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Dans le miroir américain [Adresses – internationalisme et démocr@tie n°18]
Les États Unis d’Amérique ne sont pas un modèle pour nous. Mais ils sont parfois un miroir. Un miroir grossissant, brutal, qui montre ce que produit un pouvoir réactionnaire lorsqu’il se croit tout puissant — et ce que peuvent accomplir des mouvements populaires lorsqu’ils s’organisent réellement. La séquence américaine récente — montée du trumpisme, résistances massives, grève générale du Minnesota — n’est pas un simple épisode étranger. C’est un réservoir d’enseignements pour le mouvement ouvrier,
les mouvements populaires partout dans le monde, et donc aussi en France, à un moment où nos propres droits sont attaqués, où les offensives antisociales s’accélèrent, où les tentatives de division se multiplient.
Ce qui se joue là-bas éclaire ce que nous devons renforcer ici. C’est un rappel que les victoires populaires ne tombent jamais du ciel : elles se construisent. Même face à un pouvoir agressif, sûr de lui, soutenu par les milliardaires et les appareils répressifs, les mouvements populaires peuvent reprendre l’initiative. Mais à une condition : être organisé·es. Les textes qui composent cette livraison d’Adresses suggèrent quelques enseignements que nous tentons de résumer en huit points.
1. Une attaque généralisée appelle une riposte généralisée
Le trumpisme a frappé partout : personnes immigrées, trans, fonctionnaires, étudiant·es, journalistes, écologistes, minorités religieuses. Cette stratégie visait à isoler chaque groupe, à empêcher toute solidarité.
Elle a produit l’inverse. Quand le pouvoir attaque sur tous les fronts, la seule réponse efficace est la convergence réelle des luttes. Pas une convergence déclarative, mais une coordination concrète : actions communes, revendications partagées, défense mutuelle.
Les mouvements qui gagnent sont ceux qui, s’inscrivant dans l’inévitable lutte de classe, refusent de hiérarchiser les oppressions, qui comprennent que la division est l’arme principale du pouvoir.
2. La solidarité n’est pas un slogan, c’est un outil de lutte
La grève générale du Minnesota n’a pas surgi spontanément. Elle a été rendue possible par des réseaux communautaires déjà existants, des syndicats implantés, des collectifs d’immigré·es, des comités étudiants actifs, des commerçant·es solidaires. Ce tissu social a permis de mobiliser en quelques jours des dizaines de milliers de personnes, de fermer des centaines d’entreprises, de bloquer les écoles.
La solidarité doit être construite avant la crise. Les mouvements populaires doivent être dans les quartiers, les lieux de travail et d’études, et en lien direct avec les associations. Construire préalablement cette infrastructure est une condition nécessaire à l’organisation de mobilisations d’ampleur.
3. La grève générale ne doit pas seulement être un symbole, mais une stratégie d’action
Quelques exemples historiques sont ici convoqués. À Seattle en 1919, il y eut une immense mobilisation, mais sans objectifs clairs ; ce fut un échec. À Oakland en 1946, l’absence de stratégie amena un essoufflement d’un mouvement pourtant porté par une grande force sociale. Minneapolis en 1934 fut une victoire durable grâce à une campagne organisée. La grève du Minnesota de 2026 s’inscrit dans cette lignée : elle n’a pas été pensée comme un coup d’éclat, mais comme un outil de pression dans une campagne plus large contre la répression migratoire.
Une grève générale doit être préparée, articulée, intégrée dans une montée en puissance. Elle doit avoir des revendications précises, des objectifs mesurables, une stratégie d’escalade, une capacité à durer. Sans cela, elle devient un symbole sans lendemain.
4. Les mouvements populaires doivent savoir créer des coalitions larges, sans renoncer à leurs principes
L’une des forces de la séquence américaine actuelle est la capacité à rassembler mouvements, syndical, étudiant, de travailleurs et travailleuses immigré·es, des communautés religieuses, des association écologistes, des collectifs LGBTQI+…
Une coalition solide ne se bâtit pas en abandonnant les minorités, mais en les plaçant au centre. Les mouvements qui gagnent sont ceux qui refusent les compromis sur le dos des plus vulnérables.
5. La peur change de camp quand les mouvements populaires montrent qu’ils peuvent protéger
Les raids anti-immigrés visaient à terroriser. La réponse a été collective la mise en place de l’hébergement solidaire, des réseaux d’alerte, la présence de masse dans les rues, un soutien juridique, la grève générale. Résultat : la peur s’est déplacée. Le pouvoir a dû reculer, au moins temporairement.
Un mouvement populaire doit être capable de protéger concrètement celles et ceux qui sont ciblé·es. Pas seulement par des discours, mais par des dispositifs matériels.
6. L’histoire est une de nos armes
Plusieurs textes de ce numéro insistent sur les parallèles historiques. Il ne s’agit pas de dire que les situations sont identiques, mais de rappeler que les mouvements populaires disposent d’une mémoire collective.
Les luttes doivent s’appuyer sur les expériences passées : leurs victoires, leurs erreurs, leurs bifurcations. L’histoire est une ressource politique.
7. Rien ne remplace l’organisation
Les mobilisations massives ne suffisent pas. Les indignations ne suffisent pas. Les coups d’éclat ne suffisent pas. Ce qui fait la différence, c’est l’organisation : dans les lieux de travail, dans les quartiers, dans les écoles, dans les universités, … Les syndicats, les asociations, les collectifs sont indispensables.
Nous devons construire et développer des organisations capables de durer, de se coordonner, de protéger, de planifier, de riposter.
8. Le vent tourne, mais il faut des voiles
La séquence américaine montre une chose essentielle : un pouvoir réactionnaire peut vaciller, même lorsqu’il semble tout-puissant. Mais ce vacillement n’est jamais spontané. Il est le produit d’un mouvement populaire organisé, stratégique, solidaire. Le vent tourne. Mais le vent, seul, ne fait rien. Il faut des voiles. Il faut des mains pour les tenir. Il faut des collectifs pour décider de la direction.
C’est cela, l’enseignement central : la force populaire se construit.
Christian Mahieux
Christian Mahieux est cheminot retraité, syndicaliste SUD-Rail [Union syndicale Solidaires], co-animateur du Réseau syndical international de solidarité et de luttes
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