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Iran.Les universités relancent les manifestations dès le premier jour de leur réouverture

Le 21 février 2026, les universités iraniennes se sont une nouvelle fois transformées en arènes de protestation, de slogans et d’affrontements. Le premier jour de cours en présentiel après des semaines de fermeture et d’enseignement en ligne coïncidait avec le quarantième jour depuis la mort des victimes des manifestations de janvier. Plutôt que de marquer un retour à la « vie normale », il a une nouvelle fois mis en évidence le profond fossé qui sépare les étudiant·es et l’État.

Les manifestations de janvier 2026, qui ont débuté le 8 janvier, ont constitué l’une des plus grandes vagues de troubles de ces dernières années. Initialement déclenchées par des revendications économiques, notamment l’effondrement brutal de la monnaie et le dépassement de 150 000 tomans par le dollar américain, elles se sont rapidement transformées en revendications politiques explicites visant la structure du pouvoir.

Des centaines de personnes ont été tuées lors de la répression, parmi lesquelles un nombre important d’étudiant·es universitaires. Des milliers d’autres ont été arrêtées, suspendues ou ont fait l’objet de procédures disciplinaires. Les universités ont été temporairement fermées et les cours ont été dispensés en ligne. Pourtant, la réouverture de cette semaine a démontré que la fermeture des campus n’avait pas réussi à faire taire la dissidence.

Retour sur les campus, retour dans les rues
Dès les premières heures du matin, plusieurs grandes universités ont vu des rassemblements se former sur leurs campus. À l’université technologique Sharif, les étudiants·e se sont rassemblé·es dans la cour centrale et ont scandé des slogans contre le guide suprême iranien, contre le « régime religieux » et contre ce qu’elles et ils nomment la « dictature ». Des vidéos diffusées en ligne ont capturé des chants tels que « Mort au dictateur », « Honte à ce régime après des années de crimes » et « Mort à Khamenei ». Parallèlement à ces slogans, d’autres groupes ont scandé des chants différents, parfois contradictoires, reflétant la diversité des tendances politiques parmi les manifestant·es.

Le rassemblement à Sharif est rapidement devenu tendu avec l’arrivée de groupes d’étudiant·es affilié·es au Basij et des forces de sécurité du campus. Selon des images diffusées en ligne, des affrontements verbaux ont éclaté entre les étudiant·es et les groupes pro-régime, et l’atmosphère s’est envenimée pendant plusieurs minutes. Certain·es étudiant·es se sont adressé·es directement aux membres du Basij en scandant « Nous sommes les propriétaires de ce pays ». Le président de l’université serait apparu sur les lieux pour tenter de calmer la situation, mais la manifestation s’est poursuivie pendant des heures.

À l’université Shahid Beheshti de Téhéran, le rassemblement a pris une tournure différente, mais est resté profondément politique. Des étudiant·es de différentes facultés ont organisé un sit-in et allumé des bougies à la mémoire des personnes tuées en janvier. Elles et ils ont chanté en chœur « Ey Iran », une chanson patriotique devenue un symbole de protestation ces dernières années. Les noms de plusieurs étudiant·es assassiné·es ont été scandés par les participant·es. L’atmosphère était largement commémorative et triste, mais des slogans contre la répression et les arrestations ont également été entendus.

À Mashhad, les étudiant·es de l’université des sciences médicales se sont rassemblé·es en scandant « Azadi, Azadi » (liberté en farsi). Des vidéos montrent des étudiant·es debout en cercle dans la cour de l’université, scandant des slogans sans affrontements physiques. Cependant, des rapports ont fait état d’un renforcement des mesures de sécurité autour du campus et d’une présence visible du personnel de sécurité.

Certaines informations affirment qu’à l’université Sharif, alors que les chants s’intensifiaient, l’appel à la prière a été diffusé à plein volume par les haut-parleurs du campus, un acte que certain·es étudiant·es ont qualifié de tentative de perturber le rassemblement. Malgré cela, la foule ne s’est pas dispersée et la manifestation s’est poursuivie.

Des sit-in aux boycotts d’examens
Les manifestations d’aujourd’hui ne sont pas apparues de manière isolée. Depuis début février, une vague de sit-in et de déclarations communes d’étudiant·es s’est propagée dans plusieurs universités. Les étudiant·es des universités de médecine de Téhéran, Shiraz et Mashhad ont organisé des sit-in de plusieurs jours pour protester contre les arrestations de leurs camarades et le meurtre d’étudiant·es en janvier. Le slogan « Un·e étudiant·e peut mourir, mais elle ou il n’acceptera pas l’humiliation » est devenu l’un des slogans les plus répétés lors de ces actions.

