Idées et Sociétés, International

Inde. La grève générale du 12 février : les travailleurs face aux nouveaux Codes du travail

Le 12 février 2026, des millions de travailleurs indiens ont participé à une grève générale nationale contre quatre Codes du travail qui restructurent fondamentalement les rapports de force sur le lieu de travail en faveur des employeurs. Sushovan Dhar soutient que la portée de cette grève dépasse la perturbation industrielle immédiate : elle représente un acte de défiance collective face à un environnement juridique de plus en plus restrictif, à un moment où restructuration néolibérale et gouvernance autoritaire convergent pour réduire l’espace d’organisation de la classe ouvrière. Il examine les revendications, la composition sociale, les méthodes tactiques et les limites stratégiques de la grève, la situant dans une confrontation plus longue entre le travail et un État aligné sur le pouvoir des entreprises. [MJ]

Le 12 février 2026, des millions de travailleurs à travers l’Inde ont participé à une grève générale nationale lancée par la plateforme conjointe des centrales syndicales. Mesurée uniquement par la participation, la grève s’inscrivait dans un répertoire familier de protestation industrielle de masse dans l’Inde contemporaine. Politiquement, cependant, sa signification se situe ailleurs. Elle s’est déroulée à un moment où le terrain institutionnel régissant les relations de travail avait connu un basculement décisif, avec des pressions juridiques, économiques et idéologiques convergeant pour réduire l’espace disponible pour l’action collective de la classe ouvrière.

Au cours des trois dernières décennies, l’accumulation du capital en Inde a progressé par la privatisation, l’expansion financière et une intégration plus profonde dans les réseaux de production mondiaux. Cela s’est accompagné d’une réorientation progressive des politiques étatiques vers la compétitivité et la confiance des investisseurs. La consolidation de la flexibilité du travail a de plus en plus coïncidé avec un rétrécissement de l’espace démocratique. Cela suggère que la restructuration économique et la gouvernance autoritaire ne sont pas des développements parallèles mais des processus qui se renforcent mutuellement [1]. Dans ce contexte, la grève du 12 février a revêtu une signification qui dépassait le simple arrêt du travail : elle représentait une tentative des travailleurs d’affirmer leur capacité d’action collective dans des conditions politiques et juridiques de plus en plus défavorables.

Dans plusieurs affaires récentes en droit du travail, les observations judiciaires ont de plus en plus fait écho aux préoccupations relatives au climat d’investissement et à l’efficacité économique, présentant implicitement les travailleurs organisés comme des obstacles à la croissance. Cela entre souvent en contradiction avec une jurisprudence antérieure axée sur la dignité du travail et la justice sociale. Parallèlement, de larges pans des médias présentent habituellement les protections sociales et la négociation collective comme des charges réglementaires, assimilant la flexibilité au progrès. Cela a créé un terrain qui influence la justification de la flexibilité du travail.

Dans cette optique, l’annonce de l’entrée en vigueur des quatre Codes du travail fin novembre dernier apparaît moins comme un changement de politique abrupt que comme la consolidation d’une orientation capitaliste émergente. Au fil du temps, les protections du travail ont été affaiblies non pas par une rupture unique mais par des notifications exécutives successives, des réinterprétations judiciaires et une dilution réglementaire. Les codes rassemblent ces transformations dispersées dans une architecture statutaire unifiée. Ils confèrent une sanction juridique formelle à une orientation qui évoluait progressivement à travers les politiques et les pratiques [2].

Les dispositions qui recalibrent collectivement l’équilibre des pouvoirs sur le lieu de travail comprennent :

* Rendre les grèves procéduralement plus difficiles
* Relever les seuils d’approbation préalable des licenciements
* Légitimer l’emploi à durée déterminée dans tous les secteurs
* Modifier les normes de reconnaissance syndicale.

Ces changements interviennent à un moment où le chômage reste élevé et l’informalisation généralisée, renforçant ainsi le pouvoir discrétionnaire patronal précisément quand le pouvoir de négociation des travailleurs est déjà sous pression.

