la face – serait sans doute « moins pire » du point de vue de la classe dominante US. Mais le prix politique à payer ne serait pas mince non plus. En particulier, l’Iran ne cédera pas sans garanties pour sa sécurité, qu’Israel refusera d’accepter. De toute manière, une courbe rentrante de ce genre semble difficilement faisable tant que Trump est aux manettes. Depuis ses zigs-zags sur les droits de douane, le Président est certes connu pour reculer sur le mode TACO ( « Trump always chickens out »). Mais les enjeux géostratégiques sont si importants qu’on le voit mal faire TACO dans le Golfe… Alors, une révolution de palais à la Maison Blanche, au nom du 25e amendement (incapacite du President)? Ce n’est pas totalement exclu (la hiérarchie militaire n’apprécie pas les purges dont elle est victime; le parti Républicain est en panique face aux sondages pour les midterms, la magistrature ne cède pas face au despote), mais peu fort probable à court terme. Le risque d’accélération de la fuite en avant criminelle est donc très présent. D’ores et déjà, des équipements sanitaires sont massivement bombardés (l’Institut Pasteur de Téhéran, notamment, est détruit).
La situation est d’autant plus volatile et imprévisible que, sur le front intérieur aussi, les mauvaises nouvelles s’accumulent pour Trump. Près de 9 millions de gens ont manifesté sur le thème « NO King, no ICE, no war », dans un climat de convergence des luttes. La base MAGA est fissurée par le scandale Epstein, mais aussi par l’opposition à la liberté totale que Trump veut laisser aux oligopoles de l’IA. La construction de la salle de bal pharaonique du despote est bloquée par un juge… républicain. La cote d’approbation de l’action de Trump est à 32% à peine (plus de 60% désapprouvent son action). Les sondages pour les midterms, on l’a dit, sont catastrophiques.. Et la Cour suprême (à majorité réac!) se prépare à déclarer que la suppression du droit du sol (tout enfant né aux USA a la nationalité US) est anticonstitutionnelle… Bref, rien ne va plus!
Son succès au Vénézuéla a poussé Trump à croire qu’il pouvait tout se permettre, notamment s’approprier brutalement le pétrole iranien, remodeler le Moyen-Orient à sa guise (et à celle de Netanyahu) et renforcer ainsi l’hégémonie US menacée par la montée économique de la Chine capitaliste. Le calcul était faux d’un bout à l’autre. Cette erreur risque de lui coûter très cher, et de coûter très cher à l’impérialisme US. L’aspirant néofasciste à la Maison Blanche se voyait déjà en empereur romain (genre Caligula). Bien qu’il n’ait pas une ombre de culture classique, Trump sent intuitivement que » arx tarpeia Capitoli proxima » (La roche tarpéienne est proche du Capitole – la chute est proche du succès). La bête blessée, menacée, peut redoubler de dangerosité. Netanyahou – et Poutine!.- montrent de quelles atrocités ces gens sont capables. Mobilisons-nous pour les arrêter.
Repris de Gauche Anticapitaliste

