Soyons francs. Kidnapper, arrêter ou tuer une personnalité politique d’un pays par un autre État est défini comme illégal en droit international, non pas parce que les États puissants sont soudainement devenus humains, mais parce que même les élites au pouvoir après la Seconde Guerre mondiale ont compris que si cette logique n’était pas contenue, la concurrence entre les États se transformerait en chaos permanent et en guerre sans fin. Ces règles ont été écrites pour gérer la guerre entre les États, pas pour protéger les personnes.
Et c’est précisément pour cette raison que leur application n’a jamais été similaire depuis le début. Pour les faibles, la loi est un fouet. Pour les puissants, c’est une vitrine. Lorsque la force réelle la soutient, la loi se plie. Lorsqu’elle ne le fait pas, elle est appliquée avec tout le « principe ». Ainsi, si quelqu’un·e se plaint aujourd’hui des « violations du droit international » en prenant une posture morale, elle ou il devrait d’abord répondre à une question simple : qui applique la loi, avec quel pouvoir et avec quel équilibre des forces ?
Voici le problème : beaucoup de celles et ceux qui versent aujourd’hui des larmes de crocodile sur le « droit international » sont resté·es silencieuses/silencieux pendant des années, ou ont trouvé des excuses lorsque ces mêmes droits et ces soi-disant « droits humains universels » étaient bafoués dans les pays opprimés. Lorsqu’il y avait répression interne, emprisonnement, torture, exécutions et éliminations physiques, elles et ils qualifiaient cela de « problème de sécurité » ou le dissimulaient sous le couvert de la géopolitique.
Il ne s’agit pas seulement d’une erreur morale, mais d’un échec politique. Car le résultat est que, même dans leur propre pays, la politique réelle est éloignée de la société, le terrain est laissé à la droite et aux partisan·es de la sécurité, et la droite vend la guerre et le maintien de l’ordre à l’intérieur du pays en créant un « monstre » à l’étranger.
Lorsque vous effacez les peuples opprimés, vous donnez en fait à votre adversaire sa meilleure arme : il pointe du doigt et dit « Vous voyez ? Ces gens ne comprennent même pas la souffrance des victimes », puis il utilise cette excuse pour faire passer des budgets militaires, des lois sécuritaires et des projets de guerre. C’est le lien entre l’intérieur et l’extérieur : ne pas nommer la répression là-bas renforce la défaite politique et la désorganisation ici.
Alors abandonnons les slogans et parlons de pouvoir. Le « droit international » sans action sociale, sans organisation, sans pression venant d’en bas, n’est qu’un mot. La vraie question est : où est votre pouvoir social pour arrêter ce processus ? Les populations d’Iran et d’une grande partie de l’Asie occidentale sont écrasées à la fois par l’autoritarisme interne, une économie de pillage et l’intervention étrangère.
Elles n’ont pas de médias libres, de syndicats indépendants, le droit de manifester, ni même une sécurité élémentaire. Attendre des mêmes personnes qui luttent pour survivre au quotidien qu’elles assument également la charge d’arrêter la machine de guerre mondiale est une sinistre plaisanterie. Et si, dans les pays puissants eux-mêmes, les mouvements réels, les syndicats forts et la politique de classe ont été affaiblis, le résultat est évident : les États transforment les « droits » en outils, ils s’en servent pour se parer lorsqu’ils leur sont utiles et les jettent lorsqu’ils ne le sont plus.
Il existe une autre contradiction qui est commodément ignorée. Oui, les États occidentaux commettent des crimes, imposent des sanctions, déclenchent des guerres et justifient parfois même le génocide. Mais la structure politique à l’intérieur de ces pays n’est pas comparable à un système autoritaire éliminatoire. Il existe encore des espaces juridiques, médiatiques et institutionnels pour lutter ; ici, la lutte est réprimée par la prison, la torture et l’expulsion physique.
Cette distinction n’est pas une excuse pour les crimes commis par quiconque, c’est une condition fondamentale pour une analyse sérieuse. Si vous effacez cette différence, vous finissez par normaliser l’autoritarisme, puis vous essayez de construire une politique anti-guerre en utilisant le même langage de normalisation. Cela ne fonctionnera pas.