Par conséquent, cette grève générale a cessé d’être un simple instrument conventionnel de négociation industrielle pour revêtir le caractère d’un acte politique accompli au mépris d’un environnement juridique de plus en plus restrictif. Face à des barrières juridiques croissantes et à la menace grandissante de sanctions pénales liées à l’action collective, les travailleurs qui ont fait grève ne l’ont pas fait simplement pour faire valoir des revendications économiques mais pour affirmer des droits démocratiques eux-mêmes en voie de rétrécissement.

Cette grève est peut-être moins spectaculaire que d’autres dans la longue histoire ouvrière de l’Inde, mais elle était opportune, nécessaire et politiquement révélatrice. Elle a signalé que même face à des cadres juridiques défavorables et à une hostilité institutionnelle, des sections de la classe ouvrière conservaient la capacité d’agir collectivement.

Revendications, alliances et composition sociale
La plateforme conjointe a formulé quatre revendications principales : (a) l’abrogation des quatre Codes du travail et de leurs règlements d’application ; (b) l’annulation des politiques affectant les garanties d’emploi rural et la restauration et l’expansion du Mahatma Gandhi National Rural Employment Guarantee Act (MGNREGA — Loi de garantie nationale de l’emploi rural Mahatma Gandhi) [3] ; (c) le retrait du projet de loi d’amendement sur l’électricité et du projet de loi sur les semences ; et (d) la revalorisation des salaires minimums et des pensions et le retour en arrière sur la précarisation et la privatisation.

La grève a reçu le soutien de la coalition paysanne Samyukta Kisan Morcha (SKM — Front uni des paysans) [4], des syndicats de travailleurs agricoles, des organisations de femmes, des organisations étudiantes et de jeunesse, marquant une convergence visible entre ouvriers et paysans.

La grève s’est également déroulée peu après les observations orales du juge en chef Surya Kant lors d’une audience le 29 janvier, dans lesquelles les syndicats auraient été décrits comme des facteurs contribuant au ralentissement industriel et à la baisse de la confiance des investisseurs. Ces remarques sont rapidement devenues un point de contestation pour l’opposition politique concernant la grève. Les syndicats ont répondu en invoquant l’article 19(1)(c) de la Constitution [5], qui garantit le droit de former des associations, et en réaffirmant la position juridique bien établie selon laquelle le versement du salaire minimum est une obligation statutaire et constitutionnelle, et non un obstacle à la création d’emplois.

La participation a englobé un large spectre de l’économie. Les travailleurs du charbon, de l’acier, de l’ingénierie et de la construction automobile ont signalé des arrêts de travail et des manifestations, tandis que certains secteurs de la main-d’œuvre bancaire et de l’assurance ont répondu à l’appel à la grève. Les employés de la production et de la distribution d’électricité, ainsi que d’autres services publics de l’énergie, ont connu des degrés divers d’arrêt de travail. Les postiers et des segments des services gouvernementaux ont également participé. Une présence notable a été observée parmi les « scheme workers » [6], ainsi que parmi les travailleurs du beedi [7], les ouvriers du bâtiment et de nombreux travailleurs du secteur informel. Cela souligne l’étendue de la mobilisation qui a dépassé la main-d’œuvre industrielle organisée.

Les travailleuses du secteur informel étaient en première ligne des blocages routiers et ferroviaires. Les organisations étudiantes et de jeunesse se sont jointes aux actions en exigeant la création d’emplois et la défense de l’éducation publique.

La faible densité syndicale a limité les arrêts dans le secteur informatique, mais des formations émergentes, telles que les syndicats d’employés IT/ITeS, ont mobilisé des contingents visibles dans les grandes villes.

Perturbation de la production : s’organiser sous la contrainte
Dans les grands États industriels — notamment le Karnataka, le Tamil Nadu, le Maharashtra, le Bengale-Occidental, le Kerala, le Telangana et certaines parties du Nord de l’Inde — les syndicats ont signalé des degrés divers d’arrêt de production.