Dans certaines universités, les étudiant·es ont décidé de boycotter les examens finaux. Des déclarations signées par des associations étudiantes ont déclaré que dans des circonstances où leurs camarades de classe avaient été tué·es ou emprisonné·es, « il ne pouvait y avoir de retour normal aux cours et aux examens ». Dans au moins un cas, les étudiant·es de plus de vingt universités ont annoncé leur intention d’organiser des grèves coordonnées à la fin du mois de février.

Dans le même temps, des procédures disciplinaires auraient été engagées contre des étudian·ets protestataires dans plusieurs établissements. Certain·es ont fait état de menaces de suspension ou d’expulsion. Pourtant, ces pressions n’ont pas empêché la publication de nouvelles déclarations. L’une d’elles disait : « Nous avons pris nos stylos pour écrire, mais les mots sont insuffisants face à la violence. »

Les universités, mémoire collective de la contestation
Pourquoi le mouvement étudiant est-il resté actif malgré une répression sévère et des arrestations massives ? La réponse réside en partie dans le rôle historique des universités dans la vie politique iranienne. Depuis des décennies, les campus sont parmi les premiers lieux où le mécontentement social se manifeste. En raison de leur âge, de leurs réseaux et de leurs liens avec des segments plus larges de la société, les étudiant·es agissent souvent comme des amplificateurs des revendications publiques.

Les manifestations de janvier, qui ont débuté pour des raisons économiques, ont rapidement pris un caractère politique avec une forte participation étudiante. Le retour aux cours en présentiel a signifié le retour sur des campus qui portent encore les traces de ces événements. Pour de nombreuses et nombreux étudiants, la commémoration du quarantième jour n’est pas seulement symbolique ; elle rappelle la présence de camarades de classe et d’ami·es qui ne sont plus dans les amphithéâtres.

Parallèlement, certains responsables ont proposé de désigner des « espaces officiels » pour les manifestations étudiantes sur les campus, une mesure décrite comme un effort pour « gérer » les manifestations. Cependant, cette idée a été accueillie avec scepticisme par de nombreuses et nombreux étudiants. Elles et ils affirment que les manifestations n’ont de sens que lorsqu’elles sont spontanées et indépendantes, et non confinées à des limites préétablies.

Des voix diverses, des revendications communes
L’une des caractéristiques marquantes des manifestations d’aujourd’hui était la diversité des slogans et des expressions politiques. Outre les chants anti-gouvernementaux virulents, d’autres messages ont été exprimés, reflétant la diversité des opinions politiques parmi les étudiant·es. Si les désaccords sont visibles, il reste un point de convergence commun : l’opposition à la situation actuelle et le rejet de la répression.

Les réseaux sociaux ont joué un rôle crucial dans la documentation des événements. Des vidéos et des reportages en temps réel provenant de différents campus ont permis d’avoir une vue d’ensemble de la situation. Une grande partie de cette couverture a été produite directement par les étudiant·es elles et eux-mêmes.

Dans l’ensemble, ce qui s’est déroulé dans les universités iraniennes le 21 février était plus qu’une manifestation d’une journée. Cela a montré que malgré la pression sécuritaire et les menaces disciplinaires, les universités restent l’un des principaux lieux d’expression de la dissidence. La réouverture des campus n’a pas conduit à une normalisation. Au contraire, elle a créé une nouvelle occasion pour les étudiant·es de réaffirmer leurs revendications.

Compte tenu de la trajectoire des dernières semaines, le mouvement étudiant semble entrer dans une phase qui combine le souvenir des personnes tuées et les appels à la responsabilité et à un changement politique plus large. La direction que prendra cette vague dépendra de multiples facteurs, de la réponse de l’État à l’expansion potentielle de la solidarité au-delà des campus. Ce qui est clair pour l’instant, c’est que les universités sont redevenues un moteur central de la transformation sociale et politique de l’Iran.
Siyavash Shahabi, 21 février 2026
https://firenexttime.net/iranian-universities-reignite-protests-on-first-day-of-reopening/
Traduit par DE