International, Politique et Social

Anti-Guerre ? Les réseaux d’influence russe dans l’extrême-gauche européenne

Nous les avons vu à Rome, au Dôme à Paris, ils seront bientôt à Londres dans la cadre des opérations Stop the war ou Guerre à la guerre. Nous sommes d’autant plus inquiets qu’ils sont « invités » par des organisations dont les dirigeants ont signé un appel à un Forum à Porto Alegre, anti fasciste et anti impérialiste. Nous serons particulièrement attentifs au déroulé de ce forum où se retrouveront anti-impérialistes véritables, opportunistes et, non pas d’anodins campistes , mais de véritables soutiens objectifs au criminel Poutine. ML

Vend. 20 mars – 19h – La Dar CSA (127, rue d’Aubagne)
Présentation discussion avec Maria Bikbulatova
restauration à prix libre en soutien à la résistance queer féministe sur le front en Ukraine

Maria Bikbulatova, militante anarcha-féministe russe en exil, documente avec d’autres camarades en Ukraine notamment, les réseaux de l’influence russe au sein de l’extrême-gauche française et européenne, particulièrement au sein des mouvements « d’opposition à la guerre ».

Il est en effet possible d’identifier clairement des personnes, auto-proclamées « opposant.es russes ou ukrainien.nes de gauche », tenir meeting dans des événements qui se prétendent « anti-impérialistes », parfois directement pilotés par Révolution permanente ou La France Insoumise, alors que leur parcours politique laisse, au bas mot, songeurs…


Post Sovietic Left (PSL / Gauche Post Soviétique), mouvement La Paix par le bas (Peace from below)
… on pourrait penser qu’une proximité idéologique serait la raison de cet aveuglement sur l’origine de ces militant.es, mais comment expliquer ces choix relationnels précis, alors que le passé et les liens de ces personnes les rattachent clairement à des réseaux d’extrême-droite et masculinistes ?

C’est ainsi que ces « opposants » se permettent d’appeler tranquillement au désarmement de l’Ukraine dans des meetings « Guerre à la guerre » sans jamais questionner une industrie militaire russe qui, de son coté, tourne à plein régime, sous couvert d’une rhétorique gauchiste bâtie autour de la fable d’un soulèvement ouvrier contre le Régime de Poutine comme seule voie pour la Paix.

D’autres mouvements, de la galaxie anti-autoritaire, soutiennent des initiatives faussement pacifistes en Ukraine sous couvert de soutien à la désertion unilatérale des ukrainien.nes, alors qu’ils passent sous silence des plateformes anarchistes efficaces d’aide à la désertion des soldats et conscrits russes, en Arménie notamment, aux frontières de l’empire.

Dans sa démonstration, Maria Bikbulatova va plus loin et montre comment à chaque réalité politique nationale ou communautaire, le Kremlin adapte et déploie des interventions manipulatoires via toute une nébuleuse de médias, réseaux sociaux et relais d’influence, avec comme objectif prioritaire de mettre l’Ukraine, sa résistance et ses soutiens à genou : soutien aux agriculteurs en Pologne, antimilitarisme pseudo-pacifiste en Allemagne, discours campiste anti-occidental en France…

Nous évoquerons également l’Afrique subsaharienne où la rhétorique décoloniale, avec les propres mots de la gauche, est largement mobilisée par les services d’une puissance fondamentalement bâtie sur la domination impériale, la russification et l’écrasement des peuples annexés. Un peu partout, la Russie cherche à capitaliser sur la colère des personnes opprimées et des minorités discriminées, pour les transformer en alliées d’une croisade ultra-réactionnaire qui, en synergie croissante avec le trumpisme, menace de coincer les forces d’émancipation dans un étau fatal.

En Europe et en Afrique, où Russian TV diffuse à fond, les populations musulmanes sont directement ciblées à travers l’approche publicitaire d’une Russie bienveillante. Le danger pour les minorités en Russie est pourtant effrayant, avec l’enrôlement forcé et la surveillance policière dans les mosquées sous prétexte d’antiterrorisme. Rappelons-nous aussi l’attrait de RT chez un vaste pan de Gilets jaunes, avec à la clé la popularisation de lectures complotistes des rapports de domination.

L’objectif de cette conférence-discussion est de porter à la connaissance du public l’existence de ces réseaux d’influence afin de vérifier les informations reçues et relayées, mais aussi d’augmenter la sécurité dans nos initiatives. Nous pensions que la guerre hybride est loin de nous ? Elle est dans les faits depuis longtemps au cœur de nos espaces collectifs et ne joue pas la partition de l’émancipation…

En savoir plus :
https://lundi.am/L-Ukraine-et-le-pacifisme-de-la-gauche…

https://leftrenewal.org/…/rymbu-nothing-in-common-fr

https://lundi.am/La-question-coloniale-et-la-gauche-russe