Les méthodes tactiques de la grève du 12 février à travers les régions industrielles ont été un élément déterminant. Dans plusieurs États, les travailleurs se sont rassemblés avant l’aube pour mettre en place des piquets matinaux, interceptant les transports vers les usines et persuadant les travailleurs acheminés dans les bus d’entreprise de rejoindre l’arrêt de travail. Devant de nombreux portails d’usines, les syndicalistes se sont rassemblés en grand nombre, se tenant aux entrées et sorties et pressant la direction de cesser les opérations pour la journée. Dans plusieurs régions, les travailleurs se sont également rassemblés à des carrefours stratégiques — autoroutes, grands ronds-points et routes d’accès reliant les zones industrielles — ralentissant ou bloquant la circulation des marchandises et les transports d’entreprise. Ces interventions ne se sont pas limitées à des usines isolées mais ont été menées à travers des bassins industriels entiers. Cela témoigne d’une planification préalable et d’une communication entre syndicats pour s’assurer que l’appel à la grève se traduise par une perturbation réelle de la production et de la distribution.

Dans plusieurs régions, les travailleurs permanents ont participé en grand nombre, tandis que les travailleurs contractuels ont souvent fait face à des pressions limitant leur pleine participation. Cela révèle la profonde fragmentation structurelle de la main-d’œuvre indienne.

L’automobile, l’ingénierie, l’électronique et les produits pharmaceutiques figuraient parmi les secteurs manufacturiers les plus touchés. Les services bancaires et d’assurance ont été partiellement perturbés. Dans les régions minières, des blocages routiers ont été signalés.

Les syndicats ont démontré leur capacité à perturber significativement les flux de production dans les industries dépendantes des chaînes d’approvisionnement, même lorsqu’ils n’ont pas obtenu un arrêt complet. Par conséquent, la signification du 12 février ne peut se limiter à l’ampleur de la participation ou à la perturbation temporaire de la production, mais réside dans ce qu’elle révèle sur la conjoncture actuelle du capitalisme indien. À un moment où l’accumulation dépend de plus en plus de la flexibilité du travail, de relations d’emploi fragmentées et d’une négociation collective affaiblie, même des formes limitées d’arrêts de travail coordonnés acquièrent une signification politique accrue. La grève a mis en lumière une contradiction centrale de la phase actuelle : alors que le capital exige une main-d’œuvre disciplinée et atomisée, intégrée dans les réseaux de production mondiaux, l’organisation collective continue de perturber ce projet par la réapparition de l’action collective.

Les Codes du travail et la restructuration du pouvoir sur le lieu de travail
Depuis l’adoption des quatre Codes du travail en 2019-2020 et leur mise en œuvre fin 2025, il y a eu six grèves générales nationales [8]. Les syndicats soutiennent que les quatre Codes du travail restructurent collectivement l’équilibre des pouvoirs au travail en faveur des employeurs. Les codes restreignent également le droit de grève en imposant des obligations de préavis qui déclenchent automatiquement des procédures de conciliation, rendant les grèves procéduralement difficiles.

En relevant le seuil d’approbation gouvernementale préalable pour les licenciements, les dégraissages et les fermetures de 100 à 300 travailleurs, les codes excluent la vaste majorité des usines de la surveillance réglementaire. La reconnaissance formelle de l’emploi à durée déterminée, sans garanties significatives, est perçue comme institutionnalisant la précarité, tandis que le rétrécissement et la redéfinition de la qualité de « travailleur » excluent de larges segments du personnel d’encadrement et technique des protections en matière de conflits du travail. Simultanément, le gouvernement a rendu plusieurs violations graves du droit du travail composables – ce qui réduit la responsabilité pénale à des sanctions pécuniaires. Les syndicats pointent également un contrôle renforcé de l’enregistrement, de la reconnaissance et du fonctionnement financier des syndicats, qu’ils estiment contraindre l’organisation indépendante. Enfin, malgré des références rhétoriques à l’inclusion, les travailleurs des plateformes numériques et de l’économie des petits boulots restent en dehors de la reconnaissance formelle de l’emploi, cantonnés à des dispositifs d’aide sociale plutôt qu’à des protections fondées sur les droits du travail.

Le projet de politique nationale du travail et de l’emploi (Shram Shakti Niti 2025) a encore intensifié les inquiétudes en requalifiant l’État comme « facilitateur de l’emploi » plutôt que comme garant réglementaire des droits du travail.

