
par Kavita Krishnan, féministe et marxiste indienne, ancienne membre du bureau politique du Parti communiste indien (marxiste-léniniste) de libération, ancienne directrice du mensuel de ce parti qu’elle a quitté en 2022 en raison de profondes divergences sur la guerre en Ukraine.
Souvent publiée dans Adresses, elle a grandement participé à la création et à la diffusion du concept de Multipolarité impérialiste, aujourd’hui à l’oeuvre dans les politiques tragiques du moment. ML
Plusieurs personnes que j’estime, au sujet du conflit entre les États-Unis, Israël et l’Iran, me demandent quelle est ma position. Voici ma position :
Je me tiens aux côtés des manifestants pro-démocratie iraniens. Ma position progressiste et anti-impérialiste est la suivante : nous nous opposons à la guerre et au changement de régime soutenu par les États-Unis et Israël en Iran ; tout changement de régime doit être le fait du seul peuple iranien. Ce n’est qu’en partageant cette dernière considération que l’on peut être les alliés des Iraniens pro-démocratie contre la guerre, et non les alliés du régime qui les tue et les emprisonne. Après tout, ce sont eux qui se battent véritablement pour un changement de régime depuis l’intérieur de l’Iran.
Il ne suffit pas de dire que Trump et Netanyahu ne se soucient pas de la démocratie, des femmes ou des citoyens en Iran – les Iraniens le savent. La question est : « nous soucions-nous d’eux ? » Ni le régime de la République islamique, ni Pahlavi, ni Trump, ni Bibi ne se soucient des Iraniens pro-démocratie, des prisonniers politiques et de la justice pour les manifestants massacrés. Nous, peuples pro-démocratie du monde entier, sommes les seuls sur lesquels les Iraniens pro-démocratie peuvent compter pour leur solidarité. Ils ont besoin de nous pour amplifier leurs voix et leurs revendications contre la guerre et contre le régime.
Avant de partager quelque chose de quelqu’un sur Facebook ou d’autres outils de communication, vérifiez si cette personne a soutenu les manifestants pro-démocratie en janvier dernier ou lors des manifestations « Femme, Vie, Liberté ». Si elle a qualifié ces manifestants d’« agents d’Israël ou des États-Unis », alors elle se soucie aussi peu du peuple iranien que Trump, Bibi et les ayatollahs.
Les prisonniers politiques d’Iran sont les futurs dirigeants d’un Iran démocratique – et le régime de la République islamique, mais aussi Trump et Bibi, veulent leur mort.
Des Iraniens pro-démocratie résidant au Royaume-Uni, dont beaucoup ont passé des années dans les prisons iraniennes, ont adressé une lettre à Keir Starmer. Parmi les signataires figuraient Nazanin Zaghari-Ratcliffe, une citoyenne anglo-iranienne emprisonnée depuis 2016 dans une prison de Téhéran, le prisonnier politique iranien Aras Amiri, qui a été incarcéré pendant trois ans dans la tristement célèbre prison d’Evin à Téhéran, et Nasrin Parvaz, qui a passé huit ans dans les prisons iraniennes depuis 1982. D’autres personnalités de premier plan de la communauté iranienne, des universitaires et des écrivains ont également signé cette lettre. Leur lettre disait :
Personne ne peut prétendre vouloir la fin de la République islamique plus que nous. Mais attaquer le pays de cette manière aura l’effet inverse. Cela renforcera les autoritaires et alimentera le mythe qui les soutient en interne depuis des décennies : celui selon lequel ils combattent l’impérialisme occidental.
Lorsque Netanyahou – un homme accusé de crimes de guerre internationaux après avoir tué d’innombrables civils à Gaza – tue le dictateur iranien, cela tue l’homme mais immortalise le mythe. Les Iraniens voulaient qu’il soit jugé et puni pour ses crimes, et ils ne voulaient pas qu’il devienne un « martyr », comme il le souhaitait.
Une politique pro-démocratie protégerait les prisonniers politiques et veillerait à ce qu’Israël et les États-Unis ne bombardent pas des prisons comme celle d’Evin. C’est dans ces cellules que se trouvent les futurs dirigeants démocratiques de l’Iran. Une politique pro-démocratie ferait passer clandestinement des appareils connectés à Internet – et non des armes – par-delà la frontière, et briserait le black-out qui recouvre le pays. Une politique en faveur de la démocratie dénoncerait la politique d’assassinat d’Israël, même lorsqu’elle vise des dirigeants que nous méprisons. Il y a tant à faire en solidarité avec les Iraniens. Mais s’associer aux guerres perpétuelles de Netanyahou n’en fait pas partie.
(Cette lettre a été publiée dans « The Guardian » le 10 mars 2026)
Traduction ML
