Idées et Sociétés, International

Nouvelle loi israélienne : la pendaison pour les Palestiniens, mais pas de nœud coulant pour les Juifs israéliens.

Le meurtre d’un Juif par un Palestinien est un crime passible de la peine capitale ; ce n’est pas le cas pour le meurtre d’un Palestinien par un Juif.

Rendons à César ce qui appartient à César. Quiconque affirme que le sionisme est du racisme doit beaucoup à la droite israélienne, qui s’efforce sans relâche de fournir à ces détracteurs un flux constant d’arguments.

La preuve la plus récente et la plus flagrante est apparue hier, lorsque la majorité d’extrême droite de la Knesset a approuvé une nouvelle loi qui soumet les Palestiniens reconnus coupables d’avoir tué des Juifs israéliens à la peine de mort, tout en exemptant les Juifs israéliens reconnus coupables d’avoir tué des Palestiniens de la corde du bourreau. (Ce n’est pas une figure de style ; la loi précise que la pendaison est le moyen d’exécution.)

Jusqu’à présent, les exécutions légales n’ont pas vraiment occupé une place importante dans la jurisprudence israélienne ; la dernière personne légalement exécutée par Israël fut Adolf Eichmann, l’un des architectes de l’Holocauste, en 1962. En vertu de la nouvelle loi, la peine capitale est instaurée, mais uniquement pour les meurtres commis « dans le but de nier l’existence de l’État d’Israël », une formulation aussi superficielle dans sa manière d’euphémiser le ciblage que, disons, la « solution finale ». (En ce sens, Eichmann sert de précédent non seulement pour avoir été exécuté, mais aussi pour avoir contribué à instaurer une loi extrémiste fondée sur la race.) Un Israélien qui assassine des civils palestiniens, ont estimé les auteurs et les partisans de la nouvelle loi (Itamar Ben-Gvir, le ministre de la Sécurité d’extrême droite du gouvernement qui a rédigé le projet de loi, et le Premier ministre Benjamin Netanyahu, dont le parti, le Likoud, a fourni les voix nécessaires à son adoption), ne cherche pas à nier l’existence d’Israël et n’est donc pas soumis aux subtilités juridiques relatives à l’égalité devant la loi. En vertu de ses dispositions, par exemple, Baruch Goldstein, un colon israélien qui a assassiné 29 Palestiniens en prière en 1994, n’aurait pas été passible de la peine de mort. (Ben-Gvir, l’auteur de la nouvelle loi, avait autrefois affiché la photo de Goldstein sur le mur de son salon.)

L’une des autres subtilités juridiques que la nouvelle loi bafoue est l’exigence de l’unanimité du jury ; il suffira désormais d’une simple majorité pour prononcer une condamnation à mort à l’encontre d’un Palestinien reconnu coupable.

La loi a été adoptée par un vote de 62 voix contre 48, les partis du centre et de gauche ayant voté contre. Elle a été immédiatement condamnée par une multitude de pays européens qui comptaient autrefois parmi les alliés les plus fidèles d’Israël, notamment l’Allemagne et la Grande-Bretagne. Elle n’a bien sûr rencontré aucune opposition de la part du gouvernement de Donald Trump.

À l’approche du vote, Ben-Gvir arborait sur son revers un pin’s représentant un nœud coulant. Au cas où vous vous demanderiez pourquoi les démocrates, bien que tardivement, refusent le financement de l’AIPAC, vous feriez bien de garder cette image à l’esprit.

Harold Meyerson

Rédacteur en chef

Traduction ML