Crise industrielle et politique de la culpabilisation
La protestation contre les remarques judiciaires imputant aux syndicats la fermeture d’entreprises est devenue centrale dans la grève. En fait, les données du Bureau du travail réfutent l’affirmation selon laquelle la combativité syndicale serait responsable du déclin industriel. Le nombre annuel moyen de conflits du travail est passé de 354 entre 2006 et 2014 à seulement 76 entre 2015 et 2023. En outre, le nombre de journées-personnes perdues en raison de grèves et de lock-out a considérablement diminué, passant de 20,3 millions en 2006 à seulement 0,34 million en 2023.

De plus, les données parlementaires du ministère des Affaires corporatives indiquent que plus de 204 000 entreprises privées ont fermé entre 2020-21 et 2024-25 ; une tendance liée à la restructuration, à l’insolvabilité et aux tensions du marché plutôt qu’à l’agitation ouvrière.

Récemment, le stress industriel a plutôt été largement attribué à des perturbations économiques structurelles qu’aux actions de la classe ouvrière. Le double choc de la démonétisation et de la mise en œuvre précipitée de la GST [9] a gravement déstabilisé les chaînes d’approvisionnement et les cycles de fonds de roulement, en particulier pour les petites et moyennes entreprises. La fragilité du secteur des TPME [10], qui fonctionne avec des marges réduites, a été encore davantage exposée par le resserrement des conditions de crédit et les retards de paiement. La prévalence de l’endettement massif des grandes entreprises et des procédures d’insolvabilité dans le cadre du régime de faillite a mis en évidence des problèmes significatifs de surextension financière et de recouvrement insuffisant, indiquant des faiblesses du capital plutôt que de l’agitation ouvrière. En outre, l’influence croissante du capital spéculatif et financiarisé a détourné les ressources des investissements productifs. Ces facteurs sont sous-tendus par une demande intérieure durablement faible, tirée par la stagnation des salaires et un chômage élevé. Ceux-ci contraignent l’expansion industrielle bien plus décisivement que l’activité syndicale [11].

Inégalités, pouvoir d’État et espace démocratique
La grève s’est déroulée dans un contexte d’inégalités économiques croissantes. Selon le World Inequality Lab (2024), le 1% le plus riche des Indiens détient 22,6% du revenu national et 40,1% de la richesse nationale, les niveaux les plus élevés enregistrés depuis des décennies. En contraste saisissant, la moitié la plus pauvre de la population ne revendique que 15% du revenu total [12].

Le chômage des jeunes reste aigu. L’emploi permanent continue de se réduire, tandis que les emplois précaires et contractuels se multiplient. Dans ces conditions, les protections du travail ne fonctionnent pas comme des distorsions. Elles agissent comme des contrepoids à la concentration du pouvoir économique produite par les modes d’accumulation contemporains dans une économie marquée par une concentration extrême des richesses et une insécurité croissante de l’emploi.

Dans plusieurs États, la police a imposé des restrictions aux manifestations et détenu des manifestants. Des arrestations préventives, des barricades et des refus d’autorisation de rassemblement public ont été signalés dans plusieurs villes. Dans certaines régions, des gouvernements d’États dirigés par l’opposition ont publiquement critiqué les Codes du travail tout en poursuivant l’élaboration de règlements d’application pour les mettre en œuvre, révélant des contradictions politiques. La gestion des manifestations a aiguisé le débat sur l’espace civique, les droits démocratiques et le climat institutionnel auquel fait face le mouvement ouvrier organisé [13].

Ce que le 12 février a révélé
La grève a démontré que la classe ouvrière indienne conserve encore la capacité de coordonner une action à l’échelle nationale, malgré des années de fragmentation et de contraintes juridiques. Dans plusieurs secteurs clés, la grève a produit un impact industriel tangible, soulignant que le pouvoir stratégique des travailleurs aux nœuds critiques de la production n’a pas disparu. La convergence visible des syndicats avec les organisations paysannes a signalé une réarticulation de l’unité ouvriers-paysans, élargissant la grève au-delà d’un cadre industriel urbain. Les travailleuses et les personnes employées dans le secteur informel et les programmes gouvernementaux étaient présentes de manière visible, reflétant l’évolution de la composition sociale de la classe ouvrière. En même temps, la participation inégale des travailleurs contractuels et précaires a révélé la fragmentation structurelle produite par des décennies de précarisation.