Toute personne raisonnable dans ces sociétés se posera la question suivante : pourquoi faire confiance à un courant qui reste silencieux sur la répression ailleurs, ou qui la rationalise, pour représenter la liberté ici ? Cette seule question fait s’effondrer tout le discours anti-guerre. Et cet effondrement ne se résume pas à une simple perte de « crédibilité ». Ce sont les personnes victimes des bombes et de la répression qui en paient le prix.
C’est là que le véritable problème se pose : certaines franges de la gauche occidentale, parce qu’elles sont vidées de leur substance chez elles, déplacent le champ de bataille ailleurs. Elles réduisent l’Iran à une « guerre étrangère » et à des « projets de remplacement tout prêts », car affronter leur propre État et leur propre machine de guerre nécessite un réel pouvoir social, et pas seulement des secousses et des hashtags.
Lorsque vous n’avez pas de pouvoir d’action, votre analyse se résume à observer les États jouer aux échecs et choisir entre deux pôles. Mais c’est précisément là que commence la politique émancipatrice : remettre les individu·es au centre et lutter contre les deux machines à la fois, celle de la répression interne et celle de la guerre étrangère. Si vous ne pouvez pas voir les deux en même temps, vos « révélations » s’effondrent dès que l’on vous pose quelques questions élémentaires.
Et enfin : je ne suis pas ici en tant qu’influenceur à la recherche de likes avec quelques photos et clips. Je suis ici parce que j’ai un argument et une critique à formuler. Peu importe le nombre de personnes qui me lisent, j’essaie de clarifier une chose : la politique n’est pas un jeu moral propre et peu coûteux. La politique, c’est l’équilibre des forces, l’organisation et la défense de la vie des personnes sans excuses. Tout discours qui efface les personnes finira tôt ou tard par servir le pouvoir même qu’il prétend combattre.
Sur la logique morale sordide de l’impérialisme
Ils ont enterré le massacre brutal des manifestants des 8 et 9 janvier sous des étiquettes toutes faites : « ingérence étrangère », « Mossad », « CIA ». En d’autres termes, au lieu de nommer le meurtrier, ils ont blâmé la victime. C’est le rôle classique de l’idéologie : transformer le sang des personnes en « dossier de sécurité » et la politique en gestion de la criminalité. Et n’oublions pas non plus les massacres précédents, ni l’indifférence glaciale envers le mouvement progressiste « Femme, Vie, Liberté ».
Mais aujourd’hui, lorsqu’un fasciste meurt aux mains de cette même machine de guerre, ils se mettent soudainement à pleurer. Soudain, ils font preuve de « préoccupation morale » et prononcent de beaux discours sur « le droit des Iranien·nes à la vie ». Comme si le droit à la vie était un privilège conditionnel : si vous correspondez à l’histoire que le pouvoir veut raconter, vous êtes considéré comme un·e « être humain ». Si ce n’est pas le cas, vous êtes soit un « agent », soit un « coût nécessaire ».
Il s’agit là d’une division politique du travail au service de l’ordre existant. L’impérialisme a besoin d’une « bonne victime » pour justifier son intervention, et d’une « mauvaise victime » pour justifier son silence. Que ce soit à gauche ou à droite, peu importe, le double standard est le même : dans un endroit, tuer des manifestant·es est considéré comme de la « propagande » ; dans un autre, les massacres sont vendus comme de la « légitime défense préventive ». Le résultat est toujours le même : des personnes doivent mourir pour que le plan puisse avancer.
Le monde a besoin d’une gauche différente, une gauche qui s’exprime du point de vue des personnes réelles et des classes sociales, et non du point de vue des États, de l’idéologie ou des oligarques. Une gauche avec une norme cohérente, qui ne change pas en fonction des drapeaux : contre la guerre, contre la répression, contre le massacre de civil·es, contre les deux machines : la machine de la répression interne et la machine de la guerre étrangère.
Pendant des années, la gauche occidentale a remplacé l’organisation réelle et la solidarité réelle par des performances morales et des poses politiques. Et le « cas iranien » a mis en évidence cette faillite au grand jour. L’Iran n’est pas seulement un « sujet ». C’est un test. Toute force qui reste silencieuse face au sang réel, ou qui finit par répéter le langage du pouvoir, n’a conservé que le nom de la politique émancipatrice.
Vive la gauche, sauf celle de l’Occident…
Siyavash Shahabi, 1er mars 2026
https://firenexttime.net/why-neutral-anti-imperialism-keeps-losing/
Traduction DE