La grève doit donc être comprise non comme un épisode isolé mais comme une expression précoce d’une phase plus large de confrontation susceptible de s’approfondir à mesure que la crise économique et la restructuration du travail progressent. Elle s’inscrit dans une confrontation plus longue et inachevée entre les travailleurs et un État de plus en plus aligné sur le pouvoir des entreprises. La crise économique s’approfondit ; les inégalités se creusent, le chômage des jeunes persiste, le travail précaire s’étend, et pourtant les protections du travail continuent de s’éroder. La contradiction est structurelle.

Au-delà de la grève rituelle
En même temps, la grève expose les limites stratégiques du mouvement syndical actuel. Depuis des décennies, des structures syndicales bureaucratisées ont trop souvent traité les grèves générales comme des manifestations ritualisées de protestation, plutôt que comme des moments d’une stratégie soutenue de consolidation de classe [14]. La répétition sans escalade risque le confinement symbolique, tandis que la mobilisation sans approfondissement organisationnel risque la dissipation.

Si les Codes du travail représentent l’aboutissement d’une longue offensive néolibérale, alors la résistance ne peut rester épisodique. Nous devons consciemment surmonter la fragmentation entre travailleurs permanents et contractuels, secteurs formel et informel, et travail urbain et rural. La convergence ouvriers-paysans visible dans cette grève doit être institutionnalisée, pas simplement célébrée. Les nouveaux secteurs — travailleurs des plateformes numériques et de l’économie des petits boulots, employés du secteur informatique — doivent être intégrés dans une stratégie de classe unifiée plutôt que traités comme périphériques.

La montée de l’extrême droite est indissociable de la restructuration de la main-d’œuvre. La gouvernance autoritaire prospère là où la classe ouvrière est divisée, démoralisée ou organisationnellement creuse. Les syndicats font face à une responsabilité historique : dépasser la protestation défensive et se réaffirmer comme instruments de la lutte de classe démocratique.

Que le 12 février devienne une note de bas de page ou un tournant ne dépendra pas du nombre de bus arrêtés ou d’usines fermées, mais de ce qui suivra. Que ces possibilités puissent être réalisées dépendra moins de la mobilisation épisodique que de la capacité du mouvement ouvrier à reconstruire des formes durables d’organisation dans des conditions de plus en plus hostiles à la politique collective.

Sushovan Dhar
Sushovan Dhar : Membre du comité de rédaction d’Alternative Viewpoint. Militant politique et syndicaliste basé à Kolkata.
D’abord publié dans Amandla, puis dans Alternative Viewpoint, 27 février 2026 :
https://altviewpoint.in/after-the-l
Traduit et notes pour ESSF par Mark Johnson.
https://www.europe-solidaire.org/spip.php?article78185

Notes
[1] Pour une analyse de la convergence entre néolibéralisation et nationalisme hindou comme projets se renforçant mutuellement dans l’Inde contemporaine, voir Alf Gunvald Nilsen, « Feast, Famine, and Hegemony : On Neoliberalisation and Hindu Nationalism in India », 19 juin 2023. Disponible sur :
http://www.europe-solidaire.org/spi
[2] Lorsque les trois projets de loi sur les Codes du travail ont été adoptés par vote vocal en septembre 2020, l’opposition parlementaire était absente, protestant contre les lois agricoles. Les organisations de défense des droits des travailleurs les ont décrits comme instaurant un régime de « hire and fire » (embauche et licenciement à volonté). Voir « India : Here’s Why Workers, Opposition Parties Are Protesting Against the 3 New Labour Laws », The Wire, 23 septembre 2020. Disponible sur :
http://www.europe-solidaire.org/spi
[3] Le MGNREGA, adopté en 2005, accorde un droit juridiquement contraignant à 100 jours de travail rémunéré par an aux ménages ruraux. Il est reconnu pour avoir réduit la pauvreté rurale et renforcé le pouvoir de négociation des travailleurs. Le gouvernement Modi affiche une hostilité soutenue envers ce programme depuis 2014. Fin 2025, le gouvernement l’a effectivement remplacé par une législation qui supprime la garantie du droit au travail et donne au gouvernement central un contrôle discrétionnaire sur les allocations d’emploi. Voir « Statement (India) : On the Repeal of Mahatma Gandhi National Rural Employment Guarantee Act (MGNREGA) », Radical Socialist, 2025. Disponible sur :
http://www.europe-solidaire.org/spi
[4] Le Samyukta Kisan Morcha est une coalition de plus de quarante syndicats paysans et de travailleurs agricoles formée lors des manifestations de 2020-2021 contre trois lois agricoles pro-entreprises. Le mouvement, qui a encerclé New Delhi pendant plus d’un an, a contraint le gouvernement Modi à abroger ces lois en novembre 2021. Voir Joël Cabalion et Delphine Thivet, « Révolte sans précédent des paysans indiens », Le Monde diplomatique, mars 2021. Disponible sur :
http://www.europe-solidaire.org/spi
[5] L’article 19(1)(c) de la Constitution indienne garantit à tous les citoyens le droit de former des associations ou des syndicats.
[6] Les « scheme workers » sont des personnes employées dans des programmes gouvernementaux de protection sociale ou de développement — tels que les Services intégrés de développement de l’enfant (ICDS) ou le programme des Activistes de santé sociale accréditées (ASHA)   qui sont classées comme « travailleuses honoraires » ou « bénévoles » plutôt que comme employées gouvernementales reconnues. Elles reçoivent généralement des indemnités plutôt que des salaires et sont exclues des protections standard du travail.
[7] Les travailleurs du beedi roulent des cigarettes artisanales à partir de feuilles de tendu. La production de beedis est l’une des plus grandes industries non organisées de l’Inde, employant des millions de personnes — principalement des femmes et des travailleurs dalits — dans des conditions d’extrême précarité avec des salaires minimaux et aucune protection formelle du travail.
[8] En juillet 2025, une précédente grève nationale de plusieurs millions de travailleurs avait déjà visé les Codes du travail. Voir Côme Bastin, « Des millions d’Indiens se mobilisent contre une loi de régression sociale », Mediapart, 10 juillet 2025. Disponible sur:
http://www.europe-solidaire.org/spi
[9] La démonétisation désigne le retrait brutal par le gouvernement Modi de 86% de la monnaie en circulation en Inde en novembre 2016, qui a gravement perturbé l’économie informelle et les petites entreprises. La Goods and Services Tax (GST — taxe sur les biens et services), mise en œuvre en juillet 2017, a remplacé le système complexe de taxation indirecte multi-niveaux de l’Inde par une taxe nationale unique, mais a été largement critiquée pour son déploiement précipité et son impact négatif sur les petites entreprises.
[10] Très petites, petites et moyennes entreprises (TPME), également désignées sous le sigle MSMEs (micro, small and medium enterprises) dans la terminologie politique indienne. Ce secteur représente environ 30% du PIB de l’Inde et emploie plus de 110 millions de personnes.
[11] Pour une analyse des limites structurelles de la croissance indienne et de la contradiction entre les promesses de développement du gouvernement Modi et la réalité de la précarité de masse, voir Romaric Godin, « L’Inde fait face aux limites de sa croissance », Mediapart, 11 juillet 2025. Disponible sur :
http://www.europe-solidaire.org/spi
[12] L’analyse par Sushovan Dhar du Budget de l’Union 2026-27 montre comment la politique budgétaire approfondit activement ces inégalités : l’État privilégie la formation de capital et la crédibilité auprès des marchés plutôt que la redistribution, l’emploi et les dépenses sociales. Voir Sushovan Dhar, « Consolidation sans redistribution : le budget et la refonte de l’État indien », Alternative Viewpoint, 8 février 2026. Disponible sur :
http://www.europe-solidaire.org/spi
[13] Pour une analyse récente de la manière dont les réglementations anti-pollution à Delhi sont déployées de façon à nuire de manière disproportionnée aux moyens de subsistance de la classe ouvrière tout en laissant intactes les causes structurelles, voir Sankha Subhra Biswas, « Delhi’s Toxic Air Is a Political Choice, and Working-Class Lungs are Paying the Price », 20 décembre 2025. Disponible sur :
http://www.europe-solidaire.org/spi
[14] Pour une discussion critique de la subordination des grèves générales indiennes aux calculs électoraux des partis politiques, voir « Inde : Les partis politiques, les syndicats et leurs alliances dans la construction de contre-pouvoirs », 2019. Disponible sur :
http://www.europe-solidaire.org/spi